Un défi vert pour le gouvernement caquiste

«Les tempêtes
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne «Les tempêtes "Fiona" et "Ian" nous rappellent encore une fois que la réalité rattrape la fiction», estiment les signataires.

Monsieur le Premier Ministre François Legault, nous tenons d’abord à vous féliciter pour votre réélection et à féliciter toutes les autres personnes élues le 3 octobre dernier. Malgré le fait que l’environnement ait occupé une place inédite dans cette campagne électorale en comparaison avec 2018, nous sentons l’urgence de réclamer des engagements climatiques renforcés dans les 100 prochains jours du nouveau gouvernement. Pourquoi ? Parce que les changements climatiques ne sont plus qu’un problème environnemental : ils sont devenus un urgent problème économique, de sécurité publique, de sécurité alimentaire, de santé et de justice sociale.

Appel à une action climatique renforcée

Les tempêtes Fiona et Ian nous rappellent encore une fois que la réalité rattrape la fiction. Monsieur le Premier Ministre, vous devez prendre la mesure de l’ampleur des coûts de l’inaction climatique et agir rapidement et résolument.

Nous espérons que le gouvernement profitera de la prochaine Conférence de l’ONU sur le climat, la COP27, qui aura lieu en Égypte en novembre, ainsi que de la venue à Montréal, en décembre, de la COP15 sur la biodiversité pour augmenter l’ambition en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES) et d’adaptation aux changements climatiques et proposer des mesures concrètes pour protéger la biodiversité. M. Legault, vous avez maintes fois mentionné votre volonté de collaborer avec les autres partis. En ce sens, nous sommes d’avis que certaines mesures environnementales proposées par les partis d’opposition pourraient être appliquées dès maintenant.

De plus, puisque les médecins et le système de santé ne pourront soigner tous les maux et maladies qui sont créés par des conditions structurelles, qu’elles soient industrielles ou urbanistiques, il importe de placer la santé des populations et de l’environnement au coeur du développement économique de toutes les régions du Québec.

Nous nous attendons donc à des engagements fermes dans les 100 premiers jours du mandat de votre gouvernement, et vous demandons de :

● créer un caucus climat transpartisan avec les autres partis de l’Assemblée nationale ;

● bonifier le Plan pour une économie verte de manière à minimalement atteindre la cible de réduction des GES du Québec pour 2030, qui est de -37,5 % (par rapport à 1990), et vous engager à vous doter d’une cible plus ambitieuse pour que le Québec fournisse sa part d’efforts ;

● lancer le dialogue afin de convenir d’un Pacte vert proposé par les municipalités qui améliorerait les capacités des villes à faire face aux changements climatiques ;

● revoir la Loi sur l’expropriation, comme le premier ministre s’est engagé à le faire ;

● consulter la société civile avant la tenue de la COP27 et de la COP15 et assurer la participation du premier ministre à ces dernières ;

● commencer à élaborer une stratégie pour atteindre au moins 30 % de territoire conservé d’ici 2030, le tout de concert avec les peuples autochtones. Nous rappelons que la sauvegarde d’au moins 50 % de la surface terrestre est essentielle à la survie de la biodiversité et à l’atténuation du changement climatique ;

● fixer un échéancier avec Glencore afin que la compagnie respecte, pour la fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, une norme de 15 nanogrammes d’arsenic par mètre cube (ng/m3) d’ici un an et la norme québécoise de 3 ng/m3 d’ici quatre ans ;

● concrétiser vos engagements préélectoraux de révision de la redevance sur les prélèvements d’eau par les grands usagers ainsi que d’augmentation de la transparence sur les données de prélèvement ;

● vous engager à concrétiser rapidement les intentions annoncées dans le précédent mandat en matière d’aménagement du territoire (adoption d’un Plan de mise en oeuvre ambitieux pour la politique nationale adoptée en juin) et de mobilité durable (atteinte des cibles de la Politique de mobilité durable).

Les membres de la coalition Vire au vert ont d’ailleurs présenté 48 propositions jugées essentielles à mettre en oeuvre pendant ce mandat. Nous tendons la main au gouvernement afin de contribuer à un Québec prospère qui soit à la fois plus sain et plus écologique. La crise climatique et celle de la perte de biodiversité requièrent des réponses fortes et immédiates et d’une ambition sans précédent.

* Ont cosigné ce texte :

Marc-André Viau, Équiterre ; Patricia Clermont, Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) ; Charles Bonhomme, Fondation David Suzuki ; Jean-François Rheault, Vélo Québec ; Rébecca Pétrin, Eau Secours ; Véronique Fournier, Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM) ; André Bélanger, Fondation Rivières ; Diego Creimer, SNAP Québec ; Sandrine Cabana-Degani, Piétons Québec ; Anne-Céline Guyon, Nature Québec ; Élisabeth Gibeau, Front commun pour la transition énergétique ; Émilie Campbell-Renaud, Projet de la réalité climatique Canada ; Samuel Pagé-Plouffe, Vivre en ville ; Martin Vaillancourt, Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ) ; Gabrielle Spenard-Bernier, Mères au front ; Sarah V. Doyon, Trajectoire Québec

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