Les vaccins de routine en ont pris pour leur rhume

Un enfant reçoit un vaccin contre la poliomyélite, en 2019, en Ouganda.
Photo: Badru Katumba Agence France-Presse Un enfant reçoit un vaccin contre la poliomyélite, en 2019, en Ouganda.

La pandémie de COVID-19 a gravement nui à la vaccination systématique des enfants, la plupart des pays ayant connu une baisse des taux de vaccination. Ici même, au Canada, et dans d’autres pays à revenu élevé, des rapports ont indiqué que la pandémie a perturbé les vaccinations de routine.

Il faut dire que de nombreuses mesures de santé publique, bien que nécessaires, ont engendré de multiples conséquences dans la vie des enfants et des jeunes. Prenons l’exemple des fermetures d’écoles. Nous connaissons tous les effets qu’elles ont eus sur la vie des enfants : isolement social, anxiété accrue, exposition aux mauvais traitements et à la violence, etc. Elles ont également privé les enfants de services de santé et de vaccination essentiels.

Avec les mesures préventives, comme la distanciation physique et sociale, de nombreuses personnes peuvent avoir été réticentes à se faire soigner par peur de la transmission ou avoir eu des difficultés à accéder aux services en raison des mesures de confinement.

Une « tempête parfaite »

Les campagnes de vaccination essentielles ayant été reportées en 2021 dans de nombreux pays, environ 228 millions de personnes, pour la plupart des enfants, ont été exposées au risque de contracter des maladies comme la fièvre jaune ou la poliomyélite. C’est aussi vrai pour la rougeole dont les cas rapportés à l’échelle mondiale ont augmenté de 79 % dans les premiers mois de 2022. L’UNICEF et l’OMS ont d’ailleurs lancé un avertissement : les conditions sont rassemblées pour créer une « tempête parfaite » sur ce front.

Les enfants les plus vulnérables sont appelés « les enfants à dose zéro », soit ceux qui n’ont reçu aucune dose de vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTC). Les enfants à dose zéro sont souvent les plus pauvres et les plus marginalisés, et sont aussi moins susceptibles de recevoir d’autres soins de santé primaires et des vaccins contre d’autres maladies potentiellement mortelles mais évitables, comme la rougeole ou la méningite.

Une analyse prépandémie indique que près de 50 % des décès évitables au moyen de vaccins surviennent chez les enfants à dose zéro, et la pandémie de COVID-19 a rendu l’accès à la vaccination encore plus difficile pour eux.

Plus de 50 % des enfants à dose zéro vivent dans des zones touchées par des conflits, dans des régions reculées ou dans la pauvreté urbaine. Parmi les pays comptant le plus d’enfants à dose zéro figurent la République démocratique du Congo, l’Afghanistan, la Somalie… Le conflit actuel en Ukraine est également une autre preuve de la façon dont les enfants nés au milieu d’un conflit risquent de ne pas bénéficier des vaccinations systématiques. En raison des faibles taux de vaccination systématique, la poliomyélite est réapparue en Ukraine en 2021. Cette maladie peut entraîner une paralysie permanente et même la mort. L’épidémie enregistrée en Ukraine a exacerbé les difficultés auxquelles fait face le système de santé déjà fragile et aux prises avec le double fardeau de la pandémie de COVID-19 et du conflit.

Leçons tirées de la COVID-19

La pandémie de COVID-19 nous a montré à quel point notre monde est interconnecté. Une menace pour un système de santé dans n’importe quel pays est une menace pour les systèmes de santé à l’échelle mondiale. Nous avons besoin plus que jamais d’efforts conjoints de la communauté internationale pour prévenir la résurgence de la rougeole et d’autres maladies évitables, car personne n’est en sécurité tant que tout le monde n’est pas protégé. À l’UNICEF, nous savons cela mieux que quiconque.

En tant que plus grand organisme d’achat et de livraison de vaccins au monde, l’UNICEF a été invité par des partenaires internationaux de la santé à participer aux efforts mondiaux d’achat et de livraison de vaccins contre la COVID-19. Fin mars 2022, l’UNICEF a contribué à fournir dans le monde plus de 1,4 milliard de doses de vaccin par l’entremise du dispositif COVAX.

Cela n’aurait pas été possible sans l’appui de partenaires et de donatrices et donateurs à l’échelle mondiale, y compris le gouvernement du Canada. Le gouvernement du Canada a récemment annoncé un financement supplémentaire de 220 millions de dollars pour répondre aux besoins des pays à faible revenu en matière de vaccination contre la COVID-19. Ce financement supplémentaire a mis en évidence l’importance de la vaccination pour la santé à l’échelle mondiale, mais aussi l’importance de renforcer les systèmes de santé pour garantir que tout le monde puisse être vacciné.

L’administration d’une dose de vaccin dans le bras de quelqu’un nécessite de nombreux outils et tout un système de santé : personnel médical et soignant, chambre froide, équipements de protection, etc. Or, les systèmes de santé du monde entier ont été mis à rude épreuve par la pandémie. Nous avons besoin des efforts de tous pour reconstruire des systèmes et des services de santé meilleurs et plus résilients. Les vaccins sont efficaces et sauvent des vies depuis 1796.

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