Pourquoi changer une formule «gagnante»?

«C’est plus clair que jamais, ça prend une réforme du mode de scrutin», écrit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «C’est plus clair que jamais, ça prend une réforme du mode de scrutin», écrit l'auteur.

Ne pas avoir procédé au changement de mode de scrutin paie-t-il ? Le résultat, lui, parle de lui-même. Une Coalition avenir Québec (CAQ) qui triomphe et qui l’emporte sans équivoque. A-t-elle réellement mené une campagne exemplaire ? S’est-elle considérablement démarquée lors des débats ?

Au lendemain de l’élection, la CAQ se trouve forte d’un second mandat majoritaire. On se demande bien où est passée cette promesse de réforme en faveur d’un système plus représentatif, faite il y a quatre ans, et qui détonnait avec les propositions des autres candidats. Alors que les débats tournaient autour de l’immigration et de l’environnement en 2018, la CAQ était sortie du lot avec cette proposition ambitieuse. Gabriel Nadeau-Dubois et Paul St-Pierre Plamondon affirmaient alors tous deux l’importance de cette réforme, qui, en 2018, avait rassemblé les chefs des partis d’opposition. Ces derniers s’étaient engagés à changer le système électoral. Bien que déposé par la CAQ dès son arrivée au pouvoir, ce projet de loi 39 a été délaissé au seuil de son adoption.

« Notre système démocratique est malade. […] Maintenant, comment faire confiance à François Legault, alors qu’il a brisé une promesse aussi importante pour la démocratie québécoise ? C’est plus clair que jamais, ça prend une réforme du mode de scrutin. Plus de démocratie, ça ne devrait faire peur à personne », stipulait à ce moment le co-chef de Québec solidaire.

Rappelons-nous qu’en 2018, le parti caquiste mettait en avant une promesse électorale révolutionnaire, qui consistait à transformer le mode de scrutin en un mode plus « équilibré », soit un mode de scrutin mixte avec compensation régionale. Tel que le site du gouvernement du Québec l’affiche, le projet de loi déposé le 23 septembre 2019 aurait permis de protéger « davantage le poids des régions » et permis « des gouvernements stables ». Toutefois, lorsque le sujet de son abandon a été abordé par Patrice Roy, lors du débat des chefs à l’antenne de Radio-Canada, le ton employé par M. Legault pour lui répondre que la CAQ avait d’autres priorités a laissé transparaître une certaine arrogance.

Aucun siège pour l’équipe Duhaime

Il y a eu aussi des résultats décevants pour le Parti conservateur du Québec, qui avait tout misé en tentant d’attirer le vote des dissidents caquistes. S’opposant fermement aux questions du passeport vaccinal, la gestion caquiste durant la crise pandémique et « la liberté de choix » parentale face aux services de garde, son chef, Éric Duhaime, souhaitait pouvoir faire entrer plusieurs candidats au Parlement.

Il a été défait dans Chauveau, et son parti a obtenu moins de 13 % des votes. Il faut se rappeler tout de même que ce résultat est considérablement plus élevé que celui de 2018, où le parti avait obtenu un maigre 1,46 %. On peut quand même constater une certaine distorsion dans les pourcentages de votes, que démontrent les derniers chiffres : CAQ 90 candidatures en avance (40,98 %) ; PLQ 21 candidatures en avance (14,37 %) ; QS 11 candidatures en avance (15,43 %) ; PQ 3 candidatures en avance (14,61 %) ; PCQ 0 candidature en avance (12,91 %). Les résultats, après le dépouillement complet des bureaux de vote, sont contestables. Au point où l’on se demande si le système actuel est réellement représentatif des voix de la population.

Anticiper, une mode électorale

 

Élections Québec rapporte que le taux de participation est toujours aussi bas (66,14 %). Pourtant, près du quart de la population a choisi de voter par anticipation. Cette vague a pu être comptabilisée rapidement, et donc, dès 20 h 37, le gouvernement majoritaire était annoncé.

Résultat : un cynisme bien installé

Alors qu’on tente d’inciter les populations à se rendre à l’urne, le résultat, lui, reste similaire. Les Québécois ne votent pas. Est-ce par manque d’intérêt ? Par désillusion face à un principe fondamental dans une démocratie qu’ils estiment bafouée ? Le fait est que la participation n’est pas au rendez-vous. Cette spirale de cynisme vient submerger un électorat dont les taux élevés d’absentéisme sont les plus hauts depuis 1980.

Malgré les nombreuses campagnes publicitaires incitant les Québécois à voter en ce 3 octobre 2022, le faible taux de participation demeure. Cette réforme va certainement revenir au programme de plusieurs partis à la suite des résultats des dernières élections, qui nous ont offert plus de questions que de réponses quant au mode de scrutin et au principe essentiel de la représentation. Fort de cette réflexion, allons-nous enfin orchestrer une réforme du mode scrutin ou faire comme l’énonce le slogan caquiste : « continuer » ?

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