Enfin, un autre pas vers un meilleur accès à l’avortement

«Il est grand temps d’appuyer le libre choix en matière d’avortement et de faciliter l’accès intégral aux soins de santé sans restriction», écrivent les auteurs.
Photo: Allen G. Breed Associated Press «Il est grand temps d’appuyer le libre choix en matière d’avortement et de faciliter l’accès intégral aux soins de santé sans restriction», écrivent les auteurs.

Aux États-Unis, la révocation récente de l’arrêt Roe v. Wade a provoqué une onde de choc bien au-delà des frontières. En tant que spécialistes de la santé reproductive et professionnels engagés, nous sommes interpellés par cette décision qui limite, voire empêche l’accès à l’avortement dans plusieurs États américains. Nous trouvons important que l’avortement soit accessible facilement et rapidement, et ce, pour toutes les femmes aux États-Unis et ici. Voilà pourquoi nous saluons le geste posé par le Collège des médecins qui vise à rendre plus accessible la pilule abortive.

Au Québec, les femmes peuvent avoir recours à deux types d’avortements : l’avortement médicamenteux jusqu’à 63 jours de grossesse, avec la pilule abortive, et l’avortement chirurgical. Si les délais varient selon les régions, les services d’avortements chirurgicaux demeurent largement accessibles. Avant l’approbation de la pilule abortive, une femme enceinte devait subir une procédure chirurgicale impliquant de nombreux désagréments (déplacements, rencontres d’un professionnel, examens, tests sanguins et échographie) et de potentielles complications qui, quoique rares, peuvent être sérieuses (perforation, lacération, etc.).

Pour autant, l’avortement médicamenteux, qui est aussi efficace et sûr que l’avortement chirurgical, limite ces désagréments et doit être facilité. Ne pas restreindre, au contraire… Dans les pays occidentaux, l’avortement médicamenteux constitue entre 24 %, en Italie, et 98 %, en Finlande, de tous les avortements. Aux États-Unis, cette proportion est de 54 %, alors qu’elle n’est que de 10 % au Québec.

Devant ce constat, nous ne pouvons qu’applaudir les changements annoncés aux exigences qui étaient auparavant imposées par le Collège des médecins du Québec en matière d’avortement médicamenteux, et qui avait comme effet d’en réduire l’accès. On peut maintenant imaginer que les avortements médicamenteux seront plus fréquemment choisis par les femmes du Québec. La plupart du temps, cette méthode d’avortement ne requiert aucun déplacement puisque l’évaluation, la prescription et le suivi peuvent être effectués de manière sécuritaire en ligne ou par téléphone.

De plus, l’avortement médicamenteux pourrait être associé à une diminution des coûts relatifs aux services d’avortement dans la province, en plus d’accorder davantage de temps aux professionnels, leur permettant d’offrir d’autres services de santé reproductive (contraception, dépistage du cancer du col et des ITSS et autres problèmes gynécologiques). Nous proposons la mise en place d’un service téléphonique centralisé pour la prescription de la pilule abortive avec l’établissement de corridors de services efficaces pour les personnes qui choisiraient l’avortement chirurgical, ou encore qui nécessiteraient une évaluation en personne.

Finalement, nous devons rester vigilants face à la montée de groupes extrémistes chez notre voisin américain. L’expérience nous a appris que ces mouvements militants traversent aisément les frontières. Ces groupes veulent forcer les personnes enceintes à poursuivre une grossesse même si elle est non désirée, et leurs actions pourraient même conduire à restreindre l’accès aux méthodes de contraception. On devrait d’ailleurs s’inquiéter de la multiplication des « centres de crises de grossesse » soutenus par des groupes antiavortement, qui donnent de fausses informations, particulièrement aux personnes vulnérables.

Quant à nous, en tant que professionnels de la santé et formateurs des générations de demain, nous devons contribuer à normaliser la discussion autour des questions de santé reproductive. Il est grand temps d’appuyer le libre choix en matière d’avortement et de faciliter l’accès intégral aux soins de santé sans restriction.

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