L’élection de l’inflation

«Pour réduire notre dépendance aux combustibles fossiles volatils, nous devons effectuer une transition énergétique importante et rapide», écrit l'auteur.
Photo: Michael Vesia Getty Images «Pour réduire notre dépendance aux combustibles fossiles volatils, nous devons effectuer une transition énergétique importante et rapide», écrit l'auteur.

La campagne électorale 2022 a été lancée dans un contexte d’inflation galopante. Tous les partis proposeront des politiques pour répondre aux inquiétudes des familles qui ont du mal à joindre les deux bouts. Certaines des meilleures solutions viendront de ce qui peut sembler une direction surprenante pour certains : les politiques climatiques.

Pour réduire le coût de la vie des familles, aujourd’hui et dans les prochaines décennies, le Québec peut agir sur deux fronts : accélérer l’électrification pour réduire les factures d’énergie et augmenter considérablement les efforts d’adaptation pour réduire les coûts accélérés des impacts climatiques.

Électrifier (presque) tout

 

Une grande partie de l’énergie que nous utilisons provient de combustibles fossiles très volatils et leur coût est souvent influencé par des événements hors de notre contrôle, comme l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Pour réduire notre dépendance aux combustibles fossiles volatils, nous devons effectuer une transition énergétique importante et rapide. Ça signifie une production accrue à partir de sources propres, comme l’éolien ou le solaire, et l’abandon des combustibles fossiles d’utilisations finales d’énergie, par exemple le transport et le chauffage.

Bien que le Québec bénéficie d’une importante production d’électricité renouvelable, plus de 54 % de la consommation totale d’énergie de la province provient encore des produits pétroliers et du gaz naturel. L’électrification massive des transports et du chauffage, à mesure que les véhicules électriques et les thermopompes à haut rendement énergétique sont de plus en plus accessibles, réduirait la facture énergétique totale des ménages, l’électricité étant beaucoup plus efficace et abordable que les combustibles fossiles. À terme, c’est plus de la moitié des émissions de gaz à effet de serre de la province qui seraient réduites.

Prenons l’exemple de l’Inflation Reduction Act (ou Loi sur la réduction de l’inflation) aux États-Unis, dont le nom n’est pas anodin. Resources for the Future, un groupe de recherche indépendant à but non lucratif basé à Washington D.C., a projeté les tarifs d’électricité pour une série de scénarios dans le cadre de cette loi, en tenant compte de la variabilité des prix futurs des combustibles fossiles, des coûts d’investissement et de la technologie, et de l’adoption de dispositions spécifiques dans la législation. Ils ont déterminé qu’en passant à l’électricité propre, une famille américaine moyenne pourrait réduire ses coûts d’électricité de 175 $ à 220 $ par an tout en étant protégée de la volatilité des prix du gaz naturel.

Au Québec et au Canada, bien que les investissements nécessaires à l’augmentation de la capacité de production et de transport d’électricité puissent avoir un impact sur les tarifs d’électricité, nos analyses montrent que la part des revenus alloués à la consommation d’énergie, toutes sources confondues, diminuera grandement.

S’adapter ou… payer plus cher, beaucoup plus cher

Il est déjà trop tard pour éviter complètement le réchauffement dont les scientifiques nous ont prévenus. Au Québec, l’accélération des changements climatiques coûte cher aux ménages, et les coûts ne feront qu’augmenter, frappant les familles de différentes manières.

Il y a le coût direct des dommages causés par les événements extrêmes aux maisons et autres biens, sans oublier le coût de la hausse des primes d’assurance. Même si les ménages sont assurés, ils doivent essuyer une partie de la facture.

Comme le montre le dernier rapport de l’Institut climatique du Canada, à mesure que s’intensifient les changements climatiques et leurs impacts sur l’économie québécoise, certains coûts indirects sont moins apparents pour les ménages. Ralentissement économique, hausses d’impôt pour régler les factures des catastrophes climatiques, pertes d’emplois et alourdissement du coût des biens dû au bouleversement des chaînes d’approvisionnement auront un impact bien réel sur les ménages.

La question n’est plus de savoir si nous pouvons nous permettre d’agir sur les changements climatiques. Nous ne pouvons tout simplement plus nous permettre de ne pas agir.

La crise du coût de la vie est à l’ordre du jour de cette élection, mais le rôle de la volatilité des combustibles fossiles et des dommages climatiques dans cette crise n’est pas suffisamment bien compris. Pas plus que les moyens par lesquels une bonne politique climatique peut protéger les Québécois de nouvelles augmentations de coûts. Passer à l’électricité propre et augmenter la résilience de nos systèmes peut avoir un impact réel sur les factures et le bien-être des Québécois qui voteront lors de cette élection, et lors des nombreuses élections à venir.

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