Pour mettre fin à l’iniquité du système scolaire

«Chaque année, la population scolaire se divise et se ghettoïse davantage», écrit l'autrice.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Chaque année, la population scolaire se divise et se ghettoïse davantage», écrit l'autrice.

Au Québec, le choix de l’école secondaire marque la fin de l’enfance. Dès la cinquième année du primaire, il faut s’y préparer. Les parents bien intentionnés n’ont qu’un désir : donner le meilleur à leur enfant. Persuadés que l’école dite privée (subventionnée) et les écoles publiques sélectives offrent une meilleure éducation et un meilleur encadrement, ils mettent tout en oeuvre pour s’assurer que leur enfant va réussir aux fameux tests d’admission.

J’ai été l’un de ces parents. Pour mon fils Laurent, je rêvais du collège le mieux coté. Mais la pression est forte pour performer et dépasser les autres. Face à une telle compétition, on ne pense qu’à soi, qu’à son enfant, qu’aux résultats. On le stimule, on l’encourage, on le pousse dans le dos. Jusqu’au moment où rien ne va plus… Dans les semaines qui ont suivi les examens, mon fils a sombré dans une profonde tristesse.

Qu’est-ce qui m’avait échappé ? Obnubilée par le désir de voir mon garçon réussir, avais-je ignoré ses signaux de détresse ? Avais-je mis trop de pression ? Mes attentes avaient-elles créé chez lui trop de stress et d’anxiété ? Forcée de me remettre en question, j’ai dû transformer mes attentes envers mon garçon, apprendre à tenir compte de ses aptitudes et de ses intérêts réels et l’aider à reprendre confiance en lui. J’ai dû surtout revoir mes valeurs.

Dans les semaines et les mois qui ont suivi, j’ai beaucoup échangé avec d’autres parents. J’ai alors été étonnée de constater à quel point les souffrances que mon fils et moi avions vécues étaient partagées. Chicanes, désarroi, pleurs et surtout le sentiment de honte qui vient avec l’échec aux examens. Honte des parents d’avoir un enfant qui n’est pas à la hauteur. Honte des enfants de décevoir leurs parents. Les multiples drames quotidiens vécus par les enfants et les parents m’ont alors convaincue de la pertinence de faire un film sur les dérives de la course à la sélection qui accompagne le passage du primaire au secondaire.

Depuis la réalisation de mon film Les enfants du palmarès en 2009, la course à la sélection n’a pris que plus d’ampleur. C’est ainsi qu’à une école démocratique, ouverte à tout le monde, qui offre des chances égales à tous, se substitue de plus en plus une multiplication de programmes à la carte, avec une sélection de plus en plus impitoyable qui crée une minorité d’élus et un fort contingent d’exclus. Les enfants québécois ont ainsi de moins en moins accès à la même qualité d’éducation.

La forte hausse du nombre d’élèves au privé accroît les subventions que leur verse l’État et diminue d’autant les ressources du public. Mais surtout, le regroupement des plus forts dans certaines écoles entraîne lentement et sûrement une dégradation des conditions de formation des plus faibles. En accroissant le fardeau des classes ordinaires, les écoles sélectives menacent l’accessibilité de tous à une éducation de qualité et vont à l’encontre du principe démocratique d’accès et d’égalité des chances pour tous. Il s’agit d’une véritable dérive de nos choix collectifs.

Alors que le ministère de l’Éducation prône la réussite pour tous, on assiste actuellement à l’effet inverse. De plus en plus de sélections, de plus en plus d’écoles qui se détériorent et de plus en plus d’élèves qui abandonnent. Après qu’ils ont été exclus par leur entourage, comment s’étonner que les élèves s’excluent d’eux-mêmes ? Environ quatre élèves sur dix quittent l’école sans diplôme d’études secondaires. Depuis l’an 2000, leur nombre ne cesse de grandir.

Chaque année, la population scolaire se divise et se ghettoïse davantage. Il est temps que le Québec mette fin à un système d’éducation qui place les choix individuels au-dessus du bien-être collectif. C’est pourquoi j’appuie sans réserve le plan du mouvement École ensemble pour un réseau scolaire commun et un système d’éducation équitable, et je demande à tous les partis politiques de s’engager à le mettre en oeuvre.

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