Français, langue première

«Enrichir l’éducation en langue seconde n’est donc pas seulement une bonne idée pour les cégeps anglophones, mais aussi pour leurs équivalents francophones», écrit l'auteur.
Photo: Michael Monnier Archives Le Devoir «Enrichir l’éducation en langue seconde n’est donc pas seulement une bonne idée pour les cégeps anglophones, mais aussi pour leurs équivalents francophones», écrit l'auteur.

Tout le monde, enfin presque, est d’accord. Il faut protéger le français au Québec. Mais comment mieux protéger une langue que de l’enseigner ?

Dans son projet de loi 96, le gouvernement propose d’imposer trois cours en français (ou de français) aux étudiants des cégeps anglophones. L’ajout de cours obligatoires en français viendrait inévitablement bonifier les programmes de ces cégeps et y démocratiserait la langue française. Au bout du compte, les élèves de ces établissements en ressortiraient mieux outillés pour contribuer à la société québécoise.

Mais ce ne sont pas seulement les cégeps anglophones qui pourraient bénéficier d’une telle mesure. Leurs équivalents francophones pourraient eux aussi bénéficier de cours supplémentaires en langue seconde. L’éducation en anglais des élèves francophones au Québec est, on le sait tous, déficiente. De fait, le ministère de l’Éducation est en train de remettre en question son programme de langue seconde au primaire et au secondaire, car, malgré des années de cours d’anglais, de nombreux élèves terminent leur secondaire sans maîtriser la langue internationale.

C’est l’une des principales raisons qui poussent de nombreux étudiants francophones à s’inscrire dans nos cégeps anglophones pour poursuivre leurs études. Pour eux, le choix est simple. Mieux vaut se diriger vers les établissements anglophones, afin d’en ressortir parfaitement bilingues, que de continuer dans les cégeps francophones, où les cours de langue seconde sont insuffisants. C’est d’ailleurs le choix que plusieurs de mes camarades de classe ont fait, et ce, malgré l’équivalence technique des programmes des cégeps français et anglais.

Enrichir l’éducation en langue seconde n’est donc pas seulement une bonne idée pour les cégeps anglophones, mais aussi pour leurs équivalents francophones. Une telle réforme convaincrait sans doute de nombreux francophones désirant s’approprier la langue de Shakespeare de s’inscrire dans un établissement francophone. On freinerait ainsi, en partie, l’exode des élèves francophones vers les Dawson, Vanier et John Abbott de ce monde. Ces élèves poursuivraient leur éducation en français tout en apprenant efficacement l’anglais grâce à ce programme bonifié.

Nous n’avons qu’à regarder au niveau universitaire pour constater la popularité d’un programme d’une institution francophone offrant un volet multilingue crédible. HEC Montréal propose un tel programme qui lui permet de rivaliser avec la Faculté de gestion Desautels (McGill) et l’École de gestion John Molson (Concordia). En offrant un cheminement calqué sur le désir des étudiants d’être bilingues, voire trilingues, HEC Montréal attire des étudiants francophones dans un établissement francophone. On en vient donc à se demander ceci : avec un programme en anglais langue seconde digne de ce nom, ne verrait-on pas un rééquilibrage des inscriptions vers les cégeps francophones ?

Le gouvernement tient dans sa main une excellente idée, l’élargissement des cours de langue seconde, qui pourrait, en étant appliquée universellement, améliorer l’apprentissage de la langue française dans les cégeps anglophones, freiner l’exode des élèves francophones vers le système anglais, mais, surtout, assurer que le français soit appris et parlé par l’ensemble de nos cégépiens. N’est-ce pas là une manière d’atteindre notre but commun : la protection du français ?

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