Bons baisers de Prague

Des étudiants québécois racontent leur immersion dans une culture tchèque plus proche qu’ils ne l’imaginaient.
Photo: École d'été de l'UQAM à Prague Des étudiants québécois racontent leur immersion dans une culture tchèque plus proche qu’ils ne l’imaginaient.

En marge de sa série d’été, « L’été, c’est fait pour penser », Le Devoir publie trois cartes postales écrites spécialement pour ses lecteurs par des étudiants de l’École d’été de l’UQAM à Prague. Une invitation au voyage et au partage.

Ce qui m’a le plus frappé, ici à Prague, c’est le regard résigné et moqueur des personnes tchèques d’un certain âge, quand, après les salutations usuelles, le « do you speak English? » se conclut par un franc : « Ne ! » Ce dernier s’accompagne souvent d’un de ces petits rires ou de ces roulements des yeux exaspérés qui te fait prendre conscience de la naïveté qui se cache derrière le fait de penser que la langue du rêve américain est chose commune ailleurs dans le monde, particulièrement lorsque l’on sort de la capitale.

Communiquer est d’une complexité à ne pas sous-estimer. Parler la langue de son peuple, c’est une chance, un confort, une nécessité afin de préserver son unicité. Mais s’ouvrir à celles des autres, c’est comme diriger un télescope magistral sur les codes sociaux qui nous différencient. Le court métrage de fiction que je coréalise avec Benoit Massé est le meilleur outil que j’aurais pu espérer trouver pour sortir des sentiers battus et découvrir une parcelle de la profondeur de la culture tchèque.

Dans le cadre de l’une de nos scènes, nous devions entrer en contact avec des apiculteurs. Nous sommes donc allés à l’association des ruchers de la Tchéquie à Prague par un jeune matin de juin. Le processus pour accéder aux ruches a été plutôt laborieux, mais cela a abouti à une si généreuse collaboration de la part des apiculteurs que nous nous sentions choyés de pouvoir vivre de telles expériences. Il fallait nous voir avec nos applications de traduction, c’était assez cocasse à vivre.

Ce que j’aimerais en retenir, c’est la vigueur de cette rébellion de la plus vieille génération tchèque envers la mondialisation. C’est une évidence que si nous avions tous parlé anglais, les projets se seraient probablement concrétisés plus rapidement. Mais il n’y aurait pas eu cette petite brillance dans le fond de nos yeux lorsqu’on finissait par se comprendre malgré la barrière linguistique. Cet éclair de lucidité qui apparaît chez l’interlocuteur lorsqu’il réalise ce que l’on veut lui communiquer.

Et au fond, c’est un peu ça, créer. C’est aller dans des zones où l’on n’ose pas trop aller d’habitude, des zones qui nous rendent mal à l’aise. Et peu à peu, on prend goût à cet inconfort, qui se transforme, petit à petit, en un désir de découverte et de réinvention du monde.

Marie Lapointe, étudiante en Communication (Création médias — Télévision)

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À mon arrivée à Prague, je découvre en sortant du métro la Place de la paix (Námestí Míru), autour de laquelle se dresse l’église néogothique de Sainte-Ludmila, la Maison nationale et l’imposant théâtre de Vinohrady. C’est sur cette esplanade que se dévoilent les premières esquisses de la ville qui va m’accueillir pendant les deux prochains mois. Ce premier coup d’oeil laisse percevoir que le peuple tchèque accorde une grande importance à sa culture et à son histoire. Je n’ai encore rien vu.

Lors de mon premier cours dans la capitale, je me familiarise avec le cinéma tchèque, connu des cinéphiles, mais peu dans la culture populaire. Sa Nouvelle Vague, qui a accompagné le pays dans son mouvement d’émancipation dans les années 1960, me fait comprendre que lorsque l’on donne la possibilité à tout le monde de faire un film, il en naît un cinéma national fort. Le miracle tchèque, cette effervescence d’oeuvres cinématographiques par lesquelles se traduit le désir de liberté de l’époque, prouve la nécessité d’encourager les nouvelles idées et me rappelle l’importance de remettre en question ce qui est établi.

