Le champ des monarques, symptôme de la nonchalance fédérale

«Raser 4000 plants d’asclépiades ainsi que la végétation qui permet le maintien faunique d’une centaine espèces viendra fragiliser, voire éteindre la présence de celles-ci pour des années à venir», déplore l'autrice.
Photo: Getty Images «Raser 4000 plants d’asclépiades ainsi que la végétation qui permet le maintien faunique d’une centaine espèces viendra fragiliser, voire éteindre la présence de celles-ci pour des années à venir», déplore l'autrice.

Les derniers jours ont été accablants pour plusieurs personnes inquiètes pour l’avenir de la biodiversité et les enjeux environnementaux de la grande région métropolitaine. Le Champ des monarques, a fait l’objet d’une tonte que je qualifierai de sauvage, irréfléchie et certainement condamnable sans détours. Aéroports de Montréal (ADM), locataire de ce lieu, justifie son action en clamant que le terrain est en zone industrielle et que ses responsabilités pour « ses espaces végétalisés » expliquent l’opération. Ce n’est pas parce que c’est zoné industriel que la nature en tient compte. Le terrain, laissé en friche pendant dix ans a permis à la nature de reprendre ses droits pour le bien-être de la faune et de la flore qui a pu s’y épanouir.

Pire encore, ADM maintient sa position qui est de nier les caractéristiques de ce terrain, bien qu’elles soient largement démontrées par de nombreux observateurs. D’après ADM, cette zone n’était pas sensible et ne comportait pas les végétaux essentiels au maintien du papillon monarque. ADM peut désormais répéter ces propos sans problème.

Cette opération d’ADM n’est rien de moins qu’un saccage environnemental.

Le locataire de Transports Canada a des conditions au bail qui sont pourtant claires : ADM est responsable de la protection de l’environnement sur les lieux loués et doit respecter les lois environnementales applicables. La Loi sur l’évaluation d’impact désigne ADM en tant qu’organisme qui doit appliquer cette loi. La vérité, c’est que les ministres des Transports et de l’Environnement ont leur part de responsabilité dans ce désastre.

Mes correspondances avec le ministre de l’Environnement, à l’été 2021, m’ont valu une réponse 11 mois plus tard. Celle adressée au ministre des Transports (avec le ministre de l’Environnement en copie conforme) de novembre 2021? Une réponse six mois plus tard. Dans cette réponse, le ministre Omar Alghabra m’invite à aborder le sujet avec l’administration d’ADM, ce que j’ai fait.

Comme rapporté hier dans ces pages, à la suite d’une visite du site par un fonctionnaire du ministère de l’Environnement, une enquête sera ouverte. Est-ce trop peu, trop tard? Chose certaine, le pire était évitable et bien honnêtement, c’est cette nonchalance fédérale qui agace et déçoit.

La population doit comprendre que la destruction de cet espace est très grave : considéré comme le dernier poumon vert de Montréal, de la taille du Mont-Royal, il s’agit d’un terrain qui doit être protégé. Les conditions du bail entre le propriétaire fédéral et le locataire ADM doivent être révisées sans tarder. La création du Marais des Sources, inauguré en avril 2021, n’excuse en rien le saccage effectué dans les derniers jours, mais apaise sans doute la conscience d’ADM…

Raser 4000 plants d’asclépiades ainsi que la végétation qui permet le maintien faunique d’une centaine espèces viendra fragiliser, voire éteindre la présence de celles-ci pour des années à venir. On peut difficilement faire de la « mitigation », de la « réparation » avec ce qui vient d’être fait. Au mieux, on s’assure de protéger immédiatement ce terrain fédéral par des mesures législatives ou réglementaires. Par ailleurs, il est bon de rappeler que ce sont les bénévoles amateurs d’ornithologie et d’horticulture du Technoparc Oiseaux qui s’occuperont de la protection du nouveau Marais des Sources, pas ADM. On les remercie d’ailleurs.

Quelles sont les responsabilités des ministères fédéraux des Transports et de l’Environnement dans cette destruction? Comment est-il possible qu’un milieu naturel de cette taille, situé sur des terres fédérales, en zone périurbaine soit ignoré de la sorte, particulièrement dans un contexte d’urgence climatique où les îlots de chaleur sont légion? La Fondation David Suzuki avait octroyé à la Ville de Montréal la certification « Ville Amie des Monarques — niveau Or » (et Ville St-Laurent, le niveau Argent) : les administrations municipales auront des doléances envers Ottawa si elles perdent ce statut. Que dira le ministre de l’Environnement aux dirigeants présents à la COP15 sur la biodiversité à Montréal à la fin de cette année ? Montréalais de surcroît, présentera-t-il encore son gouvernement comme un « leader », un « champion » de la protection de l’environnement et de la biodiversité?

Ce gouvernement a un sérieux examen de conscience à faire car ce problème fondamental tient au fait qu’on ne met pas à jour les contrats avec la loi environnementale la plus récente et on cherche avec peu de ferveur à corriger le tir, même si cet exercice s’avère relativement sans complexité. Ce laxisme d’Ottawa se retrouve aussi dans d’autres dossiers environnementaux.

Nous sommes plusieurs à être révoltés. Honte au gouvernement fédéral.

À voir en vidéo