L’Ukraine, l’Europe et la fin de la terreur russe

«Le président Zelensky a d’ailleurs participé au sommet du G7 et au sommet de l’OTAN qui a lieu ces jours-ci à Madrid», écrit l'auteur.
Photo: Gabriel Bouys Agence France-Presse «Le président Zelensky a d’ailleurs participé au sommet du G7 et au sommet de l’OTAN qui a lieu ces jours-ci à Madrid», écrit l'auteur.

À l’orée du cinquième mois de guerre en Ukraine, alors que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, célébrait avec une joie contenue, résolue, le 24 juin dernier, le statut de candidat de son pays à l’adhésion à l’Union européenne ; alors que les rumeurs à propos de la santé chancelante du président russe, Vladimir Poutine, se font de plus en plus persistantes (malgré les dénégations outrées de son ministre des Affaires étrangères sur le plateau de TF1), il convient de le redire haut et fort : une nouvelle page d’histoire ukrainienne est en train de s’écrire.

Dans cette perspective, pour reprendre les mots du petit de Gaulle des Carpates : l’Ukraine n’est pas seulement un pont entre l’Occident et la Russie, entre l’Europe et l’Asie ; elle n’est sûrement pas une sphère d’influence pour une puissance occupante, pas plus qu’une zone « grise » ni un simple territoire de transit. L’Ukraine est un futur partenaire égal pour au moins 27 pays de l’Union européenne.

Voilà l’idéal politique posé. Maintenant, quelle est la réalité militaire ? Car l’idéal n’est qu’un beau rêve sans la victoire, nécessaire, essentielle, appuyée sur la force des armes. Synthétisons.

Selon la synthèse tactique du 27 juin de l’Institute for the Study of War consacrée à l’analyse de l’opération militaire spéciale déclenchée par le président russe, Vladimir Poutine, la situation sur le terrain reste pour le moins difficile, très difficile. Un missile russe a frappé un centre commercial dans un quartier résidentiel de Krementchouk, dans l’oblast (région administrative) de Poltava, tuant probablement de nombreux civils. Des sources ukrainiennes ont déclaré que plus de 1000 civils se trouvaient à l’intérieur du centre commercial au moment de la frappe, et les autorités sont encore en train de préciser le nombre de victimes. La frappe de Krementchouk fait suite à une intensification des frappes de missiles russes contre des infrastructures et des cibles civiles ukrainiennes ces derniers jours.

Dans le même esprit, les forces russes ont effectué une frappe massive de missiles contre le quartier Shevchenkivskyi de Kiev le 26 juin, probablement pour coïncider avec le sommet actuel des dirigeants du G7.

Il s’agit de la première frappe majeure de ce type sur Kiev depuis la fin du mois d’avril et il s’agit probablement d’une réponse directe aux dirigeants occidentaux qui discutent de l’aide à apporter à l’Ukraine lors du sommet du G7, tout comme les frappes précédentes du 29 avril, lors de la visite du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, à Kiev.

Pendant ce temps, selon les services d’informations du Vatican, au sommet du G7 à Elmau, en Bavière, qui s’y déroulait du 26 au 28 juin, le président du Conseil européen, Charles Michel, a assuré de nouvelles livraisons d’armes à Kiev, puis a rappelé que les sanctions contre la Russie doivent avoir un impact sur Moscou, mais qu’il faut également prêter attention aux implications économiques dans l’Union européenne. L’espoir de Michel est qu’un accord soit trouvé pour permettre aux céréales ukrainiennes de quitter les ports de la mer Noire.

En plus, selon The Moscow Times, le G7 devrait faire le point sur l’efficacité des sanctions sans précédent prises à l’encontre de Moscou, discuter de la poursuite de l’aide financière et militaire à l’Ukraine et envisager la reconstruction à plus long terme du pays déchiré par la guerre.

Accroître la pression

 

Le président Zelensky a d’ailleurs participé au sommet du G7 et au sommet de l’OTAN qui a lieu ces jours-ci à Madrid. Il y a répété son mantra en faveur d’une aide militaire renforcée de la part des alliés de l’Ukraine, car, selon lui, les seules sanctions contre la Russie ne suffisent pas ; son pays a besoin d’une plus grande assistance armée et les systèmes de défense aérienne que ses partenaires détiennent devraient y être envoyés directement où ils sont maintenant plus que nécessaires.

Il souligne lui-même ce fait de manière éloquente dans son plus récent point de guerre aux Ukrainiens : « À ce jour, la Russie a utilisé près de 2800 missiles de croisière différents contre l’Ukraine. Le nombre de bombes aériennes et de roquettes qui frappent nos villes ne peut tout simplement pas être compté. Il y en a eu des centaines de milliers pendant les quatre mois de la guerre. Ce n’est rien d’autre que de la terreur… Le monde peut, et donc doit, mettre fin à la terreur russe. »

Dans l’intervalle, suivant un communiqué publié par le bureau du premier ministre anglais, Boris Johnson, les nouvelles exportations d’or russe ne seront plus autorisées à entrer au Royaume-Uni, au Canada, aux États-Unis et au Japon grâce à de nouvelles mesures sévères qui seront annoncées lors du sommet du G7 qui débutait dimanche et qui visent à accroître la pression sur la machine de guerre de Poutine.

L’or est l’un des principaux produits d’exportation de la Russie. Cela représenta 12,6 milliards de livres sterling pour l’économie russe en 2021 (soit environ 19,9 milliards de dollars canadiens). Sa valeur pour l’élite russe a également augmenté ces derniers mois, les oligarques se précipitant, en l’occurrence, pour acheter des lingots d’or afin d’éviter l’impact financier des sanctions occidentales. Étant donné que Londres est une importante plaque tournante mondiale du commerce de l’or, il faut espérer que les sanctions britanniques, qui seront les premières du genre à être appliquées contre la Russie dans le monde, auront un impact énorme sur la capacité de Poutine à lever des fonds pour financer sa déplorable opération militaire spéciale.

Compte tenu du rôle central de Londres dans le commerce international de l’or et des mesures prises parallèlement par les États-Unis, le Japon et le Canada, cette mesure aura, en conséquence une portée presque mondiale, excluant d’emblée ce produit d’exportation majeur des marchés internationaux officiels occidentaux.

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