Reconstruire doucement l’imaginaire collectif Saint-Laurent

«Il faut remonter aux années 1980 pour observer les premiers signes d’une mobilisation citoyenne en faveur d’une réappropriation des rives du Saint-Laurent. On rêve alors d’une plage au bassin Louise, dans la zone portuaire de la ville de Québec», écrit l'auteur. Sur cette photo, le bassin Louise.
Photo: Wikicommons «Il faut remonter aux années 1980 pour observer les premiers signes d’une mobilisation citoyenne en faveur d’une réappropriation des rives du Saint-Laurent. On rêve alors d’une plage au bassin Louise, dans la zone portuaire de la ville de Québec», écrit l'auteur. Sur cette photo, le bassin Louise.

Cet été, Le Devoir sillonne les eaux du fleuve Saint-Laurent, ce géant « presque océan, presque Atlantique » que chante Charlebois, et ses abords afin de nourrir une série Aujourd’hui, on l’observe depuis la position du riverain. Un privilège précieux, qui vient avec des devoirs importants.

Autrefois une voie d’exploration, puis un vecteur de développement économique le long duquel se sont construites nos villes, le fleuve Saint-Laurent est l’un des éléments centraux qui ont bâti le Québec. Il fait partie de notre identité et nous sommes nombreux à en être les riverains. Mais beaucoup de questions restent en suspens : lui donnons-nous réellement la place qu’il mérite ? Profitons-nous de toutes les possibilités qu’il nous offre ? Le protégeons-nous suffisamment ?

Inaccessible, pollué ou dénaturé au profit d’une urbanisation effrénée, le fleuve Saint-Laurent semble avoir perdu ses lettres de noblesse dans l’imaginaire collectif. Par sa prépondérance sur le territoire et le désir partagé d’y accéder, il offre pourtant de nombreuses possibilités, encore sous-exploitées.

Alors que les projets de mise en commun de l’espace affluent ces dernières années (piétonnisation des artères, mise en place de mobilier urbain, création de projets éphémères et transitoires dans des espaces abandonnés), prouvant notre désir collectif de nous approprier notre environnement, le fleuve et ses rives ne pourraient-ils pas, à leur tour, devenir un terrain fertile pour le développement de ce type d’initiatives ?

La Société des gens de baignade

 

Il faut remonter aux années 1980 pour observer les premiers signes d’une mobilisation citoyenne en faveur d’une réappropriation des rives du Saint-Laurent. On rêve alors d’une plage au bassin Louise, dans la zone portuaire de la ville de Québec. Les projets se succèdent, recevant à l’occasion l’approbation de certains ordres gouvernementaux, mais sans jamais déboucher sur une mise en chantier concrète.

En 1996, une trentaine de personnes se baignent illégalement dans les eaux du bassin Louise. Quelques heures après cet acte revendicateur, on couchera sur un napperon de papier, dans un pub situé à proximité du bassin, les mots qui deviendront la déclaration de la Société des gens de baignade. La mobilisation s’organise et regroupe des citoyens de Québec, dont Léonce Naud, géographe, et Michel Beaulieu, le porte-parole de ce regroupement. L’objectif : avoir un accès pour la baignade dans le port de Québec.

C’est alors que le rêve d’une plage se poursuit et est défendu auprès de diverses instances politiques. Au début des années 2000, le 400e anniversaire de la ville de Québec devient un prétexte pour insuffler un nouvel élan à ce projet, mais cette mobilisation citoyenne se retrouve avec du plomb dans l’aile lorsqu’un gouvernement conservateur prend le pouvoir en 2006. Il faudra alors attendre plus d’une décennie avant que le projet ne reprenne de la vigueur et que le feu et la passion animent à nouveau cette initiative.

C’est finalement cette année, en juillet, que le rêve de se baigner dans les eaux du fleuve Saint-Laurent fut rendu possible, avec l’inauguration d’un bain portuaire dans le bassin Louise. Inspirée par un projet similaire à Copenhague, au Danemark, l’installation, équivalant à une piscine olympique de 50 mètres de long, pourra accueillir 300 baigneurs.

Se réapproprier nos rives

 

Nous devons multiplier ce type d’initiatives dans la partie la plus urbanisée de notre magnifique fleuve, entre Québec et Montréal, et être à l’écoute des revendications des riverains. Plus il y aura de ce type d’initiatives le long du fleuve, plus les gens seront conscientisés à la protection et à la préservation de ce majestueux cours d’eau qui traverse le Québec. Aménager les rives pour les rendre accessibles à la population et y permettre la tenue d’activités de loisir, sportives ou éducatives permet de recréer un lien fort entre l’humain et l’eau, à l’heure où la préservation de cette ressource est un enjeu majeur et où des actions concrètes doivent être faites en ce sens.

Mais comment nous assurer que l’aménagement des rives soit bénéfique à la fois pour la société et pour l’environnement ? La coopérative Le Comité le réitère : décideurs et promoteurs doivent réfléchir aux projets de manière collégiale, en mobilisant en amont les différents pans de la communauté : groupes citoyens, OBNL, instances locales, milieux universitaire, scolaire, culturel, artistique, et même le milieu industriel. Ce qu’il faut, c’est plus de projets et plus d’écoute auprès des différents groupes citoyens qui travaillent pour la revalorisation des rives du Saint-Laurent.

Reconstruisons doucement l’imaginaire du fleuve en nous inspirant de la fougue, mais également de la patience des membres de la Société des gens de baignade, qui ont sauté à l’eau à la fin des années 1990, qui ont osé être braves en disant tout haut ce que les autres pensaient tout bas : « Laissez-nous profiter de notre fleuve ! » Longue vie à ceux pour qui le rêve est une raison d’être.

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