On est loin de la fin du financement des combustibles fossiles

«Le Canada ne doit pas céder à la pression des compagnies pétrolières et gazières pour qu’il augmente sa production», défendent les auteurs.
Photo: Jeff McIntos La Presse canadienne «Le Canada ne doit pas céder à la pression des compagnies pétrolières et gazières pour qu’il augmente sa production», défendent les auteurs.

Le temps file pour le gouvernement fédéral s’il souhaite concrétiser deux de ses promesses afin de mettre fin aux subventions et au financement des combustibles fossiles d’ici la fin de 2022. Pourtant, il continue de fournir un soutien financier énorme à l’industrie et, bien qu’il soit inférieur à celui de l’année précédente, il dépasse tout de même les 8,6 milliards de dollars canadiens. Pourquoi ce retard ? Cela se résume en grande partie à ce simple mot : inefficacité.

En 2009, le Canada avait promis de mettre fin aux subventions aux combustibles fossiles dites « inefficaces », précisant l’année dernière que cette fin aurait lieu en 2023.

Et pourtant, à quatre mois de l’échéance, le Canada n’a toujours pas précisé ce que signifie le terme « inefficace » — introduit pour la première fois dans l’engagement du G20 en 2009. Il s’est également engagé à mettre fin au financement public des combustibles fossiles, notamment en cessant tout nouveau soutien aux projets de charbon, de pétrole et de gaz naturel à l’étranger d’ici la fin de 2022. Mais le financement public des combustibles fossiles au Canada peut-il être considéré comme « efficace » ?

Le Canada ne doit pas céder à la pression des compagnies pétrolières et gazières pour qu’il augmente sa production. Plutôt que d’utiliser le terme « inefficace » comme une échappatoire pour diluer ses engagements, il devrait agir rapidement pour réorienter l’argent des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables et se rendre à la COP 27 avec du concret.

De prime abord, le gouvernement devrait définir ce que signifie l’inefficacité à laquelle il fait référence et aligner toutes les dépenses sur quatre principes directeurs : soutenir une économie durable, créer des emplois à long terme, respecter les engagements climatiques et utiliser l’argent des contribuables le plus efficacement possible. L’Institut canadien du climat demande également que les dépenses gouvernementales reflètent les impératifs climatiques.

Soutenir une économie durable

 

Alors que les économies mondiales délaissent graduellement les combustibles fossiles, le gouvernement […] devra se concentrer sur les industries économiquement viables à long terme, comme les énergies renouvelables. De 2018 à 2020, le Canada a accordé 14,5 fois plus de financement aux combustibles fossiles qu’aux énergies renouvelables. Ce choix le détourne d’autres priorités et risque de créer des actifs échoués dont les contribuables pourraient avoir à assumer la charge, en plus des coûts croissants des changements climatiques.

Le projet d’expansion de l’oléoduc Trans Mountain est un bon exemple de la forme que peut prendre ce type de fardeau. Depuis que le gouvernement fédéral a acheté le projet et lui a accordé plus de 11 milliards de dollars canadiens de prêts, les coûts de construction ont grimpé à 21,4 milliards de dollars canadiens, ce qui a poussé le directeur parlementaire du budget à déclarer que le projet n’était manifestement pas rentable. Malgré cela, le gouvernement a approuvé une nouvelle garantie de prêt de 10 milliards de dollars canadiens pour le projet, mettant encore plus de fonds publics en jeu.

Près de 200 000 travailleurs et travailleuses sont employés directement par le secteur du pétrole et du gaz, et beaucoup d’autres dépendent indirectement de l’industrie. Tous et toutes méritent d’être soutenus pour que la transition énergétique leur ouvre plus de portes qu’elle ne leur en ferme. […] La formation d’un million de travailleurs sur 10 ans ne coûterait que la moitié de ce que le gouvernement a investi dans les combustibles fossiles en 2020. La croissance de l’emploi dans le secteur des énergies renouvelables dépasse de loin celle du pétrole et du gaz et devrait augmenter de près de 50 % au cours des huit prochaines années, alors que celle de l’industrie des combustibles fossiles ralentit.

Les objectifs climatiques du gouvernement, y compris l’atteinte d’un objectif de carboneutralité d’ici 2050, sont un autre point de repère permettant d’évaluer le soutien fédéral.

Les subventions destinées à réduire les émissions liées à la production de pétrole et de gaz peuvent sembler bénéfiques — comme le nouveau crédit d’impôt à l’investissement pour le captage et le stockage du carbone dont le coût est estimé à 7,2 milliards de dollars canadiens d’ici 2030. Mais investir des fonds publics dans des technologies coûteuses et non éprouvées est économiquement risqué. Ce type de mesures pourrait prolonger la production de combustibles fossiles, augmentant ainsi les émissions globales.

Vu l’ampleur du défi climatique, chaque dollar compte. Le gouvernement doit veiller à ce que l’argent des contribuables soit utilisé le plus efficacement possible pour atteindre les objectifs sociaux, environnementaux et économiques. Si une subvention ou un allègement fiscal vise à créer des emplois, ces sommes devraient être consacrées à des occasions prometteuses dans des industries propres à croissance rapide.

À quatre mois des échéances clés pour mettre fin au soutien aux combustibles fossiles, le temps presse. Les contribuables canadiens ne peuvent plus subventionner le problème. Ils méritent de financer les solutions.

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