La Terre crie

Le maximum d'augmentation de 1.5 °C de température moyenne, prévu par la Conférence de Paris en 2015, est déjà en train d'être dépassé, selon l'auteur. 
Photo: David McNew Agence France-Presse Le maximum d'augmentation de 1.5 °C de température moyenne, prévu par la Conférence de Paris en 2015, est déjà en train d'être dépassé, selon l'auteur. 

Comme on le sait, l’accélération du réchauffement climatique, avec les vagues de grande chaleur que l’on connaît, notamment dans les grandes métropoles, devrait multiplier les périodes de smog, les inondations, les sécheresses, les pluies torrentielles, et autres catastrophes naturelles. Ajoutons les effets dévastateurs de celles-ci, comme les grands feux de forêt en Europe, mais aussi aux États-Unis, et bientôt chez nous. Feux qui ont déjà détruit 110 000 hectares.

Et le résultat global est que cette tendance est en train de faire en sorte que le maximum d’augmentation de +1,5 °C de la température moyenne prévu par la Conférence de Paris en 2015 est déjà en train d’être dépassé, avec des +3 °C d’ici 2030. Température dépassant les maximums acceptables pour la vie humaine. Comme vient de le rappeler l’Organisation météorologique mondiale, associée aux Nations unies. Et ses effets seraient, entre autres, le manque d’eau, même notre eau potable. Comme le démontrent les analyses du consortium Ouranos. Alors que nous croyons que l’eau sera toujours disponible, même quand le reste du monde en manquera.

Le tout affectant ce que nous mangeons et perturbant de plus en plus les naissances. Sans compter la disparition des abeilles et d’un grand nombre d’oiseaux. Plus l’arrivée de nouveaux effets pervers, comme l’explosion de la maladie de Lyme, la baisse de la productivité des travailleurs, la diminution de la résistance des infrastructures avec l’érosion des berges et des côtes supportant les routes, etc. Plus la hausse des prix partout. Et cela ne tient pas compte des effets sur les déplacements à venir des centaines de milliers d’humains fuyant leurs pays submergés ou désertiques et que nous serons obligés d’accueillir.

Mesures plus draconiennes

 

Alors que les solutions préconisées pour le Québec sont insuffisantes. Puisque les émissions mondiales de CO2 ont reculé à peine de 2,7 % depuis une décennie. Il faut donc passer à des mesures plus draconiennes, comme la multiplication des transports publics, y compris pour les banlieues, et leur gratuité, par exemple, pour les étudiants. D’autant plus que le gouvernement a des surplus à dépenser actuellement. Surplus que, malheureusement, il veut remettre aux électeurs pour continuer ses petites politiques électorales plutôt que penser à la Terre.

Il faut de plus obliger les entreprises de plus de 40 employés à fournir des abonnements de transport ou des navettes, tout en limitant sérieusement leur stationnement et en multipliant les arbres sur ces derniers. Et, évidemment, il faut aussi des taxes encore plus élevées pour les grosses voitures et les camionnettes, comme le prône l’OCDE et comme le rappelait António Guterres, de l’ONU. Puisque leurs ventes continuent à croître. Et encore plus de restrictions pour les huit entreprises, dont la fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, à qui le gouvernement donne toujours la permission d’empoisonner les citoyens. Sachant que leurs profits continuent à se multiplier de façon scandaleuse. Comme la firme suisse Glencore, propriétaire de cette fonderie qui a généré, en 2020, des revenus de 185 milliards de dollars.

Et, évidemment, il faut mettre en place une forte taxe sur la publicité des voitures. Comme ce fut le cas dans les années 1980 avec celle sur le tabac et la loi exigeant d’en démontrer les méfaits. Surtout avec le refus de François Legault d’agir de ce côté. Et ce, malgré la possibilité de remboursement total ou partiel des taxes lors des déclarations fiscales pour toute personne devant utiliser sa voiture afin de gagner sa vie. Il faut de plus bloquer toute nouvelle autoroute (et tunnel !) favorisant automatiquement l’étalement urbain. De même, il faut penser à une nouvelle taxe spéciale en faveur d’un meilleur climat pour les revenus supérieurs. Il faut aussi obliger toutes les grandes entreprises à préciser les moyennes étapes visant à diminuer leur pollution et à en préciser les moyens, sans attendre que le gouvernement en assume la plus grande partie des coûts.

De la volonté

 

Évidemment, cela demande de la volonté. Comme ce fut le cas avec René Lévesque pour la nationalisation de l’électricité. Nationalisation dont Jean Lesage ne voulait pas, et qui a abouti, avec la tête dure de son ministre, aux élections de 1962 gagnées haut la main. Politique qui, par la suite, a favorisé l’engagement de nos ingénieurs et la direction des entreprises par les francophones. Avec, dans la foulée, la création de la Caisse de dépôt et placement et du Régime de rentes, qui ont libéré le Québec du contrôle financier de la firme Ames & Sons de Boston et de son monopole des emprunts. Plus la mise en place de l’Assurance automobile. Sans compter la loi 101, qui permet avant tout de freiner sérieusement le bilinguisme à Montréal. […]

D’autant plus que la population exige des actions fortes. Comme le démontre un sondage de juillet dernier dans lequel 78 % des répondants demandent aux politiciens de s’engager résolument à sauver la planète, même au détriment d’autres priorités et quitte à devoir payer plus de taxes et d’impôts.

Nous avons besoin d’une vraie politique qui exige que cette pollution soit fermement limitée avec des objectifs clairs et précis. Politique vue comme premier objectif par les jeunes, comme le rappellent régulièrement d’autres sondages. Et comme il ne faut plus attendre des efforts de notre premier ministre, il faut une politique sérieuse venant d’un nouveau René Lévesque, dont on vient de fêter le centième anniversaire de naissance. Soit quelqu’un qui se lèvera à son exemple, et qui forcera enfin les choses. Puisque la Terre crie de plus en plus et exige cette vraie politique climatique pour sauver la planète.

* Autres signataires : Bruno Fabi, UQTR ; Camille Carrier, UQTR ; Pierre Cossette, UQAM ; et Marc-Urbain Proulx, UQAC, tous professeurs.

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