Pour que M. Parizeau soit fier de nous

«Célébrer Parizeau, ce n’est pas seulement célébrer un grand homme; c’est célébrer un Québec dont il incarnait toutes les plus nobles ambitions», écrivent les auteurs. 
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Célébrer Parizeau, ce n’est pas seulement célébrer un grand homme; c’est célébrer un Québec dont il incarnait toutes les plus nobles ambitions», écrivent les auteurs. 

Au début du XXe siècle, l’École des hautes études commerciales (HEC) fut créée à Montréal dans le but explicite de sortir les « Canadiens français » de l’infériorité économique dans laquelle ils étaient alors tenus. Les affaires n’étaient pas la chasse gardée des anglophones : nous aussi, nous étions capables. De cette école émergea une génération d’hommes et de femmes qui ont bâti le Québec moderne. Et parmi ceux-ci, personne ne fit autant que Jacques Parizeau pour faire entrer le Québec dans la modernité économique, pour nous conduire sur la route de la prospérité dont nous sommes si fiers.

Nous célébrons, de nouveau, la vie de cet homme illustre en dévoilant son buste devant notre Assemblée nationale. Il faut dire qu’il était temps. Mais comprenons bien que célébrer Parizeau, ce n’est pas seulement célébrer un grand homme ; c’est célébrer un Québec dont il incarnait toutes les plus nobles ambitions. Car en plus d’avoir tout donné pour faire aboutir le destin naturel de son peuple, Parizeau était un homme du monde, deux fois diplômé de Paris, le premier Québécois à avoir obtenu un doctorat à la prestigieuse London School of Economics. À cette époque, ce n’était pas rien. Pas rien qu’un des nôtres se distingue dans le centre du savoir mondial. En ceci, comme en tant d’autres choses, Parizeau a été un précurseur ; il nous a montré une voie, internationale et ouverte, que pouvaient prendre les Québécois si seulement ils étaient assez sûrs d’eux-mêmes.

Justement, le nationalisme d’un Jacques Parizeau n’a jamais été un petit nationalisme de petite nation. Ça a été le nationalisme d’un peuple jeune et fougueux qui ne demandait qu’une chose : intégrer le monde dans ses termes. Notre développement, celui pour lequel il fit tant à la Caisse de dépôt, n’était pas un développement uniquement dans le but de croître. C’était un développement visant à nous équiper pour les défis du futur, à ce que le Québec atteigne son plein potentiel.

N’ayez pas peur

C’est dire que célébrer Jacques Parizeau, c’est aussi faire une pause et se demander honnêtement comment nous pouvons donner vie à sa posture patriotique et l’appliquer au Québec d’aujourd’hui. Sommes-nous servis, comme peuple, par le nationalisme défensif et défaitiste qui nous est présenté actuellement ? Jacques Parizeau aurait-il accepté la démission de la quête du Québec vers la liberté, la normalité et la pérennité linguistique ? Ou ne devrions-nous pas nous inspirer de ces mots gravés à jamais sur sa pierre tombale, « N’ayez pas peur » ?

Monsieur, comme on l’appelait avec tout le respect qu’il commandait, ne s’est jamais contenté de demander plus de pouvoirs à Ottawa, parce qu’il savait que c’était là une perte de temps futile ; il nous a menés dans la seule bataille où, véritablement, le Québec aurait un rapport de force, celle de l’indépendance.

Heureusement, le nationalisme de Jacques Parizeau, c’est-à-dire l’indépendantisme ouvert et confiant dans l’avenir qu’il n’a cessé de défendre, existe encore aujourd’hui. Son rêve, celui de la liberté de son peuple — non pas pour se couper d’autrui, mais bien pour s’ouvrir avec confiance et fermeté sur le monde —, n’est pas mort. L’indépendance demeure bien vivante, Jacques Parizeau demeure bien vivant.

Lui, il ne nous a pas dit « À la prochaine fois », mais c’est tout comme. Il nous a lancé un défi, et son buste placé désormais devant l’Assemblée de notre peuple devrait rappeler à tous ceux qui nous représentent que ce défi est toujours à relever, que le destin réel de notre peuple n’est pas encore accompli. Surtout, le buste de cet homme du monde qui aimait profondément le Québec devrait nous rappeler que nous n’avons pas à nous résigner à quoi que ce soit.

Il est coutume par les temps qui courent de chercher à récupérer le riche héritage du Parti québécois et son rôle dans notre émancipation collective. Lorsque certains se prêtent à cet exercice, il faut leur demander leurs motivations réelles.

Le vrai nationalisme québécois ne sera jamais qu’indépendantiste, comme l’était Parizeau. La chimère de nationalisme de province de la Coalition avenir Québec ne répond certainement pas à la grandeur du rêve et des ambitions qu’avait Jacques Parizeau pour son peuple. Nous ne pouvons que souhaiter qu’au moins ses leaders s’en rendent compte.

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