Un verre d’eau bien fraîche

«Les changements climatiques mondiaux, induits par notre mode de vie, modifient les étapes du cycle de l’eau à toutes les échelles, de celle d’un continent à celle d’une métropole», décrit l'un des participants au projet «Urgence Eau».
Photo: Carlos Gill Associated Press «Les changements climatiques mondiaux, induits par notre mode de vie, modifient les étapes du cycle de l’eau à toutes les échelles, de celle d’un continent à celle d’une métropole», décrit l'un des participants au projet «Urgence Eau».

Chaque semaine de l’été, Le Devoir vous entraîne sur les chemins de traverse de la vie universitaire. Une proposition à la fois savante et intime, à cueillir comme une carte postale pendant la belle saison. Nouvelle escale dans les pays du Sud avec les étudiants du projet « Urgence Eau ».

De notre équipe de recherche est né un projet de sensibilisation (au Québec principalement) et d’actions dans les pays du Sud. Intitulé « Urgence Eau » (Fondation UQAM), il vise à valoriser la formation de nos étudiants de maîtrise et doctorat par leur implication dans la préparation d’une mission humanitaire consacrée aux ressources en eau, puis par leur participation.

L’été est une bonne période pour faire le point sur nos motivations à réaliser ce travail en parallèle de nos objectifs plus professionnels. Nous les partageons ici avec vous.

Antoine, étudiant au doctorat, vulnérabilité des prises d’eau potable, UQAM Les changements climatiques mondiaux, induits par notre mode de vie, modifient les étapes du cycle de l’eau à toutes les échelles, de celle d’un continent à celle d’une métropole. Première conséquence de ces changements, les ressources en eau s’épuisent, et mieux anticiper cet enjeu devrait être une priorité.

Subissant de plein fouet la montée des océans, les populations des îles du sud du Pacifique souffrent également d’un cruel manque de formation scientifique sur place pour avoir une bonne gestion des ressources en eau douce et pour s’adapter aux futurs changements. C’est dans ce contexte que j’ai décidé de participer au projet « Urgence Eau ».

Nous, étudiants formés et sensibilisés, avons une vraie responsabilité pour accompagner les populations les plus fragiles. Cela est possible en leur transmettant les outils scientifiques nécessaires à l’amélioration de leurs connaissances du cycle de l’eau à l’échelle de leur territoire et en proposant des outils prospectifs complémentaires de manière à anticiper les conséquences des modifications climatiques en cours.

Cécile, étudiante au doctorat, climats urbains, UQAM Au cours de ma formation universitaire, j’ai eu l’occasion d’être sensibilisée aux problèmes environnementaux mondiaux, et tout particulièrement aux enjeux liés au cycle de l’eau. Je suis profondément révoltée par les inégalités mondiales liées à la guerre de l’or bleu, et par le manque d’action de la plupart de ceux qui auraient le pouvoir de changer les choses. C’est pourquoi j’ai décidé de me spécialiser dans l’étude de l’impact de l’urbanisation sur le climat et les ressources en eau. J’espère trouver une manière d’acquérir et de mettre à profit de nouvelles connaissances, pour faire bouger et rééquilibrer les choses, ne serait-ce qu’à mon échelle.

La possibilité de m’impliquer dans ce projet humanitaire est pour moi une occasion exceptionnelle d’apporter mon aide de façon réellement tangible. Dans les îles du Pacifique Sud particulièrement atteintes par les changements climatiques et défavorisées en matière d’accès à l’eau potable, les connaissances que j’ai acquises pourraient avoir des retombées réelles.

J’ai aussi l’espoir que cette immersion dans le quotidien de ces populations me permettra de remettre en perspective mes acquis, et de m’engager de façon plus éclairée et plus déterminée dans la suite de mon parcours professionnel. J’espère ainsi continuer ce combat contre les modes de vie néfastes que nous, Occidentaux, continuons d’adopter, quelles que soient les conséquences que cela peut avoir sur le reste de la planète.

