La crise du logement doit être une priorité du cabinet tout entier

Les ménages locataires à faible et modeste revenus sont durement affectés par le prix exorbitant des loyers disponibles, rapporte l’autrice.
Photo: Michaël Monnier archives Le Devoir Les ménages locataires à faible et modeste revenus sont durement affectés par le prix exorbitant des loyers disponibles, rapporte l’autrice.

Jeudi, le premier ministre François Legault a nommé France-Élaine Duranceau au poste de ministre responsable de l’Habitation. Elle a déjà à faire face à de nombreux défis, les locataires du Québec traversant la crise du logement la plus dure et la plus profonde des dernières décennies. Les besoins les plus urgents sont connus, mais les solutions structurantes, elles, se font attendre depuis déjà trop longtemps. Après quatre ans de tergiversations, il est plus que temps que le gouvernement caquiste passe résolument à l’action, ce qui est la responsabilité de la nouvelle ministre, mais aussi de l’ensemble du gouvernement.

Les ménages locataires à faible et modeste revenus sont durement affectés par le prix exorbitant des loyers disponibles. En l’absence de protections suffisantes pour les locataires, les abus du marché locatif privé et la spéculation immobilière poussent toujours plus de locataires dans des situations d’insécurité résidentielle, voire à la rue.

En juillet dernier, au moins 600 ménages locataires accompagnés par un service d’aide se sont trouvés sans logis. Quatre mois plus tard, des dizaines de ménages le sont toujours, un peu partout au Québec, notamment à Montréal, à Drummondville, à Trois-Rivières ou à Gatineau. Tous les jours, le FRAPRU et ses membres de différentes régions reçoivent des appels de locataires désespérés qui ont besoin d’un logement décent maintenant.

De plus en plus de gens doivent dormir pendant des semaines dans des motels, voire dans leur voiture, d’autres sont hébergés par des proches. Des familles sont prisonnières de leur logement insalubre, trop petit ou trop cher pour leurs moyens. Malgré les appels répétés du milieu communautaire, le gouvernement du Québec ne bouge pas, ou si peu.

La seule réponse donnée à ces ménages, c’est de s’inscrire sur une liste d’attente pour un logement social, alors que le délai moyen pour obtenir un HLM est de plus de cinq ans à Montréal. S’impliquer dans la mise sur pied d’un organisme sans but lucratif ou d’une coopérative d’habitation est une autre option, mais avec le sous-financement chronique de nouveaux logements, c’est au moins aussi long.

Ce sont de véritables drames humains que vivent actuellement trop de ménages locataires qui sont carrément abandonnés. Selon les plus récentes données de Statistique Canada, 177 728 ménages locataires du Québec ont des besoins impérieux de logement. Or, cette donnée exclut les personnes et les familles en situation d’itinérance visible ou invisible, de même que toutes celles qui doivent engloutir plus de 100 % de leur revenu en loyer, en économisant sur tous leurs autres besoins essentiels, en s’endettant ou en dépendant de leurs proches.

Le FRAPRU demande depuis longtemps un grand chantier de 50 000 logements publics, coopératifs et sans but lucratif en cinq ans. Cela inclut un programme d’acquisition de bâtiments locatifs permettant aux villes et aux organismes sans but lucratif de les sortir de la logique spéculative. Une telle possibilité contribuerait à freiner l’effritement du parc de logements locatifs encore abordables et à assurer le maintien dans leur milieu des locataires qui y habitent.

Il faut aussi construire plus rapidement de nouveaux logements sociaux pour lutter contre la grave pénurie d’appartements qui sévit à un degré ou à un autre dans toutes les régions. Ce n’est ni la construction de logements locatifs privés aux loyers beaucoup trop élevés ni celle de logements en copropriété qui répondront aux besoins des ménages à la recherche d’un logement réellement abordable. Seul le logement social est en mesure de le faire.

Or, les 11 700 logements « sociaux et abordables » promis par la CAQ en campagne électorale ne seront de toute évidence pas suffisants et, en plus, on ne connaît toujours pas la proportion qui sera réservée au secteur coopératif et sans but lucratif.

Les quelque 5000 logements qui ont été construits dans le programme AccèsLogis lors du premier mandat caquiste avaient tous été annoncés par les gouvernements antérieurs, dans certains cas, il y a plus de dix ans. Des milliers d’autres n’ont toujours pas été livrés, parce que le gouvernement caquiste n’a pas financé toutes les améliorations nécessaires à AccèsLogis, en place depuis 25 ans cette année. Il a préféré lancer un nouveau programme, le Programme d’habitation abordable Québec (PHAQ), qui n’est pas adapté à la diversité des besoins, qui devra… à son tour être amélioré.

L’urgence de la situation de l’habitation oblige à consacrer les sommes suffisantes au développement du logement social, et nous en avons amplement les moyens. Ne pensons qu’aux millions de dollars que le gouvernement s’apprête à sacrifier avec ses chèques d’avant les Fêtes et les baisses d’impôt promises durant les élections. C’est la seule option pour assurer un toit réellement abordable et adéquat aux milliers de ménages locataires déjà mal logés et aux personnes en situation d’itinérance.

Négliger de le faire a aussi un coût économique et social qui ne devrait pas être toléré. François Legault doit non seulement donner un mandat clair à la nouvelle ministre responsable de l’Habitation, mais il doit surtout lui fournir les moyens financiers nécessaires dès sa mise à jour économique attendue en décembre.

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