L’impasse entre l’identité québécoise et la diversité canadienne

«Le multiculturalisme et le culte de la diversité qui existent au Canada provoquent un choc des valeurs et une incompréhension de la nation québécoise qui ne peut mener qu’à une impasse», écrit l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Le multiculturalisme et le culte de la diversité qui existent au Canada provoquent un choc des valeurs et une incompréhension de la nation québécoise qui ne peut mener qu’à une impasse», écrit l'auteur.

Les nombreux immigrants qui arrivent au Canada se regroupent selon leur origine, leur langue et leur religion, créant ainsi une mosaïque multiculturelle à l’intérieur de la société canadienne. Cette situation n’est pas pour déplaire aux gouvernements qui voient la diversité comme une des forces du Canada, dans le contexte d’une forte augmentation souhaitée de l’immigration.

En fait, le Canada est de plus en plus conçu comme une communauté de communautés. On n’est plus dans la perspective des deux peuples fondateurs, l’un anglophone et l’autre francophone. Le concept d’un Canada biculturel a vécu. En 1971, le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau adopte la Politique sur le multiculturalisme, qui reconnaît l’apport de cultures variées à l’histoire et à la société canadienne. Cette politique cherchait à gérer le nationalisme québécois ainsi que la diversité culturelle de plus en plus grande du pays.

Le multiculturalisme est par la suite inscrit dans la Constitution comme une caractéristique fondamentale du Canada. Le rapatriement de la Constitution de 1982 marque l’arrivée de la Charte des droits canadienne, dont l’article 27 prévoit que « toute interprétation de la présente charte doit concorder avec l’objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens ».

Diversité et bilinguisme

 

Cette réalité est d’autant plus acceptable qu’à l’extérieur du Québec, l’intégration linguistique des minorités ethniques ne pose pas de problème. Les communautés se constituent et se maintiennent dans le temps tout en adoptant l’anglais comme langue de communication publique. Mais tel n’est pas le cas au Québec, où les transferts linguistiques ne se font pas systématiquement vers le français et où l’intégration des immigrants dans la culture dominante francophone n’est pas assurée.

Faire du Québec un espace aussi francophone que le reste du Canada est anglophone semble de moins en moins possible dans la mesure où le Canada ne pratique qu’un bilinguisme imparfait des institutions fédérales et où la Charte des droits est régulièrement invoquée pour restreindre la portée des mesures de protection du français adoptées par le gouvernement du Québec. Ainsi, la Loi sur la laïcité de l’État (PL21) et la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (PL96) ont suscité une levée de boucliers au Canada anglais et dans la minorité anglophone québécoise. On les a qualifiées de lois xénophobes et racistes.

La question qu’il faut se poser est la suivante : pourquoi la célébration des différences culturelles au Canada ne s’applique-t-elle pas aussi à la différence culturelle québécoise ? On semble valoriser les particularismes communautaires, jusqu’à les présenter comme une richesse et un atout pour le pays, mais quand il s’agit de l’exercice par la principale minorité culturelle du Canada de son droit de préserver sa langue, rien ne va plus. Pourquoi ?

Diversité et démocratie

 

La protection des minorités est un des principes démocratiques fondamentaux. La majorité ne doit pas utiliser sa force pour opprimer les groupes qui n’en font pas partie ou qui s’en distinguent. C’est ce principe que les chartes des droits permettent de respecter. On donne aux individus, tant dans la charte québécoise que canadienne, le pouvoir de s’opposer à des mesures publiques qui empêcheraient l’exercice normal de leurs prérogatives de citoyens.

La pratique canadienne montre cependant que cette opposition peut mener à des excès, des citoyens contestant toute initiative qui leur semble contraire à leurs droits et notamment à leur liberté religieuse, une liberté prétendument supérieure à toutes les autres. Ce faisant, quelques individus peuvent s’opposer à la volonté de la majorité de voir reconnaître que le Québec est une société laïque et de faire en sorte que le port de signes religieux ne soit pas compatible avec l’exercice de certains postes d’autorité publique.

Dans cette confrontation entre les droits collectifs et les droits individuels, la primauté de ces derniers semble de plus en plus assurée. Affirmer que le Québec est une société francophone laïque et prendre les moyens pour qu’elle le demeure semble aujourd’hui aller à l’encontre des sensibilités et valeurs canadiennes. Tous les moyens, financiers ou juridiques, seront bons pour empêcher ce particularisme québécois de se développer.

Diversité et identité

 

Alors que le maintien de la nation francophone québécoise dans l’océan anglophone nord-américain sera toujours fragile et que toutes les études démontrent que la place du français est en recul aujourd’hui non seulement au Canada, mais aussi au Québec même, il est légitime que le seul gouvernement francophone en terre d’Amérique cherche à garantir sa survie et son développement.

La langue est le vecteur principal de l’identité québécoise. Son histoire, son territoire et sa culture y contribuent aussi fortement. Si l’identité canadienne et l’importance que la diversité semble y tenir ne peuvent s’accommoder d’un Québec différent, comment réconcilier les idéaux de l’un et de l’autre ?

Le Québec aussi a besoin d’immigrants, mais pour conserver son identité, il doit mettre en oeuvre des mesures qui permettent de définir un espace public commun dans le respect des nouveaux arrivants et de la majorité francophone. Pour y arriver, l’accueil, l’ouverture et la tolérance sont aussi nécessaires ici qu’ailleurs. Le multiculturalisme et le culte de la diversité qui existent au Canada provoquent un choc des valeurs et une incompréhension de la nation québécoise qui ne peut mener qu’à une impasse. En fait, on y est déjà.

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