Québec, prochaine grande métropole?

«François Legault offre des infrastructures à Québec comme l’Empire romain offrait l’aqueduc aux peuples qu’il conquérait», écrit l'auteur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «François Legault offre des infrastructures à Québec comme l’Empire romain offrait l’aqueduc aux peuples qu’il conquérait», écrit l'auteur.

De passage à Québec ce mois-ci, François Legault a affirmé vouloir faire de Québec la prochaine grande métropole de la province. Il a étalé ses promesses pour la ville, qui se résument en quelques projets d’infrastructure, probablement la seule chose qui compte pour un gouvernement fortement ancré à droite. La reconstruction du Marché Champlain à l’identique (excepté qu’il serait destiné aux touristes, qui sont désormais presque les seuls « résidents » du Vieux-Port) allant de pair avec une nouvelle navette fluviale, dont on ne connaît pas encore l’utilité. Bien entendu, le tramway et le troisième lien font partie des promesses, aussi fidèles que le soleil qui se lève tous les matins.

Pour sa part, le maire Marchand avait demandé un soutien clair de 75 millions de dollars à la zone Innovitam (zone de hautes technologies dans le quartier Maizerets) et à la zone d’innovation de Chaudière. Sous couvert de santé durable et de capitalisme vert, Innovitam continue à avancer toujours sans consulter les résidents d’un quartier et d’une ville qui seront sans doute largement transformés par son installation, et sans doute pas pour le mieux. L’organisme en innovation technologique fait miroiter des consultations citoyennes dont on ne connaît pas encore la teneur, mais à en constater la profonde opacité, on pourrait plutôt croire que c’est le PowerPoint d’un fait accompli qui sera présenté aux habitants.

Construction d’appartements en copropriété de luxe pour travailleurs qualifiés dans un des quartiers les plus défavorisés de la ville, gentrification, « surveillance en continu » (ce sont les mots du projet) d’un quartier où résident de nombreuses familles immigrantes. Ce programme de dépossession complète est contesté par plusieurs groupes de Québec, dont la Table citoyenne littoral Est, le Repac, le regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale et L’asile contre la ZILE.

Ni blanc ni noir

 

À Québec, le plus souvent, on est pour le tramway et contre le troisième lien, ou bien l’inverse. On dira que Legault promet le tramway pour faire accepter le troisième lien ou, au contraire, que si Québec va avoir son tramway, le troisième lien est l’infrastructure que méritent les gens de la Rive-Sud. Mais leur présence dans la même liste de promesses ne révèle-t-elle pas, justement, leur complémentarité ?

Finalement, ce sont deux projets d’infrastructure de transport, qui visent à accélérer la circulation des biens et des personnes. Ils visent à rendre certains secteurs plus attractifs, plus « connectés » et, en cela, ils sont des outils de spéculation immobilière, soit par la création de nouveaux quartiers en banlieue, soit par l’augmentation de la valeur foncière en ville. À chaque extrémité de ces deux axes de transport (tramway et 3e lien) : Innovitam, la zone d’innovation Chauveau, les zones d’innovation projetées à Lévis.

Ils doivent permettre aux gens de la région de se rendre plus facilement, et possiblement à partir de plus loin, sur leur lieu de travail, d’études et de consommation. Alors que les résidents des quartiers centraux de Québec s’inquiètent d’être empoisonnés par les activités du Port, on leur impose de la croissance économique, plus de circulation, et des loyers plus chers. Alors que plusieurs déplorent la disparition du couvert végétal en ville, de larges parts de boisés sont déjà ravagées pour faire place à des infrastructures de transport, notamment dans le secteur Chaudière. Alors que les jeunes générations sont dans la rue pour lutter contre les changements climatiques, on réindustrialise les quartiers avec des hautes technologies polluantes : sous couvert de développement « vert », cette industrie pollue en fait 1,5 fois plus que le transport aérien !

On nous vend le tramway comme une solution à la quantité d’automobiles en circulation, mais nous savons que les nouvelles infrastructures ne remplacent pas les anciennes, elles s’additionnent et augmentent à la fois la circulation globale et l’étalement. En ce sens, le débat urbanistique entre étalement urbain et densification n’a aucun sens : les deux dynamiques participent au plan global de « métropolisation » de la Ville. Il suffit de regarder Montréal pour voir que cette opposition ne tient pas la route. La ville se propage, et des tours de plusieurs dizaines d’étages s’érigent dans les quartiers centraux pour satisfaire les riches.

Rêver autrement

 

Les infrastructures de transport, loin d’apporter des solutions aux problèmes d’insécurité de logement, les aggravent largement. À Vancouver par exemple, des associations de locataires contestent les nouvelles lignes de transport en commun sur Broadway, car elles contribuent à l’augmentation du nombre d’évictions, à la gentrification et à l’augmentation considérable du coût des loyers. Québec métropole, ça fait vraiment rêver !

François Legault offre des infrastructures à Québec comme l’Empire romain offrait l’aqueduc aux peuples qu’il conquérait. Excepté que l’aqueduc était significativement plus utile. Il n’en reste pas moins que ses promesses d’infrastructure visent surtout à faire croire à la gloire de son gouvernement. Il est question de réinvestir dans de grands projets pour relancer la croissance après le choc de la pandémie. À l’heure des bouleversements climatiques, les priorités sont-elles bien placées ?

On a d’ailleurs beaucoup entendu, dans les dernières années, que c’est cette croissance même qui est responsable de la pandémie, et de celles qui frapperont sans doute dans l’avenir. Si la volonté de réduire le nombre de voitures est sérieuse, pourquoi ne pas démanteler des portions d’autoroutes ? La proposition amenée par la Table citoyenne du littoral Est de transformer Dufferin-Montmorency en boulevard urbain, en favorisant le bien-vivre de la communauté plutôt que la croissance, semble davantage aller dans la bonne direction. Les gestes visant à se réapproprier les terrains voués à la Zone d’innovation Innovitam également, contre la grande alliance de l’industrie et du transport.

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