Lettres: Une démarche socioreligieuse cachée

Le texte de Michel Lizotte publié dans vos pages le mercredi 15 décembre nécessite que ses lecteurs remettent sa rhétorique en question. Peut-on traiter des droits des homosexuels en faisant des rapprochements par synecdoque entre ces derniers et les meurtres de Marc Lépine, le sado-masochisme ou les médicaments parfois mortels, comme le Vioxx, tout en rendant simultanément un vibrant plaidoyer pour l'altérité?

D'ailleurs, pourquoi ce lien entre l'homosexualité, la mort et la souffrance dans le discours de M. Lizotte? Ce lien n'est aucunement justifié dans le texte, sauf par ce que son auteur appellerait le «refus à donner la vie» des homosexuels. Dans le sillon de cette logique simpliste, on pourrait penser que l'homosexuel, imaginé en compagnon de la mort, est symboliquement un médiateur (maléfique?) de l'autre pour M. Lizotte.

Si les «personnes homosexuelles» (remarquez comment il évite la forme substantive du terme «homosexuel») s'inscrivent dans des «tandems de similitude» opposés à la différence, comment définit-il le rapport à l'altérité et au don des couples homosexuels qui adoptent des enfants à l'étranger, par exemple? S'il y a véritablement un refus de l'altérité chez les homosexuels, peut-on dire qu'ils refusent aux autres (les hétérosexuels) leur droit de s'épanouir dans leur différence?

Que l'on chapeaute les maux mortifères de notre société par un concept (légalité - justice) en y rattachant des questions d'identité et d'orientation sexuelles m'inquiète car cela érige le droit au mariage des homosexuels en symbole de nos problèmes sociaux. M. Lizotte veut stigmatiser un groupe de citoyens et encourager la société à refuser la reconnaissance de l'égalité de ces membres sous prétexte que le fait d'inclure leur différence dans les institutions existantes accélérerait un déclin de la société et qu'ils seraient les vers qui gâteraient le panier de pommes au grand complet.

Voilà pourquoi il aurait été honnête de la part de M. Lizotte d'informer le lecteur que le mouvement Équité-Famille, dont il est le fondateur, s'inscrit dans une démarche socioreligieuse: le lancement officiel du mouvement est affiché sur le site d'une association catholique sans but lucratif basée à Sainte-Julienne, près de Joliette.

Avec cette information, le lecteur est libre de se poser d'autres questions sur le besoin de transcendance dans la justice sociale qui traverse la lettre de M. Lizotte, de même que sur l'idéologie qui précède, ou tout du moins influence, sa réflexion au sujet du mariage homosexuel.