Sauver la planète, une collision à la fois

L’expérience DART (Double Asteroid Redirection Test) de la NASA consistait à frapper un astéroïde à l’aide d’une sonde spatiale afin de vérifier s’il était possible de dévier sa trajectoire de manière significative. 
Photo: Agence France-Presse/Nasa L’expérience DART (Double Asteroid Redirection Test) de la NASA consistait à frapper un astéroïde à l’aide d’une sonde spatiale afin de vérifier s’il était possible de dévier sa trajectoire de manière significative. 

L’auteur est astronome, communicateur scientifique et professeur de didactique des sciences à l’UQAM.

Plus tôt cette semaine, la NASA a annoncé les premiers résultats de l’expérience DART (Double Asteroid Redirection Test), qui consistait à frapper un astéroïde à l’aide d’une sonde spatiale afin de vérifier s’il était possible de dévier sa trajectoire de manière importante. Selon les plus récentes observations de l’astéroïde Dimorphos, qui était la cible de l’expérience, la collision a réussi à modifier sa trajectoire bien au-delà des espérances des responsables de la mission, ce qui augure bien pour la suite.

Ce que la mission DART a réussi est l’équivalent, au billard, de frapper une boule de couleur en mouvement à l’aide de la boule blanche, sauf qu’ici, les boules se déplaçaient à plusieurs dizaines de milliers de kilomètres à l’heure et se trouvaient à plus de onze millions de kilomètres de la Terre au moment de l’impact ! Il s’agit d’un réel exploit qui démontre de manière spectaculaire que l’humanité possède désormais les moyens de se protéger si un astéroïde ou une comète (de petite taille, soyons réalistes) fonce vers la Terre et que nous en prenons conscience suffisamment à l’avance.

Le système solaire est un endroit dangereux où une multitude d’objets de toutes tailles, astéroïdes, comètes et météoroïdes, tournent autour du Soleil sur des orbites plus ou moins stables, à la merci de la moindre perturbation qui pourrait les lancer vers la Terre. Heureusement, une batterie de télescopes automatisés scrute le ciel nuit après nuit afin de les détecter et de calculer leurs positions futures.

Jusqu’à présent, on a ainsi détecté plus de 20 000 de ces objets situés sur des orbites qui croisent à l’occasion celle de la Terre ; de ces astres géocroiseurs, aucun ne constitue pour l’instant une menace, imminente ou plus éloignée dans le temps, mais nous ne sommes pas à l’abri d’une découverte fortuite ou encore d’un astéroïde ou d’une comète fonçant vers nous en direction du Soleil, qui nous aveuglerait, ou dont la trajectoire serait modifiée à notre détriment.

Quoi qu’il en soit, mieux vaut prévenir que guérir. Depuis la formation du système solaire, il y a 4,5 milliards d’années, la Terre a connu son lot de collisions dévastatrices. Si ce n’était de l’érosion qui efface lentement les traces de ce bombardement, la surface de notre planète ressemblerait à celle de la Lune. Il subsiste tout de même des traces des plus récentes collisions sur Terre, comme le réservoir Manicouagan, formé il y a 214 millions d’années, et le cratère des Pingualuit, situé dans l’extrême nord québécois et vieux d’à peine 1,4 million d’années.

Dans les années 1980, des géologues ont identifié, au large de la péninsule du Yucatan, un vaste cratère d’impact vieux de 65 millions d’années, que l’on croit associé à la disparition des dinosaures. Selon le scénario le plus probable, un astéroïde ou une comète mesurant une dizaine de kilomètres de diamètre (la taille du mont Everest, en somme) se serait abattu sur Terre au large de ce qui est aujourd’hui le Mexique, perforant la croûte terrestre et provoquant tremblements de terre, tsunamis et éruptions volcaniques en chaîne à l’échelle de la planète.

Le ciel se serait rempli de suie qui aurait empêché la lumière solaire de pénétrer dans l’atmosphère, stoppant la photosynthèse pendant des décennies ou des siècles, sinon plus. C’est le manque de nourriture dû à l’effondrement de la chaîne alimentaire et la baisse généralisée des températures qui aurait ainsi décimé plus de 75 % des espèces vivant sur Terre à cette époque, dont les dinosaures.

Nous devons notre présence sur Terre 65 millions d’années plus tard aux petits mammifères, nos ancêtres, qui constituaient à l’époque une classe d’animaux assez marginale, mais qui ont survécu à cette grande catastrophe et qui, une fois la poussière retombée (littéralement !), ont rapidement occupé les nombreuses niches écologiques laissées vacantes par les grands sauriens. Contrairement aux dinosaures, qui n’ont pas su développer des technologies pour se prémunir des impacts cosmiques, nous voilà maintenant en possession d’une mesure préventive crédible, si ce type de catastrophe devait survenir à nouveau. À condition de survivre aux nombreuses autres menaces qui pèsent présentement sur l’humanité…

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