Pour vieillir en santé, il faut investir en prévention

«Le vieillissement démographique s’accélère au Québec et c’est à Montréal que vivent le plus grand nombre de personnes âgées», disent les signataires.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Le vieillissement démographique s’accélère au Québec et c’est à Montréal que vivent le plus grand nombre de personnes âgées», disent les signataires.

Contrairement aux idées reçues, la grande majorité des aînés vivent à domicile (90 % en 2016). Alors que la campagne électorale bat son plein, et aborde davantage les soins et services de santé aux aînés, il importe de rappeler qu’il existe des actions de prévention et de promotion de la santé qui ont fait leurs preuves pour maintenir l’autonomie des personnes âgées. Les deux années de pandémie ont exacerbé les facteurs de risque d’isolement social et mis en relief d’importantes questions quant à leur place dans notre société.

La Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal invite la classe politique à prioriser la prévention et la promotion de la santé chez les aînés, à favoriser leur inclusion dans la société et à investir aujourd’hui pour limiter les coûts de santé de demain. Le vieillissement démographique s’accélère au Québec et c’est à Montréal que vivent le plus grand nombre de personnes âgées. En 2041, il y aura près d’un demi-million de personnes âgées de 65 ans et plus dans la métropole.

Force est de constater que leurs conditions de vie sont plus précaires que celles des autres régions québécoises et des autres grandes villes canadiennes : elles sont plus nombreuses à vivre seules et dans la pauvreté, avec un soutien social insuffisant. Elles sont davantage locataires et issues de l’immigration. Combinés à l’effet de l’âge, ces facteurs de vulnérabilité accroissent les risques de maladie et d’incapacités.

Nos études montrent que plus du tiers des aînés ont rapporté une détérioration de leurs capacités physiques ou mentales pendant la pandémie, et ce, surtout chez les plus âgés (85 ans et plus). La pandémie a aussi aggravé le fléau de l’âgisme : stéréotypes et discrimination sont apparus avec encore plus d’acuité. Là encore, les recherches démontrent que l’âgisme a des conséquences importantes sur la santé physique et mentale des aînés. Il est impératif d’agir.

Dans une publication récente, la DRSP de Montréal formule des recommandations d’engagement collectif envers les aînés vivant dans la communauté et cible cinq zones d’investissement prioritaires.

Mettre en oeuvre une stratégie gouvernementale pour une vieillesse citoyenne en santé. Et cela, en mobilisant des actions concertées sur les conditions de vie et la santé des personnes âgées vivant dans la communauté. Des efforts sont particulièrement nécessaires pour leur assurer un revenu décent permettant de faire face à l’augmentation effrénée du coût de la vie. Il importe également de faciliter le maintien à l’emploi des personnes de 65 ans et plus en instaurant des mesures fiscales soutenantes et des conditions de travail adaptées à leurs besoins.

Miser sur une offre diversifiée d’habitations adaptées aux besoins des aînés. Le logement, en plus d’être un droit fondamental, représente un déterminant central à la santé et au bien-être de la population. Il est impératif de développer plus de logements sociaux et abordables de qualité, à proximité des services, intergénérationnels et adaptés aux besoins des personnes âgées pour assurer leur participation à la vie communautaire et le maintien à domicile.

Inclure les aînés dans les prises de décision qui les concernent. Il s’agit de les considérer comme des partenaires ayant une expérience et une expertise riches.

Rehausser les investissements en matière de promotion de la santé et de prévention. Pour ce faire, on se servira des leviers existants, tels que la politique gouvernementale de prévention en santé (PGPS) et la mise à jour du programme national de santé publique (PNSP), à paraître en 2025.

Mettre en oeuvre des réseaux bienveillants de proximité. Ces réseaux seraient soutenus par les organismes communautaires, les services municipaux et les services de première ligne de la santé et des services sociaux. Ils permettraient de mobiliser l’entourage des aînés (famille, amis, voisins, services) à l’échelle des quartiers pour répondre rapidement aux besoins de la vie quotidienne et assurer un accompagnement. Ils impliquent un soutien accru des organismes communautaires, reconnus et financés adéquatement.

La DRSP de Montréal poursuivra son engagement avec ses partenaires, dont le Conseil citoyen du Réseau Résilience Aîné.es Montréal, afin d’assurer la mise en place d’actions efficaces pour soutenir une vieillesse citoyenne en santé au sein d’une société ouverte, solidaire et plurielle. Donnons-nous les moyens de nos ambitions pour faire face aux enjeux du vieillissement en assurant la participation sociale des personnes âgées de notre collectivité.

Voilà un engagement porteur de jours meilleurs pour les aînés et l’ensemble de la communauté.

* Ont aussi signé ce texte : Paule Lebel (médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive), Réjean Hébert (gériatre et médecin-conseil en santé publique), Barbara Fillion (ergothérapeute en santé publique) et Marie-Chantal Gélinas (ergothérapeute en santé publique).

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