Les garçons à l’école, un tabou à briser

«Dans les universités du Québec, on trouve une proportion de près de 70% de femmes», souligne l’auteur.
Photo: Pietro Masini Associated Press «Dans les universités du Québec, on trouve une proportion de près de 70% de femmes», souligne l’auteur.

Tout d’abord, permettez-moi de remercier Gregory Charles. Je ne suis pas d’accord avec toutes les solutions qu’il propose, mais il a eu le courage de soulever un tabou au Québec. Bien sûr, certaines personnes n’ont pas hésité à le qualifier de gérant d’estrade tout en prenant bien soin de ne pas proposer de solution.

Voici un portrait de la situation. Les données utilisées ici sont tirées des données d’inscription au premier cycle (temps plein) de 2021 de la base de données du ministère de l’Éducation supérieure. Commençons par la répartition moyenne des filles (60 %) et des garçons (40 %) au cégep et à l’université au premier cycle. Un écart réel d’environ 17-18 points. C’est un écart considérable, mais les détails sont toujours intéressants.

À Polytechnique Montréal, les femmes représentent 29 % des étudiants et c’est ce qui justifie les budgets importants investis pour la promotion du génie auprès des filles. Par contre, si vous regardez du côté de l’Université de Montréal, les hommes ne représentent que 31 % des étudiants, et ce n’est pas un sujet d’inquiétude.

On remarque aussi qu’à l’École de technologie supérieure (ETS), les femmes représentent 14 % de la clientèle, ce qui est très peu. Mais l’ETS se spécialise dans le transfert DEC-Bac. Sa clientèle provient donc en bonne partie des DEC en génie. En santé, on peut considérer que les facultés de sciences infirmières sont l’équivalent de l’ETS, car elles recrutent aussi au niveau des DEC techniques. Dans ces facultés, on trouve 10 % d’hommes, ce qui est vraiment très peu.

Examinons la situation en région. Dans les universités du Québec (UQTR, UQAR, UQAT et UQO), on trouve une proportion de près de 70 % de femmes.

Les banques de données du Québec sur la fréquentation scolaire sont ouvertes à tous. Voici ce que vous pourriez y trouver à propos du pourcentage de présence masculine dans certains programmes au Québec : 31 % en droit, 23 % en science de la santé, 23 % en science de l’éducation et 31 % en sciences humaines.

Avez-vous déjà entendu parler d’une action ministérielle pour encourager les hommes dans ces professions ?

Voici un exemple qui montre que nos gouvernements ignorent le problème. Actuellement, le ministère de l’Éducation supérieure a mis en place une stratégie basée sur les pôles de transition. Ceux-ci traitent des cinq sujets suivants :

1. Le retour aux études.

2. Les transitions interordres.

3. Les Autochtones.

4. L’insertion socioprofessionnelle.

5. Les filles en STIAM (sciences, technologies, ingénierie, arts et mathématiques).

Il n’y a absolument rien sur la réussite des garçons, sur leurs accès aux études postsecondaires ou aux métiers de la santé, du droit ou de l’éducation.

Voici ce que je crois que le gouvernement devrait faire.

1. Reconnaître le problème.

2. Modifier le 5e point des pôles de transition pour le rendre plus inclusif. C’est-à-dire inclure la promotion des métiers non traditionnels selon les genres.

3. Mettre en place les moyens qui ont déjà fait leurs preuves, tels que la promotion des métiers non traditionnels et la mise en évidence de modèles positifs de réussite scolaire pour les garçons. Il existe un « Chapeau, les filles ! » pourquoi pas un « Sarreau, les gars ! »

4. Financer des recherches crédibles qui pourront produire des données probantes sur la problématique des garçons à l’école.

Évidemment, ce serait un bon début, mais je dois vous avouer que je suis pessimiste. Car lorsque ce sujet est abordé publiquement, il semble rapidement défini comme un non-problème et il disparaît rapidement de l’horizon médiatique. Parfois, on a l’impression de discuter avec des « climatosceptiques » de l’éducation.

Quel niveau devrons-nous atteindre pour faire bouger les ministères : 15 %, 10 %, 5 % ou 0 % ? Faudrait-il mettre en place une fondation privée qui se consacrerait à la problématique des garçons à l’école ? Elle pourrait servir à financer des recherches et mettre en œuvre des actions positives. Si ça intéresse quelqu’un, je suis prêt à fournir mon aide.

Voici une phrase qu’il m’est souvent arrivé d’entendre dans les milieux de l’éducation : on ne peut pas aider les garçons, car cela risquerait de nuire aux filles. J’aimerais préciser ma pensée. Il ne s’agit pas d’inscrire moins de filles à l’université, il s’agit simplement d’inscrire plus de garçons. L’un n’exclut pas l’autre.

Finalement, il est évident pour moi que, pour développer une meilleure société, moins violente et plus égalitaire, il faut impérativement passer par l’éducation. L’éducation des filles, mais aussi celle des garçons. En fait, des hommes plus éduqués dans une société ne constituent pas une nuisance pour les femmes, c’est plutôt l’inverse.

Les acteurs de la société (et j’aurai tendance à dire surtout les femmes) n’ont aucun intérêt à produire des générations d’hommes frustrés et sous-éduqués. Après tout, ils voteront et ils deviendront des conjoints.

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