Coralie, étudiante au doctorat, caractérisation des ressources en eau souterraine, Polytechnique Montréal Ce qui m’a séduit dans ce projet est l’envie d’échanger des savoir-faire entre deux peuples qui ont des habitudes, une culture et une pensée différentes. J’aime chercher des solutions uniques qui ne peuvent voir le jour que grâce à l’existence d’un groupe.

Dans un monde où la différence est considérée plutôt négativement, pouvoir participer à un projet où l’objectif est d’utiliser nos différences (compétences) pour trouver des solutions ensemble me donne l’impression d’avancer vers une société plus constructive. C’est extrêmement enrichissant, à mon sens, de se mettre dans les mêmes conditions de travail qu’une autre personne, pour comprendre les réels enjeux qu’elle doit intégrer dans ses choix.

Laurence, professionnelle de recherche, résilience des prises d’eau potable, UQAM C’est important pour moi de savoir que l’aide qu’on apporte est en accord avec les besoins de communautés. Notre réflexe en tant qu’universitaires pourrait être de croire que notre façon de faire est la meilleure…. Dans nos communications avec les populations locales, on essaie vraiment de ne pas imposer nos idées. Je pense qu’une grande partie du travail, dans ce genre de projet, est de s’assurer que notre expertise permette surtout d’augmenter l’autonomie à l’intérieur des communautés.

Janie, professeure en hydrogéologie, ETS Encourager la relève à poursuivre une carrière dans le domaine de l’eau ! Voilà ma motivation pour participer au projet « Urgence Eau ». Au Québec, comme au Vanuatu, les possibilités d’emplois dans le domaine de l’eau me semblent méconnues.

J’ai fait mon parcours scolaire au Québec, un des endroits sur terre où l’eau est visiblement abondante, et pourtant, il aura fallu attendre ma deuxième année universitaire avant de recevoir (enfin) un premier cours en lien avec l’eau. Beaucoup auront déjà fait leur choix de carrière à ce moment-là et se seront probablement dirigés vers un autre domaine, plus valorisé.

En tant que société, nous avons besoin de cette relève pour assurer une protection et une exploitation adéquate des ressources en eau. Le projet « Urgence Eau » est pour moi une vitrine à travers laquelle je me donne la mission de communiquer ma passion pour l’hydrogéologie auprès des plus jeunes dans le but d’éveiller leur curiosité.

Florent, professeur en hydrogéologie, UQAM J’ai le cruel sentiment que nous passons à côté du message du GIEC. Le temps passe, notre environnement se dégrade de plus en plus rapidement, sans plan B à l’horizon. Nos nouveaux étudiants au baccalauréat appartiennent déjà à une génération née dans le changement climatique, les anomalies et les dégradations environnementales de toutes sortes : l’inacceptable pour les plus anciens, comme moi, est devenu la norme pour les plus jeunes. Il y a confusion entre l’adaptation aux conséquences, bien assimilée dans notre mode de vie, et l’adaptation des pratiques pour minimiser les impacts mondiaux.

Aujourd’hui pour provoquer un sursaut de conscience, je fonde beaucoup d’espoir sur des actions comme « Urgence Eau », un outil pour expliquer et pour montrer à tous que nos choix ont fait de nous les esclavagistes des temps modernes. Nous abusons de ressources environnementales au détriment de populations ignorantes des avantages (confort, santé, études, loisirs) dont nous surprofitons.

Et notre mode de vie réduit radicalement l’espérance de vie des populations situées hors de notre vue, au loin dans l’hémisphère Sud. Avec l’implication de nos étudiants diplômés, nous devons ouvrir les yeux de nos concitoyens sur cette triste situation pour que nous tous puissions prendre les bonnes décisions. Si nous, universitaires, ne nous engageons pas pour que notre monde se réveille maintenant, qui le fera ?

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