Le déclin du français en question… et en réponses

«Sur l’île de Montréal, en matière de langue maternelle, les francophones sont minoritaires depuis 2006 et leur proportion diminue constamment», note l’auteur. 
Photo: Michaël Monnier archives Le Devoir «Sur l’île de Montréal, en matière de langue maternelle, les francophones sont minoritaires depuis 2006 et leur proportion diminue constamment», note l’auteur. 

Pour ceux et celles qui en doutaient, ou qui refusaient simplement de voir la réalité, les données diffusées le 17 août par Statistique Canada montrent que le français est bel et bien en déclin au Canada et au Québec.

Pour les optimistes de la langue, ces données ont dû être reçues comme une douche froide. L’agence statistique a eu beau faire diversion en mettant l’accent sur la diversité linguistique et en mettant de l’avant que, ô surprise, « Le français et l’anglais demeurent les langues les plus parlées au Canada » , elle ne pourra esquiver la question de l’évolution du poids relatif des deux langues officielles au Canada. Dans le contexte sociopolitique canadien, c’est l’enjeu central et incontournable.

Dans le Canada hors Québec, les francophones selon la langue maternelle ne représentent plus que 3,5 % de la population. Le français comme langue d’usage principale à la maison ne représente plus que 2 % du total au Canada hors Québec. Les francophones hors Québec sont en déclin absolu et relatif : le premier ministre Trudeau pourrait avantageusement utiliser les mots de François Legault et évoquer la Louisianisation, sans risquer de se tromper.

Au Québec, n’en déplaise à Legault, on ne peut évoquer la Louisianisation, pas encore, mais cela ne veut pas dire que la situation n’est pas préoccupante. Peu importe l’indicateur qu’on retient, la croissance de l’anglais est supérieure à celle du français. De 2016 à 2021, la population anglophone progressait de 12 % selon la langue maternelle, et de 14 % selon la langue parlée à la maison. Durant la même période, la population francophone augmentait de 2 %, selon les deux indicateurs.

La langue maternelle représente le passé ; la langue parlée à la maison — la langue qui sera transmise aux enfants — représente l’avenir. Depuis le recensement de 1991, le nombre de locuteurs du français augmente légèrement et de manière constante. Quant à l’anglais, il diminue d’abord dans les années 1990, principalement à cause de la migration interprovinciale des anglophones vers les provinces anglophones.

À la suite du référendum de 1995, cette forte migration tend à se réduire et, simultanément, l’immigration internationale augmente rapidement. Malgré une politique de sélection favorable au français, l’attrait de l’anglais demeure important et les allophones réalisent toujours des transferts linguistiques vers l’anglais.

En conséquence, l’anglais augmente plus rapidement que le français depuis 2001, mais le dernier recensement montre un nouveau changement de tendances. La croissance de l’anglais est maintenant six fois plus rapide que celle du français.

Déséquilibre

 

Doit-on s’alarmer ? Il apparaît évident que malgré 50 ans de Loi 101, l’équilibre linguistique tant recherché n’a pas été atteint. Le poids de l’anglais augmente toujours et passe de 11,8 % en 2016 à 12,9 % en 2021 parmi les locuteurs d’une langue officielle au Québec. On avait l’habitude de voir cet indicateur augmenter, mais pas autant sur une période de cinq ans.

Derrière ces chiffres en apparence modestes se cache une réalité sociale et historique significative. Ceux qui ont le français comme langue maternelle sont relativement moins importants. Ceux qui le parlent principalement à la maison sont relativement moins importants. Quant à la connaissance des langues officielles, le nombre d’unilingues français diminue, alors que le bilinguisme augmente de près de 10 %, et l’unilinguisme anglais augmente de 20 % !

Et à Montréal ? On le sait, la dynamique linguistique s’y est intensifiée et le communiqué de Statistique Canada est étonnamment muet sur le sujet. Sur l’île de Montréal, en matière de langue maternelle, les francophones sont minoritaires depuis 2006 et leur proportion diminue constamment. Le dernier recensement nous apprend qu’ils ne représentent plus que 46 % de la population, contre 35 % pour les allophones et 18 % pour les anglophones. L’évolution récente est assez semblable en matière de langue d’usage.

Peu importe l’indicateur utilisé, la situation du français est en déclin relatif par rapport à l’anglais partout au pays. Le gouvernement fédéral a été et demeure incapable de protéger le français au Canada. Pour la défense du français au Québec, on ne peut certes pas penser qu’il en sera autrement.

Plutôt que d’appuyer les contestations de la Loi 96, le fédéral devrait songer à adapter sa politique d’aide aux groupes linguistiques minoritaires et subventionner proportionnellement plus les francophones hors Québec et moins les anglophones du Québec dont la vitalité linguistique et l’avenir démographique ne sont pas à risque.

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