Une réflexion plus large s’impose sur les cerfs de Longueuil

Il est possible d’opter pour une gestion de la faune responsable, basée sur la science et qui ne repose pas sur l’emploi de méthodes létales, soutient l’autrice.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Il est possible d’opter pour une gestion de la faune responsable, basée sur la science et qui ne repose pas sur l’emploi de méthodes létales, soutient l’autrice.

En réponse au dépôt d’un recours visant à contester son projet de mettre à mort une soixantaine de cerfs de Virginie au parc Michel-Chartrand, la Ville de Longueuil s’est engagée mercredi à suspendre l’opération, qui était prévue pour cet automne, jusqu’à ce que la cause puisse être décidée sur le fond.

Pour la SPCA de Montréal, qui est devenue partie au litige à titre d’intervenante, le cas des cerfs de Longueuil est emblématique d’une question qui prend de plus en plus d’ampleur au Québec : celle de la gestion responsable des animaux de la faune dans nos communautés. Avec l’étalement urbain et les bouleversements climatiques, offrir des solutions durables et respectueuses du bien-être animal aux problèmes de surpopulation est devenu une question pressante.

Notre rapport aux animaux a énormément évolué au cours des dernières années. Depuis 2015, le droit québécois reconnaît aux animaux le statut d’« êtres sensibles » et reconnaît également que nous avons, comme société, une responsabilité collective de veiller à leur bien-être. Procéder par défaut à la capture et à la mise à mort d’animaux sauvages, simplement parce qu’on les considère comme « nuisibles », n’est plus socialement acceptable aujourd’hui.On le voit avec les cerfs du parc Michel-Chartrand, mais on l’a aussi vu dans d’autres cas, comme celui de l’ours polaire récemment abattu en Gaspésie, événement qui a poussé près de 55 000 personnes à signer une pétition exigeant une enquête publique.

Or, la « solution » que la Ville de Longueuil prévoit de mettre en oeuvre au parc Michel-Chartrand est de capturer les cerfs à l’aide de pièges, puis de les mettre à mort en utilisant un pistolet à tige percutante suivi d’une saignée. Ce plan est problématique à plusieurs égards. D’abord, la méthode de mise à mort comporte de graves risques de blessures et de souffrance. Le pistolet à tige percutante est conçu pour être utilisé sur des animaux d’élevage immobilisés dans un environnement contrôlé, par exemple un abattoir.

Pour occasionner une perte de conscience immédiate, l’outil doit être positionné directement sur le crâne de l’animal et à un endroit bien précis de celui-ci, ce qui nécessite une immobilisation complète pendant au moins quelques secondes d’affilée. Il serait difficile de parvenir à immobiliser complètement, et ce, pendant plusieurs secondes, un cerf sauvage qui se débat dans un piège sans avoir recours à une forte sédation ou à une anesthésie, des éléments qui ne font pas partie du plan de la Ville. Dans ce contexte, le positionnement adéquat du pistolet à tige percutante sur le crâne des cerfs est quasi impossible, ce qui crée un risque important de tentatives ratées à répétition.

D’ailleurs, le pistolet à tige percutante n’est pas considéré comme un outil acceptable pour les animaux sauvages à l’état libre, selon l’American Veterinary Medical Association, qui publie des lignes directrices qui font autorité en matière de méthodes d’euthanasie.

Ensuite, selon les documents déposés au soutien du recours, le plan de la Ville ne comprend aucun volet préventif par la stérilisation ou la contraception chimique du cheptel destiné à demeurer au parc Michel-Chartrand. La mise à mort d’une soixantaine de cerfs ne serait donc qu’une solution temporaire. Les cerfs du parc et leur progéniture devront donc être soumis à des interventions létales à répétition, au fur et à mesure que la population augmentera au fil des années.

Quand on regarde ce qui se fait ailleurs, on constate qu’il est possible d’opter pour une gestion de la faune responsable, basée sur la science et qui ne repose pas sur l’emploi de méthodes létales. Dans la communauté d’Oak Bay, en Colombie-Britannique, par exemple, une stratégie de gestion non létale des cervidés en milieu urbain a été mise en place depuis 2019. Après une seule année d’administration de vaccins contraceptifs, l’abondance relative des faons avait diminué de près de 60 %.

Il est intéressant de noter que, préalablement à la mise en place de ce programme, Oak Bay avait englouti plus de 150 000 $ dans un projet de capture et d’abattage dans le cadre duquel seuls 11 cerfs avaient été piégés et tués. La méthode utilisée, similaire à celle que propose la Ville de Longueuil, avait alors suscité un tollé.

Il est impératif pour le Québec de développer une expertise dans le type d’approche finalement mise en place à Oak Bay. La problématique des cerfs au parc Michel-Chartrand présente l’occasion idéale pour tester de nouvelles méthodes de contrôle des populations sous forme de projet de recherche, afin de contribuer au développement des connaissances scientifiques dans ce domaine.

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