Sans éducation ni émulation, pas d’art

«Toutes les recherches montrent que le goût pour les arts que sont le théâtre, la danse, la musique classique, l’opéra, les beaux-arts vient de la valeur transmise par la famille, famille au sens élargi», écrit l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Toutes les recherches montrent que le goût pour les arts que sont le théâtre, la danse, la musique classique, l’opéra, les beaux-arts vient de la valeur transmise par la famille, famille au sens élargi», écrit l'auteur.

Le débat de la semaine dernière à HEC Montréal a amené plusieurs excellentes idées, de la part des candidats, pour le soutien aux artistes et organismes culturels. Cependant, deux facteurs limitent ce que le ministère de la Culture et le monde culturel peuvent faire pour assurer l’accès à tous aux arts de chez nous. Ces facteurs sont un, le fait que près de 50 % de la population du Québec est analphabète fonctionnel, et deux, que l’intérêt pour l’art est fonction des valeurs transmises par la famille.

Premier facteur. Les auteurs et les organismes culturels font des pieds et des mains pour faire aimer la littérature québécoise. Cependant, tous ces efforts sont contrecarrés par l’incapacité d’une bonne partie de la population à lire leurs romans. Cet aspect montre l’échec monumental de l’école à réaliser son objectif fondamental qui est de montrer à lire et à écrire aux élèves, et aussi à compter. Tant que le ministère de l’Éducation n’aura pas rectifié le tir, les intervenants culturels vont travailler dans le vide.

Deuxième facteur. Depuis les premières études sur le consommateur culturel faites en 1959, les chiffres de tous les pays industrialisés montrent que la composition des auditoires des théâtres et des visiteurs de musées a été et continue d’être en majorité composée de personnes avec diplômes universitaires (environ aux deux tiers). Toutes les recherches montrent que le goût pour les arts que sont le théâtre, la danse, la musique classique, l’opéra, les beaux-arts vient de la valeur transmise par la famille, famille au sens élargi.

De la même façon, la valeur transmise par la famille pour des études supérieures est primordiale dans le choix d’aller à l’université ou non. Quand les parents disent à leur progéniture, consciemment ou inconsciemment, que le théâtre est fait pour les gens instruits ou riches et pas pour nous, ils disent habituellement aussi qu’aller au cégep ou à l’université n’est pas nécessaire, que c’est mieux d’apprendre un métier « comme ça, on aura toujours une bonne job ». Le fait que le Québec ait moins de diplômés universitaires n’est pas à cause du coût des études, comme certains voudraient nous faire croire, mais bien à cause des valeurs qui ne sont pas transmises en bas âge.

La médiation culturelle que font la plupart des organisations dans les arts se heurte à ce problème de valeurs qui complique leur travail. Il faut les appuyer, mais il faut aussi que l’éducation devienne une priorité pour le Québec et que la maîtrise de la langue française, chez les enseignants en premier lieu, soit une priorité. Il faut que dans toutes les matières, pas seulement en français, les enseignants corrigent les fautes de grammaire et d’orthographe. Sans coup de barre du gouvernement, quel qu’il soit, en éducation, la tâche des organismes culturels est minée à la base.

Parce que si la famille ne valorise pas l’éducation supérieure, elle ne valorise pas non plus la fréquentation des arts. Se battre contre des gens qui voient de façon négative le fait d’aller à l’université et de fréquenter les arts, c’est, d’un simple point de vue marketing, le pire des défis. Faire changer les valeurs des gens quand elles sont ancrées dans leur enfance est une tâche souvent impossible. Les organisations culturelles peuvent contribuer à façonner un peuple plus instruit, mais le milieu culturel ne peut pas le faire tout seul.

Remarquons en terminant qu’il est faux de dire que les citoyens ne consomment pas de culture, car, au contraire, 100 % de la population en consomme, que ce soit à travers la musique populaire, les films, les romans de toutes sortes, mais aussi les beaux-arts, festivals et autres. Le problème vient du fait que, pour la culture populaire, ce n’est pas ce qui est produit par des artistes québécois qui est consommé en majorité, mais celle offerte par les grands conglomérats internationaux.

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