Une réflexion sur la monarchie s’impose

«En vertu de la Constitution à laquelle le Québec est lié même sans y avoir adhéré en quarante ans, l’héritier de la Couronne, Charles III, est chef du Canada, représenté au fédéral par la gouverneure générale et au provincial, par les lieutenants-gouverneurs», écrit l'auteur.
Photo: Jonathan Brady / Pool / Agence France-Presse «En vertu de la Constitution à laquelle le Québec est lié même sans y avoir adhéré en quarante ans, l’héritier de la Couronne, Charles III, est chef du Canada, représenté au fédéral par la gouverneure générale et au provincial, par les lieutenants-gouverneurs», écrit l'auteur.

Élisabeth II est partie en paix jeudi dernier. Son règne suscitera une multitude de récits enluminant une vie d’exception. En se fondant entièrement dans un rôle que l’histoire a voulu immense et que la modernité a rendu sensationnel, la reine a maintenu vigoureuse une institution qui détonne en cette ère d’espoirs démocratiques. Nous lui devons un grand respect et une admiration durable, de même que de la compassion aux citoyens attachés parfois à la personne, parfois à l’institution.

L’espace qu’Élisabeth II a occupé dans l’actualité planétaire, canadienne et québécoise ainsi que la sincérité investie dans le désir d’être une force positive ne doivent pas, en toute courtoisie, occulter le devoir de nous questionner sur l’institution « de droit divin » qui a été depuis éclipsée par d’autres, démocratiques et voulant séparer l’État de l’Église.

En vertu de la Constitution à laquelle le Québec est lié même sans y avoir adhéré en quarante ans, l’héritier de la Couronne, Charles III, est chef du Canada, représenté au fédéral par la gouverneure générale et au provincial, par les lieutenants-gouverneurs. Aucune loi n’est applicable sans le sceau de la monarchie, même si la pratique le réduit à un symbole désuet.

Désuète, mais coûteuse, la monarchie a coûté aux contribuables en moyenne 67,1 millions de dollars par année entre 2018 et 2021 pour financer, par exemple, les cérémonies honorifiques, les voyages de la famille royale (en 2016, celle du prince William a coûté 3,9 millions de dollars), la rémunération de la gouverneure générale (306 067 $ en 2019-2020), et la pension à vie pour tous les anciens gouverneurs généraux et leurs conjoints survivants (747 418 $ en 2019-2020). Ces dépenses considérables se déclinent ensuite au niveau des provinces.

Environ les trois quarts des Québécois souhaitent l’abolition de la monarchie, dépouillant cette institution de toute légitimité pour intervenir, même symboliquement, sur les choix de l’Assemblée nationale du Québec.

N’est-il pas étonnant que le chef des États québécois et canadien soit aussi le chef de l’Église anglicane, alors que les deux se veulent laïques ? On conviendra qu’avec une prière précédant les travaux parlementaires quotidiens, le Canada pratique avec timidité la séparation entre l’État et l’Église. En revanche, depuis la Révolution tranquille, le Québec progresse, malgré le multiculturalisme canadien, vers une laïcité de plus en plus assurée.

La monarchie est appuyée sur la certitude que The King can do no wrong. Pourtant, ce sont bel et bien des humains faillibles, tantôt attachants et tantôt navrants dans leur réalité pas si différente de la nôtre, si ce n’est par l’opulence. De plus, c’est d’abord par les armes que la couronne d’Angleterre a établi son autorité sur la Nouvelle-France, depuis devenue le Québec.

Enfin, si on retient l’argument de droit pour affirmer qu’on ne peut facilement mettre fin à la monarchie au Canada et au Québec, et si on admet que le cadre constitutionnel actuel rendrait l’exercice complexe, peut-être ne doit-on que davantage envisager notre indépendance afin d’obtenir, à cet égard aussi, ce qui est souhaitable et souhaité.

En tout respect pour les institutions et avec compassion pour les citoyens endeuillés, je pense que la succession au trône d’Angleterre est propice à une réflexion sur la suite de notre assujettissement à un pouvoir que les Québécois, comme peuple, n’ont jamais choisi.

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