Cinq chantiers prioritaires pour le futur ministre Dubé

Actuellement, les équipes en soins ne suffisent pas à la tâche, rapporte l’auteur.
Jean-Francois Badias Associated Press Actuellement, les équipes en soins ne suffisent pas à la tâche, rapporte l’auteur.

François Legault a déjà, à toute fin pratique, renommé Christian Dubé ministre à la Santé. C’est une excellente décision. Celui-ci aura bien des marmites au feu. Mais il devrait s’attaquer en priorité à cinq chantiers pour espérer remettre le système à flot.

Implanter un dossier de santé électronique. Soigner efficacement un patient exige de connaître son historique. Un dossier de santé électronique permet aux médecins de famille, aux spécialistes, au personnel infirmier, aux différents professionnels d’accéder en temps réel aux renseignements médicaux pertinents. Le personnel soignant peut alors prendre des décisions plus éclairées, éviter de dédoubler certains tests, etc.

Actuellement, selon le MESS, l’information est recueillie, mais sur des milliers de logiciels qui, généralement, ne « se parlent pas ». Il faut alors compter sur le fax pour recevoir les données en pièces détachées… Il est urgent donc d’imposer un système uniforme pour le Québec. La Loi sur la protection des renseignements personnels crée également beaucoup d’embûches et doit être modifiée.

Éliminer les actes inutiles. Comme le système ne suffit pas à la demande, voilà une raison additionnelle de se concentrer sur ce qui est indispensable. La défunte Association médicale du Québec estimait à cinq milliards annuellement le coût des actes inutiles. Combien de tests sont faits pour sécuriser le patient et… le médecin ? Ceux-ci craignant notamment des poursuites, veulent s’appuyer, parfois à outrance, sur des tests. On devrait examiner l’introduction d’un système « no fault », comme dans le domaine de l’assurance automobile.

Diversifier et augmenter les effectifs soignants. Le passage obligé chez un médecin de famille crée un goulot d’étranglement. Si un patient a besoin d’un physiothérapeute, d’un psychologue ou autre, une infirmière clinicienne peut fort bien l‘y diriger. Les médecins acceptent maintenant que d’autres professionnels s’occupent de certains soins. Mais c’est relativement récent. Il faut généraliser cette approche plutôt que viser à ce que chacun ait un médecin de famille.

Actuellement, les équipes en soins ne suffisent pas à la tâche. Ce sera de plus en plus le cas à cause des départs à la retraite et de l’augmentation et du vieillissement de la population. Il faut donc former davantage de personnel soignant. Comme le besoin est aussi immédiat, il faut être agressif et expéditif dans le recrutement à l’étranger, particulièrement dans la francophonie. Heureusement, nous avons déjà des ententes de reconnaissance de diplômes avec la France. On nous signale que toutes les formalités se règlent en deux mois pour les nôtres qui vont pratiquer en France, mais que ça en prend huit et plus lorsque c’est l’inverse. Qui met du sable dans les engrenages ?

Augmenter la capacité hospitalière. Le Québec compte 17 000 lits d’hôpitaux, soit deux par mille habitants. La moyenne canadienne est de 2,5. En France, c’est 5,8. Pas surprenant que les urgences débordent, car on doit y garder des patients qui devraient être transférés aux étages

Mille lits additionnels sont actuellement en « gestation ». Bien moindre que les 4000 requis pour atteindre la moyenne canadienne. Les deux mini-hôpitaux privés promis durant la campagne ne suffiront pas. En France, en Allemagne et ailleurs, le tiers des hôpitaux sont de propriété privée, mais sous contrat avec l’État qui paye les soins. Pourquoi ne pas s’inspirer de cette formule, notamment pour accélérer le rattrapage ?

Décentraliser le réseau. La centralisation excessive de la réforme Barrette n’a amené ni un meilleur accès aux soins, ni de gain d’efficacité. Mais celle-ci a démotivé beaucoup de gens.

Tel que promis, le MESS doit se départir rapidement de la gestion des opérations. Des personnes sur le terrain le feront bien mieux ! Il faut redonner aux effectifs la possibilité d’utiliser leurs talents, leur esprit d’initiative, leur intelligence. Chaque point de service doit avoir un gestionnaire qui coordonne l’ensemble des activités et qui s’assure du bien-être de la clientèle et du personnel !

Malgré certaines mesures qui accroîtront l’efficience des soins, des milliards additionnels seront requis pour mener à terme ces chantiers. Pendant la campagne, la CAQ a promis des baisses d’impôt et des chèques. Beaucoup de Québécois ne veulent pas cet argent. Ils préfèrent simplement être soignés quand ils sont malades !

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