François Legault, dans la lignée de Maurice Duplessis?

Si François Legault ressemble à Maurice Duplessis, c’est avant tout par son incapacité à penser à long terme l’avenir du Québec, sauf en ce qui concerne la langue, et encore, écrit l'auteur. 
Photo: Francis Vachon La Presse canadienne Si François Legault ressemble à Maurice Duplessis, c’est avant tout par son incapacité à penser à long terme l’avenir du Québec, sauf en ce qui concerne la langue, et encore, écrit l'auteur. 

Depuis quelque temps, on entend de plus en plus d’observateurs faire le lien entre Maurice Duplessis et François Legault, en démontrant notamment la roublardise des deux politiciens. Le premier a marqué le Québec avec ses manigances politiques et ses corruptions multiples, au point qu’on a parlé d’une période de grande noirceur, et le deuxième a choqué les esprits avec ses cadeaux de 500 $ pour tous, y compris les plus riches, pourtant sans effet sur l’inflation.

Ce dernier, de plus, multiplie les politiques à courte vue, notamment du côté de l’écologie, qui est en train de nous rattraper avec ses vents exceptionnels, et par son incompréhension totale des failles de notre système de santé. Sans compter des dépenses purement électoralistes, comme le futur tunnel entre Québec et Lévis, qui raccourcira de moins d’une demi-heure le parcours de 60 000 automobilistes au coût annoncé de 6,5 milliards de dollars, un coût qui, évidemment, sera doublé.

Mais on peut trouver au moins deux différences importantes entre ces politiciens : d’abord, la concentration énorme du pouvoir entre les mains de Duplessis et, ensuite, une organisation politique que l’on peut appeler tentaculaire. Par exemple, dans le premier cas, il fallait passer directement par Duplessis pour obtenir une bourse. Comme ce fut le cas d’un ami étudiant au collège de Trois-Rivières, dont la famille était incapable de payer les frais et qui affirmait qu’elle ne pouvait pas voter autrement que pour l’Union nationale à l’élection de 1956, car le parti voyait tout.

Ou encore, comme mon père, qui a dû patienter plus de trois heures dans l’antichambre du premier ministre pour obtenir une bourse pour Pauline Julien afin qu’elle étudie le théâtre à Paris. De même, Georges-Émile Lapalme, ancien chef du Parti libéral, nous avait expliqué en 1962, à la fin d’une réunion faisant le point sur la préparation des États généraux du Canada français, pourquoi Duplessis apportait systématiquement les projets de loi cruciaux le vendredi après-midi.

Il savait que si la discussion se poursuivait plus tard que seize heures, tous les députés libéraux de Montréal ne pourraient plus attraper le dernier train pour passer leur week-end en famille. Ce qui évidemment faisait qu’on en arrivait inexorablement à un consensus forcé.

Quant à l’organisation politique, l’Union nationale avait dans chaque rue importante ce qu’on appelait un représentant officieux, dont le travail était de saisir les tendances politiques et les besoins des bons citoyens. Poteau, comme on le nommait, qui travaillait pour le représentant politique du quartier. Celui-là relevait d’un chef local, qui devait faire rapport au responsable régional. Etc. Ce qui faisait que le parti pouvait savoir à qui il devait donner une glacière ou des caisses de bières au moment des élections.

C’est ainsi qu’en visitant l’ancien local électoral d’un candidat unioniste du comté de Maskinongé, j’ai même pu voir dans une boîte de chaussures des reçus de ces transactions, y compris deux reçus pour des batailles organisées lors de certains rassemblements de l’opposition, dans le contexte d’une campagne électorale. Sans compter, à part, un disque 33 tours avec, d’un côté, le reel de Duplessis, et de l’autre, le reel de l’Union nationale.

On sait maintenant que tout politicien, compte tenu des réformes du gouvernement québécois effectuées sous René Lévesque et Pauline Marois, ne peut revenir à de telles pratiques politiques. Ce qui fait que François Legault doit agir autrement, avec ses interventions mièvres et son arrogance, face à ses adversaires politiques. Par contre, en ce qui concerne l’action, il ne veut rien faire pour des raisons futiles, comme dans le cas de la multiplication des camionnettes et des VUS, ce qui fait en sorte que le Québec continue à augmenter sa pollution, à l’encontre des autres pays.

Ou encore, il veut nous faire payer la fermeture des anciens puits de gaz, comme le puits no 12 de la rivière Bécancour, qui fuit continuellement, plutôt que poursuivre les entreprises. De plus, il a beau plaindre les infirmières et critiquer certains administrateurs du système de santé, il ne fait rien pour décentraliser la gestion dans le cadre d’une stratégie de santé à domicile. Il avait pourtant critiqué fortement la réforme centralisatrice de Barrette.

Bref, si François Legault ressemble à Maurice Duplessis, c’est avant tout par son incapacité à penser à long terme l’avenir du Québec, sauf en ce qui concerne la langue, et encore. Mais il faut comprendre que s’il le pouvait, il ferait exactement comme lui, jusqu’à ce que l’opposition démontre ses limites. Surtout maintenant que la pandémie n’empêche plus ses adversaires de mieux s’organiser et d’intervenir.

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