D’abord arrivé dans une ville qui m’est complètement étrangère, je m’adapte peu à peu à mon environnement à force de déambuler dans les quartiers d’une richesse architecturale incomparable, épargnés par les bouleversements du XXe siècle, où les bâtiments romans et baroques se marient avec ceux du réalisme socialiste. Je commence à réfléchir au défi de taille que je devrai surmonter : comment raconter des histoires dans un pays que l’on ne connaît pas ? Je m’arrête devant ce qu’il y a de plus instinctif : les sons et les images. Je m’émerveille devant les crissements et vibrations des tramways, les enchevêtrements de câbles électriques qui surplombent les rues pavées, l’éclairage doré des lampes à vapeur de sodium, les toits de terre cuite et le roucoulement des pigeons.

Créer à l’étranger, c’est découvrir une autre façon de faire, c’est collaborer avec les gens de la place malgré la barrière de la langue. Face à cette contrainte, j’entreprends des cours de tchèque avec quelques camarades. À force de pratiquer, on reconnaît des mots, puis on devient capables de bafouiller quelques expressions. Le simple effort fait sourire ceux à qui l’on s’adresse.

Plus les jours passent, plus je me sens chez moi, comme si la ville avait décidé de m’adopter. Maintenant rendu à ma septième semaine dans la capitale, je termine mes tournages, et mon séjour tire à sa fin. Rien qu’en envisageant mon retour, je m’ennuie déjà des moments passés ici.

Clarence de Bayser, étudiant en Communication (Création médias — Cinéma)

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Pour cette édition de l’École d’été de l’UQAM à Prague, nous sommes sept étudiants de dernière année du profil Jeu de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM à briser la glace pour notre programme. Après un parcours semé d’embûches en raison de la pandémie, nous étions très excités de vivre une expérience de jeu dans la capitale tchèque et de rencontrer d’autres jeunes artistes dans des domaines connexes au nôtre.

Le premier mois du stage, consacré au visionnement des trésors de la cinématographie tchèque et à la transmission de moments charnières de l’histoire du pays, nous a permis d’apprécier cette culture sous un angle différent de celui du tourisme conventionnel. Effectivement, c’est une expérience particulièrement vibrante — d’émotions, d’images, de récits — que d’apprendre autant sur la culture et l’histoire tchèque, par le truchement de son cinéma, tout en étant physiquement sur les lieux où se sont déroulés les événements historiques ou fictifs des films projetés.

De nos points de vue théâtraux, nous avons pu apprécier l’interprétation d’acteurs qui nous étaient alors inconnus. Prague est une ville qui regorge aussi d’arts vivants, et nous avons pu profiter de sa scène artistique très variée et abordable. C’est assurément l’un des points marquants de notre séjour. Nous avons entre autres assisté à des pièces de théâtre, des spectacles de danse ainsi qu’au célèbre opéra Don Giovanni de Mozart, celui-ci concluant la première moitié du stage.

Le deuxième mois étant amorcé, nous travaillons plus étroitement avec les étudiants des autres programmes pour la création des projets filmiques. Certains d’entre nous assument la direction artistique dans des équipes de tournage, d’autres ont de petits rôles à interpréter dans les courts métrages de fiction et d’autres ont commencé l’écriture d’un scénario. Mais la plus grande part de notre travail d’interprètes est au sein de notre équipe de cocréation. Le tournage de ce court métrage sous la forme de tableaux, intitulé La Magma, s’est déroulé entre le 16 et le 18 juillet. Chacun de nous explore un univers plus symbolique qui a été créé selon les expériences et les émotions que Prague nous a fait vivre jusqu’ici.

Ce voyage est une belle occasion d’agrandir notre culture générale et nous permet de faire de belles rencontres. Nous avons même remarqué qu’il nous était plus facile de prendre des risques, et ce, un peu grâce à la barrière de langue, qui enlève une part de gêne dans nos interactions avec de nouvelles personnes. Il ne nous reste que peu de semaines en tant que Praguois, et nous souhaitons continuer de cultiver les expériences que la vie nous envoie, autant sur le plan artistique que personnel, afin de ramener un petit morceau de Prague avec nous lorsque nous rentrerons à Montréal.

Kevin Pereira, étudiant en interprétation à l’École supérieure de théâtre de l’UQAM



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