Carte blanche à Christina Eyangos | Unis autour de ce qui nous rassemble

«Je crois que nous devons nous unir autour de ce qui nous rassemble et non nous attarder sur ce qui nous divise», affirme l’autrice
Illustration: Amélie Grenier «Je crois que nous devons nous unir autour de ce qui nous rassemble et non nous attarder sur ce qui nous divise», affirme l’autrice

Le Devoir a demandé à cinq candidats ayant fait le saut pour la première fois dans l’arène politique ce qui avait suscité leur attrait pour la chose publique. À tour de rôle, à raison d’un candidat par parti, ils nous racontent leurs doutes et leurs espoirs. Aujourd’hui, la libérale Christina Eyangos.

Jusqu’à très récemment, la politique ne m’était jamais apparue comme un chemin envisageable, du moins pour moi. C’est bien la preuve qu’il ne faut jamais dire jamais !

Déjà douze ans se sont écoulés depuis que ma famille et moi avons posé nos bagages au Québec, plus précisément à Montréal, un soir d’été. Bien que francophone, j’ai été frappée à mon arrivée par l’accent québécois, qui m’a fait douter de ma propre langue. Une transition faite de doutes et d’inquiétudes a suivi. Pour moi qui suis camerounaise d’origine et dont le français est pourtant la langue maternelle, c’était déroutant. Combien de fois me suis-je confondue en excuses aux agents de la douane à qui je demandais de reprendre certaines bribes des questions qu’ils me posaient ? Ma famille et moi avons vite compris que notre premier défi serait de comprendre nos nouveaux compatriotes… et de nous faire comprendre d’eux.

Outre ces défis de langue imprévus, mon parcours d’intégration au Québec a été marqué par plusieurs moments de confusion et de questionnement. Je me souviens comme si c’était hier de la question qu’on m’a posée lors de ma première session au cégep, moins de six mois après mon arrivée au Canada : « Est-ce que tu t’identifies comme Québécoise ou comme Canadienne ? » Sans rien y comprendre encore, j’étais ainsi introduite au climat identitaire très politique qui règne au Québec.

L’intégration de mes parents a été beaucoup plus difficile, spécialement pour ma mère. Après avoir travaillé pendant une vingtaine d’années à la magistrature, elle a malheureusement dû réorienter sa carrière, car ses diplômes et ses 20 ans d’expérience ne sont pas reconnus au Québec. C’est ainsi qu’elle a travaillé ici comme commis au service à la clientèle et comme préposée aux bénéficiaires. S’étant elle-même occupée de sa mère avant la mort de celle-ci, elle mesure bien l’importance de son travail actuel et elle prend soin des aînés du CHSLD où elle travaille avec tout son coeur depuis maintenant une décennie.

Des ambitions pour le Québec

 

Mon parcours d’intégration est rempli d’épreuves, comme le sont ceux des immigrants qui choisissent le Québec comme terre d’accueil. Par contre, très rapidement, je me suis imprégnée de la culture québécoise en allant à sa rencontre aux quatre coins de la Belle Province. Cette expérience a allumé une flamme en moi, celle de l’entraide. C’est à partir de ce moment-là que j’ai multiplié mes implications sociales dans le but d’améliorer la qualité de vie de mes concitoyennes et concitoyens.

C’est également durant cette période que la jeune leader pakistanaise Malala Yousafzai, par le courage et le dynamisme dont elle fait preuve, a grandement inspiré mon parcours. Surtout, elle m’a permis de prendre conscience qu’en m’impliquant en politique avec conviction, je pouvais contribuer à améliorer les choses dans mon milieu. Peu de temps après, je me suis rapprochée, par mes implications citoyennes, de l’institutionnel et du politique. De fil en aiguille, j’ai commencé à m’intéresser aux différents chefs à l’Assemblée nationale et aux valeurs de leurs partis respectifs. 

Le parcours et l’éloquence de Dominique Anglade m’ont particulièrement touchée. Dès que je l’ai rencontrée en personne et que j’ai eu l’occasion de discuter avec elle pour la première fois, j’ai su que je voulais travailler auprès d’elle. C’est une femme sympathique, intelligente, avecun grand sens de l’humour.

Je ne peux pas vous cacher que j’ai beaucoup d’ambitions pour la circonscription dans laquelle je me présente et que j’habite, Camille-Laurin, mais aussi pour le Québec. Je souhaite contribuer à rétablir un climat social plus paisible, améliorer la perception des citoyennes et des citoyens à l’endroit des élus et remettre leurs préoccupations au coeur des décisions.

Donner au suivant

 

Je suis un produit de l’immigration, du regroupement familial. J’ai été accueillie par des organismes communautaires et enveloppée par la générosité québécoise. Je parle français, je suis allée au cégep et à l’université au Québec. Ici, j’ai eu la chance d’avoir de grandes possibilités et de bénéficier de grands privilèges. Un dicton dit ceci : « À qui beaucoup est donné, beaucoup est demandé. » Sur ce point, j’ai beaucoup reçu et je suis prête à travailler avec ardeur pour redonner à mon tour à la population de Camille-Laurin.

J’ai justement choisi de travailler comme intervenante communautaire pour redonner au prochain. L’amour du Québec, mon intégration et l’intersectionnalité de mon identité me donnent un privilège énorme pour me reconnaître en chaque Québécoise et chaque Québécois. Sans doute que plusieurs se sont retrouvés en moi aussi. Mes expériences professionnelles et personnelles m’ont conduite à mieux comprendre les défis auxquels une bonne partie de la population fait face.

De façon transparente, je connais le décrochage scolaire, la vulnérabilité et la réalité d’être une mère de famille monoparentale qui se cherche un logement à Montréal, car je l’ai vécu moi-même. Après être devenue maman, je suis retournée aux études et j’ai obtenu mon baccalauréat en biologie avec distinction d’excellence pour mon implication sociale. Je crois que le rôle de l’État est d’assurer une égalité et une équité des chances à la population. Aujourd’hui, je me présente ultimement pour servir ce Québec-là, mais surtout ma communauté de Camille-Laurin.

Je ne suis pas une anecdote, mais une personne avec une histoire qui espère contribuer à l’édification du Québec d’aujourd’hui et de demain. Je souhaite, du plus profond de mon coeur, que les citoyennes et les citoyens de Camille-Laurin votent pour la personne qui a le plus leur bien-être à coeur. Celle par qui leurs défis quotidiens seront réellement considérés comme des priorités. Celle qui peut apporter de vraies solutions à leurs vraies préoccupations. Celle qui veut et qui peut améliorer leur qualité de vie.

Je crois au plein potentiel du Québec et à celui de ma circonscription. Je crois que nous devons nous unir autour de ce qui nous rassemble et non nous attarder sur ce qui nous divise. Enfin, même si je sais que les services à la population ne passent pas que par la politique, je crois que la politique reste un excellent moyen pour avoir un impact sur notre monde, en passant par des lois plus inclusives qui auront un impact réel sur notre quotidien à tous.



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