«Roe v. Wade» met un coup de hache dans la lutte pour l’égalité

«La lutte pour l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive exige une vigilance constante. Nous devons rester mobilisés face aux risques de recul des droits de la personne», défend l'autrice.
Photo: Nikos Frazier Quad City Times via Associated Press «La lutte pour l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive exige une vigilance constante. Nous devons rester mobilisés face aux risques de recul des droits de la personne», défend l'autrice.

Le 24 juin dernier, une décision relevant de l’impensable pour beaucoup s’est concrétisée pour nos voisines du Sud. En invalidant l’arrêt historique de Roe v. Wade, la Cour suprême des États-Unis est venue donner un coup de hache dans les droits des femmes. Ce déplorable recul a des conséquences concrètes et immédiates sur des millions de personnes aux États-Unis et menace de se faire sentir bien au-delà des frontières américaines.

En tant qu’organisation féministe qui défend les droits sexuels et reproductifs au Québec et ailleurs dans le monde, nous sommes préoccupés par cette atteinte qui aura pour effet d’aggraver les injustices et les inégalités. La décision de la Cour suprême risque d’avoir un effet d’entraînement qui mettra en péril les progrès réalisés ces dernières années dans plusieurs pays, comme en Colombie, qui vient de dépénaliser l’avortement jusqu’à 24 semaines de grossesse après une longue lutte menée par les Colombiennes.

Nous sommes inquiets que cette tendance mène à une réduction du financement des services de santé sexuels et reproductifs qui incluent l’avortement et pousse certains pays riches à suspendre leur aide internationale à ces programmes essentiels pour la santé des femmes et des filles.

L’impact de l’invalidation de Roe v. Wade menace aussi d’accroître la discrimination et les inégalités. Cette nouvelle réalité signifie qu’aux États-Unis, des femmes et des adolescentes devront désormais parcourir des milliers de kilomètres et débourser des frais considérables pour mettre fin à une grossesse non désirée de façon sûre. Certaines d’entre elles pourraient ne pas avoir accès à l’information sur les services existants dans les États voisins ni même les moyens financiers d’y accéder. Pourront-elles confier leurs enfants à leur entourage pendant leur déplacement ? Pourront-elles manquer des journées de travail ? Certaines pourront se permettre d’aller au bout de leur décision, d’autres non.

Que ce soit en fonction de leur revenu, de leur scolarité, de leur emploi, de leur origine ethnique, de leur religion ou de leur orientation sexuelle, elles n’auront pas les mêmes possibilités d’obtenir les soins désirés. Seules les femmes les plus aisées pourront accéder à un avortement sécuritaire en traversant les frontières des États ou même du pays ; les autres le feront dans la clandestinité ou dans l’insécurité, parfois au péril de leur vie.

Le Canada n’est pas à l’abri de ce type d’attaque contre les droits fondamentaux. Par ailleurs, bien que l’avortement y soit décriminalisé, l’accès aux soins liés à l’avortement est inégal d’une province à l’autre, d’une ville à l’autre. Les femmes issues des communautés les plus vulnérables et celles vivant dans des régions rurales et éloignées rencontrent des obstacles pour y accéder.

Certaines régions possèdent un seul centre offrant des soins liés à l’avortement et, dans certains cas, les services sont offerts uniquement une journée par semaine. Les personnes sans statut ou réfugiées, les personnes autochtones et les personnes d’identité de genre ou d’orientation sexuelle différente ont souvent plus de difficulté à accéder aux soins liés à l’avortement et sont souvent stigmatisées lorsqu’elles y ont recours.

Par ailleurs, plusieurs études et données montrent que des lois restrictives ne font pas diminuer le nombre d’avortements. Ils continuent d’avoir lieu, mais de façon moins sécuritaire, au détriment, trop souvent, de la vie des personnes qui y ont recours. Selon l’OMS, 295 000 femmes meurent chaque année des suites d’un avortement non sécuritaire. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les complications durant la grossesse ou l’accouchement sont l’une des causes principales de décès des jeunes filles de 15 à 19 ans.

Forcer les femmes et les adolescentes à mener une grossesse à terme peut aussi entraîner des conséquences sociales et économiques importantes, comme les retirer de l’école, du marché de l’emploi ou les plonger dans la pauvreté extrême. Face à cela, Oxfam-Québec et d’autres organisations appuient des partenaires locaux dans le renforcement de l’accès aux soins de santé reproductive ainsi qu’à l’information permettant des choix éclairés.

La lutte pour l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive exige une vigilance constante. Nous devons rester mobilisés face aux risques de recul des droits de la personne. Nous devons être solidaires de toutes les organisations qui défendent le droit des femmes à prendre leurs propres décisions concernant leur corps et leur avenir. Nous devons militer pour que toutes les personnes, où qu’elles soient dans le monde, soient libres de choisir et d’obtenir des soins d’avortement de façon digne et sécuritaire, sans intimidation, sans jugement et sans violence.

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