Réplique d'un employé - Le message médiatique de la SAQ ou la vérité?

La lettre ouverte de M. Toutant, président-directeur général de la Société des alcools du Québec, publiée dans Le Devoir du 29 décembre dernier recèle plusieurs inexactitudes qui, selon moi, peuvent contribuer à une mauvaise compréhension des choses de la part du public. D'abord, M. Toutant nous indique que la SAQ est moins rentable que la LCBO (Ontario).

Il nous déclare ainsi que le plan stratégique va permettre, sans perte d'emplois, de redresser la situation et augmenter la rentabilité. D'accord. Mais comment? Sachant que la marge de profit est plus élevée sur les spiritueux que sur les vins, et considérant que la vente de spiritueux est plus forte en Ontario qu'au Québec où les consommateurs préfèrent le vin, comment la SAQ va-t-elle augmenter sa rentabilité? À coups de publicité incitant les contribuables à se ruiner le foie pour que notre système de santé ait suffisamment d'argent pour nous en greffer un nouveau? Pourquoi M. Toutant ne dit-il pas que la SAQ paye plus cher ses produits alcooliques que d'autres compagnies dont le pouvoir d'achat est inférieur à celui de la SAQ?

M. Toutant nous dit: «Actuellement, nos directeurs de succursales situées dans les grands centres urbains consacrent près de la moitié de leur temps, chaque semaine, aux assignations d'employés à temps partiel en fonction des besoins de leur succursale.» Je ne sais pas qui lui a dit cela, mais croit-il vraiment que les gestionnaires passent 20 heures par semaine à mettre au point un horaire qui, faut-il le souligner, est réalisé par un programme informatique?

«Ils [les directeurs de succursales] connaissent à peine les employés à temps partiel qui travaillent dans leur succursale, tout comme ceux-ci connaissent à peine leurs collègues de travail. Venant du secteur privé, je peux affirmer qu'aucun commerce de détail ne pourrait survivre très longtemps avec un tel système de gestion, qui est contre-productif», nous dit encore M. Toutant.

Roulement des directeurs

Dans ma division, il y a 45 personnes. Ça fait quatre ans que je travaille à la SAQ, je suis 18e sur la liste. En quatre ans, j'ai eu le temps d'apprendre le nom de mes confrères et consoeurs de travail... et mes directrices et directeurs aussi. Ce que M. Toutant oublie cependant de souligner, c'est le roulement continuel que l'entreprise fait subir à ses cadres. En quatre ans à la SAQ, pour les cinq magasins où je travaille, j'ai eu pas moins de 25 directeurs... une moyenne de cinq directeurs par magasin... Est-ce que ce genre de gestion existe dans le privé, M. Toutant? Est-ce que ça ne pourrait pas être ça, le problème?

La gestion par succursale, défendue ici par M. Toutant, est un recul pour un syndicat. Un recul que les employés du SEMB-SAQ ne subiront pas. Avec un tel système, des employés se retrouveront piégés dans une succursale à travailler 15 heures, alors qu'ils pourraient en faire 38 s'ils travaillaient dans la succursale voisine. Si c'est ça, pour M. Toutant, la création d'emploi... la multiplication des emplois à temps partiel (qui, rappelons-le, représentent déjà plus de 60 % des emplois à la SAQ), nous refusons une telle offre.

La gestion par division, comme nous le vivons actuellement, c'est d'abord le respect de l'ancienneté, mais c'est aussi une meilleure formation pour les employés, alors qu'ils sont amenés à connaître davantage de produits et différentes clientèles.

Finalement, M. Toutant... qu'avez-vous fait pour mériter 22 % d'augmentation de salaire après un mois en poste à la SAQ?