Il faut relancer et bonifier le programme AccèsLogis

«En maintenant l’incertitude sur l’avenir du logement social, en fragilisant le programme AccèsLogis et en amorçant une privatisation des programmes d’aide au logement, le gouvernement caquiste aura contribué à l’un des plus importants reculs du droit au logement au Québec», déplorent les auteurs.
Olivier Zuida Le Devoir «En maintenant l’incertitude sur l’avenir du logement social, en fragilisant le programme AccèsLogis et en amorçant une privatisation des programmes d’aide au logement, le gouvernement caquiste aura contribué à l’un des plus importants reculs du droit au logement au Québec», déplorent les auteurs.

L’abandon du programme AccèsLogis compromet la réalisation de centaines de logements sociaux et communautaires. À Parc-Extension, un projet avec 31 unités pourrait ne pas voir le jour, tandis que deux projets totalisant 155 unités dans le quartier Côte-des-Neiges, tout comme 230 unités dans Centre-Sud, sont également menacés. Des centaines de locataires sont en attente d’un logement subventionné dans ces trois quartiers, dont une grande proportion à faible revenu et issue de l’immigration récente.

Alors qu’il manque seulement quelques dizaines de millions de dollars pour débloquer ces projets, le gouvernement caquiste vient d’annoncer qu’il donnera 350 millions de dollars au Fonds de solidarité FTQ et au Mouvement Desjardins pour qu’ils livrent des logements « sociaux et communautaires ». Toujours aucun financement supplémentaire pour AccèsLogis, alors que la ministre répète depuis des semaines qu’il est faux de dire que ce programme est abandonné.

Or, seulement 500 nouvelles unités de logement social ont été annoncées en quatre ans. Les sommes consenties pour livrer les unités programmées depuis une dizaine d’années sont cependant insuffisantes, et ce, malgré l’engagement électoral pris par François Legault en 2018. Résultat : des centaines de logements, parmi les 15 000 promis depuis des années, ne sont toujours pas financés comme il le faudrait.

Actuellement, des dizaines de milliers de locataires à travers le Québec peinent à trouver un logement décent et respectant leur capacité de payer, les loyers montent en flèche sur le marché locatif privé et l’instabilité résidentielle s’aggrave, ce qui entraîne de nombreuses conséquences sur la santé physique et mentale des personnes concernées, y compris les enfants. Le 1er juillet 2022 a été catastrophique, comme on l’appréhendait, avec un nombre alarmant de ménages qui ne sont pas parvenus à trouver un logement et qui ont dû être aiguillés vers les services municipaux afin d’obtenir de l’aide d’urgence, là où il y en a. Plusieurs autres locataires ont signé un bail pour un logement avec un loyer beaucoup trop cher pour leurs moyens, trop petit pour leur famille ou en mauvais ou état, tandis que certains ont carrément dû changer de quartier ou de ville pour pouvoir se loger.

Le programme AccèsLogis a contribué, au cours des vingt-cinq dernières années, à la construction de milliers de logements sociaux et communautaires. Ces logements répondent aux besoins d’une grande variété de groupes, parmi lesquels nous pouvons mentionner des familles et des personnes âgées à faible revenu, des ménages issus de l’immigration, des personnes autochtones vivant en milieu urbain, des survivantes de violence conjugale et leurs enfants, ainsi que plusieurs locataires avec des besoins particuliers.

Pour les locataires en attente d’un projet de coopérative d’habitation, d’organisme sans but lucratif d’habitation ou d’un projet porté par un office municipal, l’abandon d’AccèsLogis est un véritable affront et une promesse brisée. Cela les prive de logements décents, de loyers réellement abordables, d’un contrôle sur leurs conditions de logement et d’une sécurité d’occupation.

AccèsLogis ne peut pas répondre, à lui seul, à la crise actuelle du logement. Ce programme constitue toutefois une composante centrale dans une stratégie plus large, qui vise à accroître et à pérenniser un parc de logements véritablement abordables pour l’ensemble des locataires, et pas seulement pour ceux et celles dont les revenus suffisent pour assumer l’augmentation draconienne des loyers des dernières années.

Nous ne passerons pas par quatre chemins : abandonner AccèsLogis, c’est abandonner les locataires à faible et modeste revenus. C’est aussi mettre en péril des organismes communautaires qui se consacrent à l’habitation au Québec, qui travaillent d’arrache-pied afin d’offrir des logements sociaux et communautaires et résistent, bon an mal an, au désengagement fédéral depuis 1994.

Compte tenu de la pénurie de logements locatifs abordables et de logements sociaux, nous exigeons la relance et la bonification d’AccèsLogis. L’heure n’est pas aux demi-mesures : il faut un réinvestissement massif dans le développement et l’entretien du parc de logements sociaux et communautaires, ce qui permettra, entre autres, de mener à terme les projets dans les meilleurs délais et de limiter les nombreux frais de retard occasionnés par un financement inadéquat.

En maintenant l’incertitude sur l’avenir du logement social, en fragilisant le programme AccèsLogis et en amorçant une privatisation des programmes d’aide au logement, le gouvernement caquiste aura contribué à l’un des plus importants reculs du droit au logement au Québec.

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