Pas si cool que ça, le pape François

«De mon point de vue d’analyste féministe des religions, le pape François ne paraît pas cool du tout», affirme l'autrice.
Photo: Cole Burston Getty Images via Agence France-Presse «De mon point de vue d’analyste féministe des religions, le pape François ne paraît pas cool du tout», affirme l'autrice.

Dans « François, mon pape », son texte paru dans la section Opinion du Devoir du 22 juillet, Louis Cornellier décrit un pape François « cool, souriant et modeste ». C’est son pape, écrit-il, celui qui l’aura le plus réconcilié avec l’institution de l’Église catholique romaine pour la pertinence de ses interventions et pour sa proximité avec les gens.

Cependant, de mon point de vue d’analyste féministe des religions, le pape François ne paraît pas cool du tout. Depuis le début de son pontificat, il s’est plutôt imposé comme un antiféministe sévère et autoritaire. Il a réitéré la « théologie de la femme » de ses prédécesseurs, construite au milieu des années 1980, en réponse au féminisme. Le pape François soutient que la femme (au singulier) est l’autre de l’homme. Il s’agirait là d’une vérité immuable et universelle, valide pour tous les temps et pour toutes les cultures, voulue par Dieu.

Voici la vision du pape François en peu de mots : Dieu aurait créé la femme pour aider l’homme. Le principe d’aide serait inscrit dans la nature inchangeable de la femme. Elle posséderait des caractéristiques propres, comme un don pour la foi et pour l’éducation de la foi, et une capacité spécifique d’écoute pour répandre l’amour et la paix.

Dans l’institution de l’Église catholique romaine, la différence des caractéristiques entre les femmes et les hommes conduit à l’exclusion des femmes de la prêtrise. Les femmes ne peuvent représenter l’homme Jésus. Cela entraîne du même coup l’exclusion des femmes des postes décisionnels.

Un système politique et théologique patriarcal

 

En ce qui concerne la sexualité, le pape François proscrit la contraception, sauf naturelle, et il interdit l’avortement, sans exception, pour la raison que Dieu intervient par action directe au moment de la conception d’un humain. Ce dernier serait un être situé au sommet de l’œuvre de création divine puisqu’il possède la raison.

Le Vatican du pape François édicte l’hétérosexualité obligatoire et l’abstinence sexuelle des prêtres, et autorise l’acte sexuel uniquement à l’intérieur du mariage. Il est à noter d’ailleurs que l’Église catholique est la seule confession religieuse à prôner l’indissolubilité du mariage.

Comme résultat, comment peuvent vivre les femmes ? Il leur reste à agir comme épouses au service de la procréation (ni contraception ni avortement) et au service des autres (selon leur nature d’éducatrice et de soutien pour les autres).

Le pape François est à la tête du Vatican, le dernier État occidental à mettre en avant de manière autoritaire un système politique et théologique patriarcal explicite, exprimé dans des mots contemporains. Les femmes n’ont aucune voix au chapitre. Les conséquences de la vision imposée sont néfastes pour des millions de femmes dans le monde.

Cette politique ne correspond en rien à la lignée du mouvement de Jésus et suscite l’indignation. Elle doit changer et elle peut changer. De très nombreuses et nombreux catholiques, partout dans le monde, n’adhèrent aucunement au système patriarcal imposé par le pape François et le critiquent fortement, de l’intérieur. Des personnes de toute allégeance se joignent à cette critique cruciale pour les vies des femmes et pour la justice de genre.

La posture patriarcale du pape François trouve des points de rencontre avec ses autres interventions. François s’impose comme un dirigeant qui posséderait une connaissance de la vérité immuable et universelle, voulue par Dieu.

Il vit dans un monde hiérarchique. Il se situe au-dessus des autres clercs et des laïques. Le contrôle du groupe des femmes est pour lui un garant des hiérarchies qu’il instaure et du contrôle de son pouvoir sur les autres groupes.

Un habile communicateur

 

Nous nous réjouissons que le pape François se déplace au Canada et au Québec pour présenter des excuses aux Autochtones, une demande de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada (2015). Mais nous savons aussi que le Vatican, dans l’état actuel de l’organisation de son pouvoir, demeure de type colonial. Lorsque François invite les clercs à l’humilité et en donne l’exemple, comme le souligne Louis Cornellier, et lorsqu’il invite à faire l’aumône aux pauvres, il le fait cependant dans la perspective du plus fort qui doit aider le plus faible, et non selon une logique de cercle de vie où les non-personnes travaillent solidairement à leur propre libération.

Le pape François est un habile communicateur qui réussit à camoufler son autoritarisme. On aime aimer le pape François. Il y a désormais peu de leaders spirituels, et on a fini par s’habituer au folklore du Vatican, aux robes des clercs et à la robe longue et blanche du pape.

J’appelle à demeurer critique du contrôle anti-femmes qu’exerce le dirigeant du Vatican et de sa posture patriarcale, qui cause tant de mal aux femmes, aux relations de genre et à une sexualité saine.

Ce pape n’a jamais été une bonne nouvelle pour les femmes et pour la critique des hiérarchies. Vivement un prochain pape qui ait le courage de descendre du trône patriarcal !



À voir en vidéo