Lettres: Une direction intransigeante à la SAQ

Sylvain Toutant, président-directeur général de la Société des alcools du Québec, a, depuis son «arrivée récente à la société», dessiné un «nouveau plan stratégique» qui vise à rendre la SAQ aussi rentable que la Régie des alcools de l'Ontario (LCBO), nous informe-t-il dans une lettre d'opinion publiée par Le Devoir le 29 décembre. Mais, de ce nouveau plan, il ne nous livre guère les grandes lignes, sauf pour affirmer que les travailleurs à temps partiel ne devraient plus avoir le droit, confirmé dans leur convention collective précédente, de travailler dans plusieurs succursales.

La principale raison invoquée est que les directeurs de ces succursales consacreraient «près de la moitié de leur temps» aux assignations des employés à temps partiel. Je ne suis pas un spécialiste en gestion de personnel, mais je n'arrive pas à comprendre comment, avec les instruments informatiques et les moyens de communication modernes, ils n'arrivent pas à être plus efficaces. Je ne suis pas non plus un spécialiste de redressement d'entreprises, mais je n'arrive pas davantage à comprendre comment cette mesure améliorerait sensiblement la situation financière de la SAQ.

Je sais cependant que le nombre de travailleurs à statut précaire augmente au Québec chaque année, que ceux-ci forment un tiers de la main-d'oeuvre du secteur public, qu'ils sont prédominants dans le secteur privé des services et que plus des deux tiers des travailleurs de la SAQ en sont. Ce n'est pas réjouissant. Les jeunes et les femmes y sont prédominants. Comment entretenir des projets de vie, dont des enfants peut-être, si on ne connaît ni ses horaires de travail ni ses revenus?

M. Toutant ne semble pas s'en préoccuper. Il s'intéresse aux bonnes conditions de travail de ses gérants, aux intérêts des consommateurs, les veaux d'or dans notre culture, au montant des dividendes versés à son actionnaire, l'État, mais il oublie dans ses calculs stratégiques le bien-être de ses employés.

M. Toutant affirme reconnaître la «richesse exceptionnelle du savoir-faire et de la connaissance de ses employés». Amateur de bon vin, je suis d'accord avec lui sur ce point, ayant bénéficié de leurs conseils au cours des dernières années. Mais cette formation des employés relève de la direction antérieure et non de son «plan stratégique». Et comment ne peut-il pas reconnaître que sa politique a entraîné le «dépit» et le «ressentiment» chez des employés qui étaient auparavant «fiers» de travailler à la SAQ?

Au début du conflit, il y a plus d'un mois de cela, des ministres concernés affirmaient qu'ils ne laisseraient pas le conflit pourrir et qu'ils interviendraient au nom des consommateurs. Depuis, motus et bouche cousue. Pourtant, l'État, en tant qu'actionnaire de la SAQ, devrait, par l'intermédiaire du gouvernement qui est son exécutif et au nom des «fiers» travailleurs de la SAQ, des consommateurs de bon vin et des dividendes reçus, mettre au pas ce directeur dogmatique, têtu et intransigeant.