Dans la jungle des condos locatifs

«Je dois avouer que si j’avais eu dix ans de moins, je n’aurais pas trébuché sur les pièges tendus par des locateurs sans scrupule. A-t-il fallu que j’expérimente leur cupidité pour comprendre que je suis maintenant une vieille? Je crois que oui», affirme l'autrice.
Photo: iStock «Je dois avouer que si j’avais eu dix ans de moins, je n’aurais pas trébuché sur les pièges tendus par des locateurs sans scrupule. A-t-il fallu que j’expérimente leur cupidité pour comprendre que je suis maintenant une vieille? Je crois que oui», affirme l'autrice.

Publicité mensongère. Abus de confiance. Tromperie sur la superficie du logement. Inexactitude quant au nombre et à la nature des pièces. Bail ne correspondant pas à la réalité. Mépris total. Abus de la faiblesse d’une aînée et exploitation de sa vulnérabilité. Tout cela m’a été servi par mes locateurs. Une première leçon de vieillesse !

À 75 ans, j’ai vécu ce qui précède dans un immeuble résidentiel bien en vue à Québec. Malgré mon âge et quelques problèmes de mémoire, je ne souffre pas de perte cognitive. Cependant, je dois avouer que si j’avais eu dix ans de moins, je n’aurais pas trébuché sur les pièges tendus par des locateurs sans scrupule. A-t-il fallu que j’expérimente leur cupidité pour comprendre que je suis maintenant une vieille ? Je crois que oui.

À Québec, les immeubles de condos jaillissent de toutes parts. Ultra-luxueux ou simplement luxueux, ils séduisent les aînés qui, comme moi, décident de vendre leur maison ou leur appartement. Souhaitant se dégager de responsabilités de propriétaires, ces retraités s’intéressent aux offres des promoteurs, dont les photos alléchantes et les atouts remplissent les réseaux sociaux. Certaines situations entraînent l’obligation d’agir vite et de choisir rapidement le logement qui abritera nos dernières années.

C’est ce qui m’est arrivé le lendemain de la vente de mon loft. Mon acheteur souhaitait y entrer un mois plus tard. Sans parler de panique, je suis tombée dans des pièges que j’aurais normalement dû voir. Il y avait urgence de trouver à me loger, de préparer mon déménagement, de déménager et d’emménager en à peine un mois. Comme je vis seule, ces opérations ont entraîné un énorme stress expliquant ma crédulité et mon imprudente confiance. Mes loueurs ont profité de ma vulnérabilité.

Je dois me défendre seule. Mon frère, qui est avocat, acceptait de me représenter, mais il a été éliminé de mon dossier par le TAL, car mon loueur est le client de l’un de ses collègues. Cause de conflit d’intérêts, semble-t-il ? Quant à ma demande pour obtenir justice, déposée au TAL il y a plusieurs mois, une juge vient de la rejeter. Je m’interroge. Les propriétaires immobiliers ont-ils davantage de droits que les locataires ? Cela ressemble à ça.

Ceux et celles qui ont suivi, dans la presse, ce qui s’est passé au TAL au cours des derniers mois savent, comme moi, que c’est la CORPIQ qui y dicte les règles et les décisions. Les locataires ? Sauf s’ils se plaignent de vermines ou de moisissures, ou s’ils ne paient pas leur loyer, ils n’ont rien à faire là. Pour moi, cela dure depuis huit mois. Mes nombreuses offres d’ententes à l’amiable avec mes locateurs ont toutes été ignorées.

Face au rejet du jugement du TAL reçu il y a deux jours, j’ai demandé une rectification du jugement. Mais je me prépare, si ma santé physique et morale le permet, à me rendre à la Cour d’appel. La petite vieille, qu’elle se démerde avec les rouages d’une prétendue justice ! On l’a avertie, ce sera long. Sans doute espère-t-on qu’avec un peu de chance, elle attrapera la COVID-19 ou sera carrément déclarée alzheimer.

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