Donner la parole et la faire circuler

«Les syndicats doivent s’interroger sur les façons d’informer les membres, de les faire participer aux débats, de faire connaître à l’interne et à l’externe la réalité concrète du travail et le rôle des syndicats dans les luttes pour la justice sociale et environnementale», écrit l'auteur.
Illustration: «À bâbord !», printemps 2022, no 91 «Les syndicats doivent s’interroger sur les façons d’informer les membres, de les faire participer aux débats, de faire connaître à l’interne et à l’externe la réalité concrète du travail et le rôle des syndicats dans les luttes pour la justice sociale et environnementale», écrit l'auteur.

Après deux ans de vie syndicale virtuelle, confinée dans des petites cases sur l’écran, ceci dans un contexte de transformations médiatiques majeures, la question se pose pour tout syndicat : comment communiquer avec les membres ?

D’innombrables publications syndicales ont accompagné l’histoire de nos luttes, des plus modestes aux plus professionnelles : La Vie syndicale, Au Coton !, Le Métallo, La Voix forestière, Pour vaincre, En mouvement, Le Castor, tant et tant de titres oubliés, mal conservés, qui misaient sur La Force des mots et cherchaient à dire : Ça te concerne !

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version d’un texte paru dans la revue À bâbord !, printemps 2022, no 91.

Mais ces journaux sont-ils lus par d’autres que les plus militants (et les patrons) ? Sont-ils trop « intellectualisés », éloignés de ce fait des conditions concrètes de travail et des vies quotidiennes ? Trop soucieux de justifier les « lignes syndicales », craintifs des questions litigieuses et menacés par une certaine langue de bois ?

Quand je replonge dans les pages de la publication Le Travail, le magazine du monde ordinaire publié par la CSN, au mitan des années 1970, je suis impressionné par la diversité de voix qui s’y font entendre : des éducatrices, professeurs et travailleuses sociales dans un article sur « le sort que nous faisons aux enfants » ; trois témoignages sur la crise du pétrole ; des syndicalistes, ouvriers et ouvrières, avocat, chef de police, étudiants et étudiantes de cégep et autres figures de Joliette dans un reportage sur les conséquences dans cette petite ville de deux grèves locales ; des nouvelles sur les clubs alimentaires, une coopérative immobilière et les comités populaires d’Abitibi-Témiscamingue ; des nouvelles brèves sur une vingtaine de grèves en cours (autre époque !) ; le courrier d’une douzaine de lecteurs aux positions bien contradictoires et parfois bien directes. « Y’é grand temps que l’gars ben ordinaire soit représenté, que ce qu’il a à dire soit publié pour que l’administration sache qu’on est conscients qu’on se fait fourrer », écrit un fonctionnaire de Montréal. C’est en sus d’une longue entrevue avec « une femme de mineur de Thetford » qui n’a pas la langue dans sa poche.

Je ne souhaite pas ici idéaliser une formule, mais souligner le fait que l’on n’entend plus guère ces bribes de discours personnel, ces informations concrètes sur la vie des syndiqués, sinon exceptionnellement sur les réseaux sociaux.

Peut-être est-il temps, d’ailleurs, d’avoir une présence syndicale significative échappant au contrôle trop serré des « relations publiques » sur ces réseaux. C’est une évidence flagrante aux yeux d’Éric Gingras, qui a publié Plaidoyer pour un syndicalisme actuel (Somme toute, 2021) : « Il nous faut imaginer être maîtres de la diffusion : direct Facebook, diffusion vidéo simultanée sur plateforme Web, couverture en images sur les réseaux sociaux, story sur Instagram, série de tweets en direct, etc. », fait-il valoir. Cessons de nous accrocher aux communiqués et conférences de presse d’antan, nous dit-il, s’interrogeant même sur la pertinence du recours rituel aux manifestations.

Sans avoir le même enthousiasme que ce dernier pour le syndicalisme numérique, les syndicats doivent s’interroger sur les façons d’informer les membres, de les faire participer aux débats, de faire connaître à l’interne et à l’externe la réalité concrète du travail et le rôle des syndicats dans les luttes pour la justice sociale et environnementale. Réfléchir, donc, aux façons de combiner jasettes de pause-café, assemblées en présence et assemblées virtuelles, imprimés, vidéos et réseaux sociaux, et ce, dans une consciente diversité des tactiques et sans volonté de tout contrôler d’en haut et à l’avance.

À ce sujet, auront lieu les 29 et 30 avril à l’UQAM les Journées de discussion sur le syndicalisme sur le thème « Construire des ponts, remporter des victoires ». L’événement est conjointement organisé par la revue À bâbord ! et Lutte commune et le Syndicat des professeures et professeurs de l’Université du Québec à Montréal (SPUQ). Pour s’inscrire : https://www.ababord.org/Construire-des-ponts-remporter-des-victoires.

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