La bataille climatique, mère de toutes les batailles

«Les désordres environnementaux sont à nos portes et, même si les impacts seront très inégaux, nous voyons désormais que nul ne sera épargné», souligne l’auteur.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Les désordres environnementaux sont à nos portes et, même si les impacts seront très inégaux, nous voyons désormais que nul ne sera épargné», souligne l’auteur.

La campagne électorale arrive peu à peu dans la dernière ligne droite. Et, si l’on en croit les sondages d’opinion, une majorité de Québécoises et de Québécois songe à se tourner vers des partis « climato-attentistes » le 3 octobre prochain. Pourtant, face aux changements climatiques, rien ne justifie de souscrire à des demi-mesures qui ne font que prolonger le climato-scepticisme des incrédules d’hier et le climato-négationnisme des extrémistes d’aujourd’hui.

Les recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sont néanmoins sans appel. Depuis plus de 30 ans, les scientifiques se relaient pour réaffirmer l’urgence d’intervenir. Nous savons que les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) vont devoir cesser d’augmenter d’ici 2025, puis diminuer de moitié d’ici 2030 par rapport au niveau de 2019 de telle sorte que la hausse moyenne des températures n’excède pas 1,5 °C. Il y a donc urgence d’agir, mais un gouvernement caquiste renouvelé pour quatre années ne permettra pas de participer à l’atteinte de ces cibles.

Désormais, les désordres environnementaux sont à nos portes et, même si les impacts seront très inégaux, nous voyons désormais que nul ne sera épargné. Il ne s’agit plus, comme certains cyniques pouvaient encore le croire récemment, de minimiser les conséquences des bouleversements du climat en les croyant circonscrits à quelques pays pauvres du Sud. Nos « voisins » européens ont en effet connu une saison estivale faite de sécheresses et d’incendies sans précédent. Bref, la réalité nous rattrape : nous appartenons à des écosystèmes interreliés, dont nous ne pouvons nous extraire, et ne pouvons nous croire à l’abri.

Faut-il encore le rappeler, le Québec sera frappé par davantage de canicules et de précipitations intenses (à l’image de ce que la région métropolitaine a récemment connu), par l’érosion des berges, par la fonte du pergélisol, etc. Même si l’Accord de Paris était respecté (ce qui semble de moins en moins probable), le niveau de la mer augmentera de plusieurs dizaines de centimètres et impactera les rives du Saint-Laurent jusqu’à l’intérieur des terres. Les changements climatiques sont en cours, seule leur force est encore incertaine, et aucune communauté ne sera donc épargnée.

Le Québec doit fournir sa part d’efforts

Nous ne pouvons pas baisser les bras et nous résoudre au désespoir et à l’inaction, car les chantiers devant nous sont colossaux. Le Canada, dépendant des énergies fossiles de l’Ouest, ne peut pas être le véhicule de notre transition. Toutefois, le Québec n’est pas vierge de tout reproche : présentés comme les bons élèves de l’Amérique du Nord, les Québécoises et Québécois ont cependant un bilan carbone par habitant bien supérieur à la grande majorité des habitants des autres pays. C’est pourquoi nous en appelons à des changements politiques majeurs.

En plus de devoir s’engager dans la lutte contre les changements climatiques et réduire les gaz à effet de serre, le Québec va en effet devoir développer un plan massif pour assurer l’adaptation et la résilience de ses populations. Il est urgent de se redoter d’un État providence fort, ambitieux et qui sera capable d’enclencher la transition écologique. Pour ce faire, les solutions sont connues. Il faut, sans tarder, cesser d’engager des projets insensés tels que le troisième lien, car, même si la voiture de demain était 100 % électrique, les coûts environnementaux de l’étalement urbain sont bien connus.

Surtout, l’État québécois à la responsabilité d’orienter toutes les chaînes de production, tous les services, toutes les forces vives, et ce, au profit de l’invention d’un avenir collectif dans lequel la croissance telle que nous la comprenons aujourd’hui ne pourra plus être notre horizon. Ce ne sera certes pas chose aisée, mais il s’agit d’un impératif.

La question climatique est un défi supplémentaire pour la nation québécoise. Il y a un demi-siècle, le Québec de la Révolution tranquille avait su relever des défis d’envergure pour reprendre le contrôle de certains leviers de son développement économique, social et culturel. Notre histoire nous a montré que l’on pouvait relever des défis majeurs en recourant à notre matière grise, la plus renouvelable de nos matières premières.

Faite d’émancipation nationale, individuelle et collective, une nouvelle révolution, écologique celle-ci, s’impose. Cette révolution n’est pas une question de préférence idéologique, c’est une nécessité pour la préservation du Québec et des nations dans le monde. Les partis indépendantistes sont ceux qui ont le mieux pris l’ampleur du défi climatique. Alors, soyons à la hauteur. Nous appelons la population québécoise à les appuyer afin d’enclencher la nécessaire transition écologique, pour faire en sorte que nos combats culturels passés n’aient pas été vains.

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