Lettre à mes incroyables élèves si résilients

«Le mois de juin, pour un enseignant, c’est chaque fois un petit deuil», observe l’autrice.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Le mois de juin, pour un enseignant, c’est chaque fois un petit deuil», observe l’autrice.

J’aime mon métier et je trouve qu’il est nécessaire de montrer combien il peut être magnifique et grand. Avec les défis des dernières années, chacun de nous a dû s’adapter. Nous avons eu besoin de changer les choses, ensemble. Voici donc ce que j’avais envie d’écrire à ceux qui m’ont accompagnée dans cette grande aventure…

Vous ne le savez pas, mais j’ai passé l’une des pires années de ma vie… et l’une des meilleures à la fois. Je termine mon année scolaire, je regarde ce que je laisse derrière moi, et c’est le constat que j’en fais. Sur le plan personnel, les derniers mois ont été éprouvants pour moi, bouleversants, et par moments profondément déchirants. Plus d’un matin, je suis entrée dans ma classe en me demandant comment j’allais réussir à passer à travers ma journée, tant j’étais à fleur de peau. Pourtant…

Vous étiez là. Mes élèves, vous ne le savez pas, mais vous avez été mon baume au coeur toute l’année. Les « Post-it » adorables laissés sur mon bureau, les commentaires gentils lancés dans le brouhaha du matin… « Tu es la meilleure prof du monde ! » Même si on n’y croit jamais tout à fait, cette phrase a été pour moi une petite bouée pour garder la tête hors de l’eau. Pas une journée, je suis sortie de l’école sans me sentir mieux qu’au matin. Fatiguée, oui. Mais plus forte, en quelque sorte.

Vous ne le savez pas, mais je vous ai admirés. La résilience dont vous avez fait preuve durant la pandémie était fascinante. En deux ans (oui, j’ai eu cette chance de garder ma gang pendant deux ans ! Le looping, quelle merveilleuse idée !), vous avez fait de notre groupe une grande famille unie. Vous m’avez aidée à accepter le masque, cette barrière à sourires, en rayonnant autrement. Et puis, vous avez été compréhensifs face à cette nouvelle pédagogie imposée par la COVID : moins de contacts, l’enseignement à distance, les consignes souvent plus strictes et les adaptations fréquentes. Vous avez été incroyables !

Souvent, j’ai regretté de ne pas être au meilleur de ma forme. J’ai eu cette désagréable impression que je n’arrivais pas assez à vous dire combien vous étiez bons, que j’étais fière de vous. J’ose espérer malgré tout que vous quittez ma classe avec des souvenirs joyeux et une confiance solide en vos qualités d’élèves et de petits humains. Je vous verrai plus grands l’an prochain. Pour la plupart, vous m’aurez dépassé en taille… et j’aurai le bonheur de me dire que nous avons grandi ensemble.

Quant à vous, chers parents… Vous ne l’avez pas su, mais plus que jamais j’ai senti qu’on faisait équipe. Comme c’était rassurant de vous savoir bienveillants et impliqués ! Cela change tout, pour un enseignant, de se savoir appuyé. Je n’oublierai pas vos sourires à la sortie des classes, vos mercis du coin de l’oeil et vos messages d’encouragement ou d’approbation après un de mes (trop) nombreux courriels. Je n’oublierai pas ces petits gestes du quotidien qui ont été si précieux, ou le temps pris par une maman, en plein milieu du mois d’octobre, simplement pour m’écrire que son fils aime aller à l’école en partie grâce à moi…

Je termine cette année scolaire le coeur gros, rempli par un trop-plein d’amour et de reconnaissance pour tous ceux qui n’ont pas su qu’ils étaient là pour moi. Le mois de juin, pour un enseignant, c’est chaque fois un petit deuil. Le mien, cette année, est particulièrement chargé d’émotion. Bien sûr, il y a les vacances ! Mais avant de fêter, je voulais m’assurer que mes élèves et leurs parents sachent, qu’ils sont extraordinaires !

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