Lettres: Noël en prison

Lorsqu'arrive Noël, des personnes se sentent plus seules. Telles sont celles sans famille, sans abri ou sans ami.

Il en est toutefois qui, tout en ayant famille, abri ou ami, n'en sont pas moins seules. Il s'agit des prisonniers. A fortiori ceux commençant leur incarcération la veille de Noël. L'an dernier, la philosophe française Annie Leclerc a fait publier un livre évoquant cette triste réalité: L'Enfant, le prisonnier (Actes Sud). En voici de brefs extraits tirés des pages 167 à 170.

Pourquoi est-ce qu'on punit? Parce qu'on est bête, impuissant et plein de haine [...].

La punition ne nuit pas seulement aux punis, elle nuit plus gravement encore aux punisseurs [...].

[...] seuls les prisonniers avaient su lui expliquer qu'en effet il n'y avait rien de pire que de faire du mal à un enfant [...].

Pour connaître ce qu'il en est des humains, pour considérer les mystères inouïs de la haine et de la violence [...], pour tenter d'envisager ce qu'on pourrait faire contre le mal, il ne viendrait à l'idée de personne de descendre au fond de la caverne. Dans les situations difficiles, les êtres humains vont consulter leurs prêtres, leurs savants, leurs journalistes, leurs maîtres de cérémonie, mais certainement pas les prisonniers; encore moins les enfants. Pourtant ce sont eux qui voient ce qu'il en est.