Vote donc pour mon avenir, papa

«Ne pense pas seulement au passé, pense aussi à l’avenir. À celui où je vivrai, moi», résume l'auteur.
Photo: Ryan Remiorz The Canadian Press «Ne pense pas seulement au passé, pense aussi à l’avenir. À celui où je vivrai, moi», résume l'auteur.

Salut papa. Je prends une tribune publique pour t’écrire parce que j’ai l’impression que ce que j’ai à te dire pourrait peut-être en éclairer plus d’un.

Tu le sais, je te parle souvent de Québec solidaire. Pour t’encourager à voter pour eux. Je l’avais fait en 2018, en vain, et je continue de le faire depuis le début de la campagne actuelle. Malheureusement, tu m’as rapidement fait comprendre que tu allais renouveler ta confiance envers la CAQ. Ils sont plusieurs comme toi, d’anciens péquistes, à avoir choisi de faire confiance à François Legault après le début de la triste chute du Parti québécois. La dernière fois qu’on en a parlé, tu m’as même dit que tu étais « sûr que Legault allait faire l’indépendance ». Papa, je m’excuse de te le dire, mais Legault, non seulement il a dit qu’il en voulait plus, de référendum, mais toutes ses demandes de rapatriement de pouvoirs au fédéral ont échoué. La vérité, c’est qu’il n’a rien fait pour faire avancer la cause souverainiste. Rien.

Mais ce qui est vraiment grave, c’est surtout qu’il n’a rien fait pour l’environnement. Ses politiques pour lutter contre les changements climatiques, elles ne sont pas juste inefficaces, elles sont gênantes. Je sais que ça, c’est important pour toi. Comme au chalet, où les maudits gros bateaux sont en train d’étouffer le lac et de détruire les rives. Ou les canicules qui nous ont tant fait souffrir cet été. Ou la neige qui tombe de moins en moins en hiver pour skier. Tu ne trouves pas ça drôle, et tu as raison. Ce ne l’est vraiment pas. Mais ce n’est que le début, et le pire est à venir.

Tu sais ce qui n’est pas drôle aussi ? La crise du logement. Tu me vois, depuis deux ans, à essayer d’acheter quelque chose et à me faire damer le pion à coups de dizaines et de dizaines de milliers de dollars de surenchère. Mais je ne suis pas trop à plaindre, comme tu le sais. J’ai un loyer abordable dans un quartier central. Imagine ceux qui doivent payer le double pour des affaires toutes croches. Ils sont nombreux.

Quand on marche ensemble près de chez moi et que tu me pointes des pancartes à vendre, tu fais souvent le saut quand je te dis le prix. « Ç’a pas d’bon sens », que tu me répètes tout le temps. Tu as raison, papa, ça n’a pas de bon sens. Tu sais ce qu’il fait, Legault, pour ça ? Rien. À ses yeux, elle n’existe même pas la crise du logement. Il devrait peut-être venir voir les tentes qui sont apparues l’année dernière au parc Jarry. Parce que même si on aime ça, le camping, toi et moi, les gens ne devraient jamais en être rendus à dormir dehors parce qu’ils ne trouvent pas de logement.

Tu as toujours aimé les chars, papa, et tu as souvent de la misère à comprendre pourquoi j’ai choisi de vendre le mien et de rouler en Communauto. Tu te plains aussi beaucoup qu’il y a « toujours trop de trafic et que c’est plus stationnable en ville ». Tu as raison, papa, parce que le parc automobile du Québec, il grossit sans cesse. Il grossit même plus vite que la population ! On n’a plus le choix de revoir notre utilisation de la voiture. Et les modèles qu’on choisit d’encourager. Ce n’est pas normal que mon voisin d’en face, en ville, stationne trois gros chars dans la rue. Ce n’est pas normal qu’il ne soit pas pénalisé pour avoir deux camions et une voiture de luxe. Il faut que ce gars-là soit taxé, c’est juste normal.

Parce que cet argent-là, on en a besoin. Pour nos hôpitaux et nos écoles. J’ai passé 12 heures aux urgences ce mois-ci à cause d’une balle de hockey reçue dans l’oeil. Je voyais encore assez clair pour constater à quel point c’était le bordel. L’exaspération se lisait autant sur les visages des malades que ceux des soignants ! Et des gens à soigner, il y en aura plus que jamais dans les prochaines années. Parce qu’il va falloir s’occuper de ta génération. Après tout ce que vous avez fait pour le Québec, c’est la moindre des choses.

Toi, une des choses que tu as faites pour le Québec, papa, c’est d’enseigner le français à des immigrants montréalais dans le système public. Et ça me rend très fier. Par contre, quand je vois ma blonde, enseignante au primaire, elle-même née de parents immigrants, être obligée de travailler absolument chaque jour de la semaine pour remédier au grave manque de ressources qui mine chaque recoin du système d’éducation, ou de piger dans son maigre salaire pour acheter du matériel d’enseignement pour réussir à motiver ses élèves, je suis très loin d’être fier de la manière dont est gouvernée la province.

Et je ne parle même pas de la manière dont François Legault parle des immigrants, des gens comme les parents de ma blonde, elle qui s’épuise, à 31 ans, à essayer d’enseigner convenablement à la jeunesse québécoise. Ce n’est pas comme ça que l’on construit une société.

Papa, quand tu iras dans l’isoloir, lundi, pense d’abord à toi. Pense au projet de société auquel tu rêvais quand tu avais mon âge. À ceux qui n’y croyaient pas et à ce que ça te faisait à l’époque. À ce que ça te fait encore aujourd’hui.

Mais ne pense pas seulement au passé, pense aussi à l’avenir. À celui où je vivrai, moi. À ce que ça me fera qu’on n’ait pas écouté ma génération. Après tout ça, je suis convaincu que tu feras le bon choix.

Merci, papa.

 

P.S. Merci maman d’avoir déjà compris tout ça !

À voir en vidéo