L’énergie verte du Canada à la rescousse de l’Allemagne?

Il est dommage que le gaz proposé par le Canada à l’Allemagne soit plus nocif pour l’environnement que celui de la Russie, souligne l’auteur. En photo, le gazoduc allemand Nord Stream 1. 
Photo: Stefan Sauer Associated Press Il est dommage que le gaz proposé par le Canada à l’Allemagne soit plus nocif pour l’environnement que celui de la Russie, souligne l’auteur. En photo, le gazoduc allemand Nord Stream 1. 

Le gouvernement canadien vient de confirmer son intention d’exporter dans quelques années du gaz naturel pour venir en aide à l’Europe, et plus particulièrement à son moteur industriel, l’Allemagne. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le chancelier Olaf Scholz, récemment en visite chez nous, cherche à « libérer » son pays du gaz naturel russe, dont l’approvisionnement pourrait bientôt cesser complètement.

Le défi de réduire la dépendance au charbon, au mazout et au nucléaire demeure immense pour l’ensemble de l’Europe comme pour le reste du monde.

Il est dommage que le gaz offert par le Canada comme solution à moyen terme soit plus nocif pour l’environnement que celui de la Russie, lequel provient de gisements conventionnels et est livrable par oléoduc. Le procédé de fracturation hydraulique utilisé chez nous comme aux États-Unis fait en sorte que le gaz méthane, bien qu’il émette moins de particules polluantes dans l’atmosphère lors de sa combustion, contribue au réchauffement climatique tout autant que le pétrole et le charbon.

Notre pays n’en continue pas moins de promouvoir le gaz naturel en provenance de l’Alberta comme une énergie de transition acceptable. Il mise pour ce faire sur une technologie de captage et de stockage du CO2 qui n’a pas encore fait ses preuves à grande échelle et dont le coût serait en bonne partie assumé par les contribuables par l’entremise de programmes de subventions à la transition.

Toutefois, le gouvernement de Justin Trudeau pose comme condition aux promoteurs de développer parallèlement aux infrastructures de GNL la filière de l’hydrogène vert, qu’il estime plus accessible à court terme et irréprochable sur le plan environnemental.

La couleur de l’hydrogène

Cet hydrogène vert serait produit par électrolyse de l’eau grâce à l’électricité générée par des éoliennes ou par des installations hydroélectriques, tandis que l’hydrogène bleu et l’hydrogène gris sont produits respectivement à partir du gaz naturel et du pétrole, donc moins écologiques. Mais seront-ils exclus pour autant des exportations ? On peut en douter.

L’hydrogène vert a son utilité dans certains domaines, comme dans les procédés de fabrication industriels et le transport lourd. Ainsi, les trains et les camions semi-remorques gagnent à être alimentés à l’électricité provenant de réservoirs d’hydrogène, les batteries au lithium étant trop lourdes et encombrantes.

L’exportation de grandes quantités d’hydrogène vert paraît cependant difficile à concrétiser en raison des coûts reliés à sa production. Le pays exportateur se prive d’une énergie renouvelable dont il a lui-même besoin pour satisfaire ses propres objectifs de décarbonisation. Le Canada est déjà à la traîne à ce chapitre.

D’autre part, tout indique que l’apport énergétique canadien servirait davantage à satisfaire la demande du secteur industriel qu’à répondre aux besoins de base de la population : s’éclairer, cuisiner, se chauffer. Pour ces usages domestiques, le gouvernement allemand préconise déjà des mesures de rationnement de l’énergie.

Un prétexte pour le statu quo

 

La livraison d’hydrogène vert et éventuellement de gaz naturel liquéfié de fracturation servirait en réalité à maintenir un système de production et de consommation de biens qui, en un demi-siècle, a réussi à saper une bonne partie des ressources de la biosphère. Notamment avec la fabrication de véhicules automobiles, maintenant en surnombre dans tous les pays développés et en voie de le devenir même parmi les plus pauvres.

Il serait absurde d’exporter notre énergie pour soutenir au premier chef le rythme de production de Volkswagen, de Daimler et de BMW — les trois plus grandes entreprises allemandes, qui à elles seules totalisaient en 2020 un chiffre d’affaires de 530 milliards d’euros.

Un ralentissement de l’économie allemande en manque d’énergie entraînerait bien sûr des mises à pied et des difficultés d’approvisionnement pour tous ses partenaires commerciaux. C’est peut-être le prix à payer pour un véritable changement.

Dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, les travailleurs affectés ne devraient pas avoir trop de mal à se recycler dans des secteurs moins payants mais plus gratifiants. Les plus avisés se consoleront à l’idée de ne plus être que des rouages sur une chaîne de montage, en attendant leur élimination par la robotisation et la délocalisation que privilégient ces multinationales.

Nous devrions saisir cette occasion pour faire une pause salutaire en matière de croissance et de consommation, quitte à traverser une bonne récession. Il est plus que temps de réapprendre à vivre en prenant acte de la finitude des ressources de notre seule planète habitable.

À voir en vidéo