Un vent du Sud révèle les impacts désastreux des sables bitumineux

Une raffinerie de pétrole provenant des sables bitumineux dans la région de Fort McMurray, en Alberta
Photo: Dan Barnes Getty Images Une raffinerie de pétrole provenant des sables bitumineux dans la région de Fort McMurray, en Alberta

Les nouvelles règles de la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis, l’organisme fédéral de réglementation et de contrôle des marchés financiers, pourraient forcer les producteurs de sables bitumineux à admettre que leur production de pollution est en fait plus importante que celle de tout le Canada et que leur stratégie « nette zéro » ne concerne que 15 % de leur contribution aux changements climatiques.

Les règles proposées exigeraient des compagnies pétrolières qu’elles divulguent non seulement les émissions qui résultent de l’extraction et du raffinage du pétrole et du gaz (ce que l’on appelle les émissions de portée un et deux), mais aussi la quantité beaucoup plus importante de gaz à effet de serre libérée lorsque leur produit est brûlé par les acheteurs (émissions de portée trois).

Les compagnies pétrolières affirment depuis longtemps qu’elles ne devraient pas être tenues pour responsables de ce que les gens font avec les produits qu’elles leur vendent, ce qui est comparable à un fabricant de cigarettes qui interdit de fumer dans ses usines et qui prétend ensuite que son produit ne provoque pas de cancer. Les règles proposées par la SEC indiquent en fait que leur responsabilité ne s’arrête pas aux portes de la raffinerie, mais qu’elle est au coeur de leurs activités.

Il va sans dire que cela mettrait sur la sellette les membres de l’initiative canadienne Oil Sands Pathways to Net Zero. L’initiative s’est avérée un brillant coup de marketing et de lobbying. Depuis sa création, il y a un an, les entreprises qui en sont membres se sont drapées de vert en proclamant leur intention de ramener les émissions des sables bitumineux à « zéro » (à condition que les contribuables paient la majeure partie de la facture, bien entendu).

On pourrait pardonner aux observateurs de ne pas avoir vu que cet engagement ne s’applique qu’aux émissions liées à la production et qu’il ne tient pas compte des émissions de portée trois, alors que les entreprises prévoient de continuer à accroître la production de pétrole et de gaz. Les p.-d.g. des grandes sociétés de sables bitumineux Cenovus et CNRL ont tous deux déclaré qu’ils n’avaient pas l’intention de se retirer de la production de pétrole et de gaz, tandis que Suncor a récemment vendu ses investissements dans l’énergie éolienne et solaire pour se consacrer davantage aux hydrocarbures.

Jusqu’à présent, aucune des entreprises de Pathways n’a révélé comment elles parviendront à un niveau net zéro ni dans quelle mesure elles s’appuieront sur des astuces comptables comme les compensations de carbone. Leurs lobbyistes ont toutefois réussi à convaincre le gouvernement fédéral d’assumer la moitié des coûts des projets de capture du carbone (tandis que l’Alberta complète cette subvention par des crédits de redevances).

Actuellement, quatre des six membres de l’initiative Pathways (Suncor, Cenovus, Impériale et ConocoPhillips) divulguent leurs émissions de portée un à trois, qui totalisent 708 millions de tonnes par an. Les deux autres (CNRL et MEG) ne divulguent que leurs émissions liées à la production (champs d’application un et deux). Si l’on suppose que CNRL et MEG ont le même rapport entre les émissions liées à la production et celles liées à l’utilisation finale que les quatre autres entreprises, le total pour les six entreprises, est de 856 millions de tonnes (117 pour la production, 739 pour la combustion du produit). Si l’on ne tient compte que des activités canadiennes de ConocoPhillips (les cinq autres entreprises ont l’essentiel de leur production dans les sables bitumineux), le total tombe à 707 millions de tonnes, ce qui reste supérieur au total national de 672 millions de tonnes.

Au Canada, les organismes de réglementation des valeurs mobilières ont plié devant le lobby pétrolier et proposé des règles qui rendraient facultative la déclaration des émissions de portée trois. Cependant, si la SEC des États-Unis maintient le cap, toutes ces informations seront publiées dans les documents financiers des entreprises, où le fait de truquer les chiffres a des conséquences sur le plan légal.

 

Ce type d’examen est un problème non seulement pour les compagnies pétrolières, mais aussi pour les gazières et pour les banques qui les soutiennent, car nous serions en droit de nous attendre à ce qu’elles incluent ces totaux dans leurs « émissions financées ». Les cinq grandes banques canadiennes ont toutes pris un engagement « net zéro », tout en augmentant leur financement dans les combustibles fossiles. Elles ont essayé de se cacher derrière les engagements nets zéro des compagnies pétrolières, mais leur peinture verte s’écaillera rapidement si la SEC oblige les entreprises à rendre compte de l’ensemble de leur contribution aux changements climatiques.

Aucune quantité de peinture, aussi verte soit-elle, ne peut dissimuler des niveaux de pollution aussi élevés. Il est temps pour les compagnies pétrolières, et les banques qui les financent, de réorienter leurs investissements vers les énergies renouvelables afin que nous puissions tous bénéficier d’un air plus pur, d’un climat plus sécuritaire et de bons emplois grâce à la transition énergétique.

À voir en vidéo