La tuberculose tue toujours au Nunavut

«Les Inuits se sentent délaissés depuis bien longtemps, parce que nous ne nous sommes pas mobilisés de façon efficace pour les aider et les secourir», écrit l'auteur.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne «Les Inuits se sentent délaissés depuis bien longtemps, parce que nous ne nous sommes pas mobilisés de façon efficace pour les aider et les secourir», écrit l'auteur.

La crise de la pandémie de la COVID-19 a retenu toute l’attention du grand public et a exposé au grand jour l’importance qu’une bonne gestion en santé publique peut avoir dans une population. Le Canada a réussi à mettre en place une gestion de crise remarquable et à implanter une politique de santé publique qui est à l’avant-garde dans le monde. Si ce pays peut être fier que la COVID-19 ait été prise au sérieux, la gestion d’une autre infection, en l’occurrence la tuberculose, ne l’a pas été.

Nous serions dans l’erreur si nous considérions que la tuberculose est simplement un problème de santé parmi plein d’autres ; c’est, bien au contraire, avant tout une maladie sociale, reflet des déterminants sociaux de la santé, comme le décrit si bien Sir William Osler. Les Inuits y sont exposés à un degré très élevé , et ce, de façon disproportionnée. On pourrait donc s’interroger sur les raisons pour lesquelles, dans un pays aussi riche et développé que le Canada, les droits des plus vulnérables sont toujours bafoués.

Monsieur le ministre Jean-Yves Duclos, si je vous écris aujourd’hui, c’est parce qu’il est grand temps d’agir ! Il vous incombe d’assumer vos propres responsabilités envers tous les citoyens de ce pays, particulièrement envers les Inuits. D’ailleurs au Nunavut, la promiscuité, la pauvreté et le manque d’hygiène ont fait de la tuberculose un véritable fléau.

Mais pourrait-on leur en faire porter la responsabilité ? Bien évidemment que non ! On devrait plutôt reprocher à notre système de soins d’avoir perpétué une discrimination systémique depuis le début de la confédération. Les Inuits se sentent délaissés depuis bien longtemps, parce que nous ne nous sommes pas mobilisés de façon efficace pour les aider et les secourir. De plus, ces populations ont été victimes de stigmatisation et de traumatismes historiques, qui ont amplifié les taux d’incidence de la tuberculose.

La tuberculose devrait être éradiquée le plus rapidement possible. C’est une maladie infectieuse bactérienne à la fois évitable et curable. Mais les lois et les programmes de santé actuels continuent à mettre en péril la vie des Inuits, alors qu’il conviendrait que le gouvernement assure l’équité en matière de services sociaux et de santé afin de remédier aux inégalités et à l’injustice à l’intérieur de nos propres frontières.

Monsieur le ministre de la Santé, permettez-moi de vous dire qu’il en va du prestige de notre grand pays de permettre aux Inuits de retrouver leur droit en matière de santé. Nous ne pouvons pas nous comporter comme si de rien n’était. Il est urgent d’agir ! Il est urgent d’user de notre expertise dans le contrôle des épidémies, au service de la vie, parce que les promesses à elles seules ne changeront en rien l’état actuel de la situation.

Je sollicite alors votre attention, parce que je sais que la santé de tous ceux qui vivent au Canada, de l’Atlantique au Pacifique, et surtout à l’Arctique, est votre préoccupation. La tuberculose doit donc être l’une de vos priorités. Ainsi, il est nécessaire de continuer à soutenir le programme de surveillance active et à renforcer les initiatives locales de façon efficace, afin de promouvoir la santé de nos compatriotes du Nord. Et il serait bien glorifiant qu’à la fin de votre présent mandat, et grâce à votre engagement, l’on puisse se réjouir que le Canada ait pu enfin vaincre ce fléau.

À voir en vidéo