Gare à la centralisation des services de santé

«Il est maintenant reconnu universellement qu’un système de santé doit être géré de façon décentralisée à la suite d’une planification exigeant la participation des citoyens sur le plan local, afin que ceux-ci puissent exprimer librement leurs besoins prioritaires en matière de santé», affirme l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Il est maintenant reconnu universellement qu’un système de santé doit être géré de façon décentralisée à la suite d’une planification exigeant la participation des citoyens sur le plan local, afin que ceux-ci puissent exprimer librement leurs besoins prioritaires en matière de santé», affirme l'auteur.

Malheureusement, il semble évident que les responsables ministériels et les concepteurs du programme électoral de la Coalition avenir Québec (CAQ) n’ont jamais pris connaissance de la Déclaration d’Alma-Ata de 1978 parrainée par le bureau régional Europe de l’Organisation mondiale de la santé. En bref, il s’agit d’un texte fondateur concernant la planification des soins de santé primaires à l’échelle mondiale dont on ne peut faire abstraction si l’on se targue de vouloir présider à l’organisation des soins sur un territoire national.

Depuis la Déclaration d’Alma-Ata, il est maintenant reconnu universellement qu’un système de santé doit être géré de façon décentralisée à la suite d’une planification exigeant la participation des citoyens sur le plan local, afin que ceux-ci puissent exprimer librement leurs besoins prioritaires en matière de santé, non seulement quant aux infrastructures, mais surtout quant aux actions de promotion de la santé, d’assainissement du milieu de vie, de protection et de prestation des soins.

Or, les dernières annonces du ministre de la Santé et celles de la CAQ dans un contexte électoral laissent présager une orientation plutôt centralisatrice. D’abord, le ministre nous a récemment fait part de sa volonté de présenter une modification législative scindant son ministère en deux parties, dont une branche exécutive autonome sous la responsabilité d’un non-élu portant le titre de p.-d.g. Il s’agirait là d’une dangereuse initiative qui priverait l’Assemblée nationale du contrôle direct de la moitié du budget de l’État et, à ce titre, il s’agirait d’un déficit démocratique important pour le Québec. Qui plus est, la gestion centralisée du système de santé se verrait renforcée, en contradiction avec les prescriptions d’Alma-Ata pourtant consensuelles mondialement et garantes d’une saine gestion sanitaire.

Deuxièmement, en abandonnant ses responsabilités directes sur le réseau, le ministre semble déclarer son incapacité à rétablir le fonctionnement harmonieux sur le terrain et possiblement à l’abandonner au privé. De plus, apporter des modifications au fonctionnement d’un ministère, alors que les problèmes résident dans le réseau, ne serait-il pas lâcher la proie pour l’ombre ? Ne serait-il pas mieux de renforcer la première ligne en garantissant l’accessibilité aux professionnels et en restructurant le réseau des CLSC, d’abord en redonnant aux citoyens voix à la planification et à la gestion de ces établissements, en rehaussant substantiellement leur budget et en y associant les municipalités régionales de comté (MRC) ?

Le rôle des municipalités

 

Pourquoi les MRC ? Parce que les municipalités sont déjà des joueurs importants en santé par leurs responsabilités d’assainissement du milieu, d’approvisionnement en eau potable et de fluoration, par leur rôle essentiel quant au logement, à la protection et au bien-être des plus démunis. Il y a quelques années, plusieurs d’entre elles ont rejoint volontairement le mouvement « Villes et villages en santé », démontrant ainsi leur désir de participer activement au mieux-être de la population. Et comme par hasard, hors des grands centres, les territoires de CLSC sont quasi identiques aux territoires de MRC, ce qui diminue d’autant les difficultés d’un mariage.

Même si ces commentaires s’adressent à un seul des partis politiques dans la course électorale, permettez-moi en terminant, pour évacuer toute apparence de parti pris politique, de souligner que, hormis QS qui propose une assurance dentaire universelle (quoiqu’il s’agisse d’une promesse électorale et non d’un programme, donc du vent plus que du concret !), le programme en santé de l’ensemble des partis est d’une pauvreté inouïe compte tenu des problèmes vécus.

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