Vers une coalition entre les Premières Nations et les Québécois?

«Je crois qu’on a beaucoup de leçons à recevoir des Premières Nations en ce qui concerne le développement durable», écrit l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Je crois qu’on a beaucoup de leçons à recevoir des Premières Nations en ce qui concerne le développement durable», écrit l'auteur.

On veut protéger notre culture québécoise. Les Premières Nations veulent protéger leurs cultures menacées. Alors que nous fêtons cette semaine la Journée nationale des Peuples autochtones et la Fête nationale des Québécois, une question se pose : pourquoi ne pas créer une coalition entre nos nations ? Pas une coalition paternaliste où les Québécois joueraient les chefs d’orchestre, mais une vraie coalition où les parties y trouveraient leur compte, dans le respect.

Quel en serait l’avantage pour les Québécois ? Bénéficier de la sympathie anglo-saxonne, du préjugé favorable envers les cultures des Premières Nations ; sympathie qui n’est certainement pas partagée pour les Québécois. De plus, obtenir également que les autochtones nommés à des postes d’envergure canadiens, comme celui de gouverneur général ou comme juge à la cour Suprême parlent français, anglais et la langue autochtone du candidat choisi. Si ça veut dire nommer des candidats québécois, « ainsi soit-il ».

Il existe de très bons candidats autochtones trilingues, surtout au Québec, et ils pourront avoir leur chance. Finalement, on pourra aussi casser ce concept poussé par une partie de la majorité anglophone mettant en opposition les Québécois et les Premières Nations.

 

Quel avantage pour les Premières Nations ? Loin de moi l’idée de parler en leur nom, mais voici certaines possibilités. Plutôt que de se voir toujours en marge de la majorité caucasienne, se trouver un partenaire avec un certain rapport de force, une majorité sur un large territoire démocratique, pour mener le combat de la diversité culturelle en partant par le Québec. Je comprends que les Premières Nations devraient ainsi s’associer avec un des assimilateurs du passé ; ce qui n’est pas évident. Mais je les crois assez pragmatiques pour considérer leur avantage d’agir ainsi. Les ententes de la Baie James et de la Paix des Braves me rendent optimiste à ce sujet.

Par contre, les Québécois devront faire preuve d’une bonne foi exemplaire pour que les victimes d’hier s’associent à leurs bourreaux. Pourquoi ne pas s’engager dans la voie de la valorisation de toutes les cultures locales au Québec. Ça veut dire la culture québécoise et sa langue française, mais aussi les cultures des Premières Nations et leurs langues et les anglophones québécois et leur langue. Dans ce dernier cas, la valorisation veut surtout dire de contenir, sans dénigrer ou combattre cette culture admirable. Je ne remets par contre pas en question que la langue commune québécoise demeure le français.

Des bénéfices marginaux pourraient survenir d’une telle coalition. Le premier serait sans doute de diminuer la honte de ces nations les unes par rapport aux autres, étant donné l’histoire pénible de leur coexistence. Le deuxième pourrait être l’apport des Premières Nations à un programme écologique québécois beaucoup plus vert ; je crois qu’on a beaucoup de leçons à recevoir des Premières Nations en ce qui concerne le développement durable.

Ça pourrait aussi être un début vers un vrai programme de réparation pour les Premières Nations où je verrais bien nos ultra-riches, ayant bâti leurs fortunes sur l’exploitation de ressources naturelles en territoires autochtones, transférer (voir être forcés de transférer) leurs fonds cachés dans des paradis fiscaux vers un fonds d’investissement pour les Premières Nations.

Si un parti politique m’offre cette volonté de coalition entre Québécois et les Premières Nations, je vote pour lui cet automne.

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