Nous invisibiliser, c’est nous discriminer

«Même au sein des luttes LGBTQIA2S+, les réalités des femmes de la diversité sexuelle sont rarement mises à l’avant-plan», écrit l’autrice.
Photo: Mark Blinch La Presse canadienne «Même au sein des luttes LGBTQIA2S+, les réalités des femmes de la diversité sexuelle sont rarement mises à l’avant-plan», écrit l’autrice.

« Ma conjointe n’est pas que mon “amie” », « Ce n’est pas une “phase” », « Quand on s’embrasse dans la rue, cela n’est pas censé être excitant ou choquant ». Voici quelques exemples de témoignages de femmes de la diversité sexuelle que l’on retrouve sur le site visibilitelesbienne.ca, depuis le lancement de la campagne « Invisibiliser, c’est discriminer » au début du mois d’avril.

En effet, même en 2022, les femmes de la diversité sexuelle peinent encore parfois à trouver leur place au sein même du mouvement LGBTQIA2S+, de la société et parfois même de leur propre vie.

Être à la croisée

À l’international, le 26 avril est la Journée de visibilité lesbienne (JVL), que le Québec souligne cette année le 23 avril. Vous n’en avez jamais entendu parler avant cette année ? Pas si étonnant. Née il y a 40 ans cette année au Québec et célébrée à l’international depuis quelques années, cette journée n’a pas reçu la même attention du grand public que d’autres journées thématiques. Il y a déjà une Journée internationale des droits des femmes et une Journée contre l’homophobie et la transphobie, alors pourquoi une journée spécifique pour les lesbiennes ?

En bref : parce qu’elles se situent à la croisée des oppressions basées sur le genre — le sexisme et la misogynie — et sur l’orientation sexuelle, soit l’homophobie. À cette intersection, les femmes de la diversité sexuelle font face à de nombreux préjugés alimentés par une culture dominante qui propose une image encore trop souvent négative — érotisée, diminuée, cachée — de leur réalité.

Cette discrimination spécifique se nomme la lesbophobie. Elle touche toutes les femmes qui aiment les femmes en raison de leur orientation sexuelle, c’est-à-dire les lesbiennes, les femmes bisexuelles, pansexuelles et gaies en relation lesbienne, ou encore les personnes perçues comme lesbiennes par la société. La lesbophobie se manifeste par des attitudes négatives, du mépris, du rejet ou de la haine envers les populations lesbiennes et peut même mener à des actes d’intimidation ou à de la violence.

Lesbophobie intériorisée

 

Même au sein des luttes LGBTQIA2S+, les réalités des femmes de la diversité sexuelle sont rarement mises à l’avant-plan. Par exemple, si vous pensez au mariage gai, à la fierté gaie et aux jeux gais, est-ce que beaucoup d’images de femmes vous viennent à l’esprit ? La réponse est simple, c’est non ! Parce que la société, et donc les médias, tendent à mettre de l’avant certaines représentations de l’homosexualité plus que d’autres et tendent à occulter les femmes de la diversité sexuelles, comme les femmes de manière générale.

On remarque également que certaines nomenclatures utilisées, telles que « LGBTQIA2S+ » et « queer », occultent la dimension genrée des oppressions vécues par les femmes. En effet, aborder les questions de nos communautés en bloc contribue directement à invisibiliser les réalités des femmes de la diversité sexuelle et du même fait les inégalités entre les femmes et les hommes au sein même de ces communautés.

Certaines personnes évitent même de mentionner les termes associés au lesbianisme pour décrire des réalités qui touchent pourtant spécifiquement les lesbiennes et la lesbophobie, et ce, parce que ces mots sont considérés comme « laids » ou associés directement à des représentations négatives. Cela contribue évidemment à la stigmatisation des lesbiennes dans la société, mais également à leur perception d’elles-mêmes.

N’étant pas à l’aise avec ce mot — lesbienne — que l’on évite, et ne pouvant compter que sur très peu de modèles qui s’affichent ouvertement dans l’espace public et médiatique, plusieurs femmes de la diversité sexuelle tardent voire refusent de se reconnaître comme telles de peur d’être jugées et parfois même violentées.

Visibiliser

 

En plus d’être trop souvent occultées lorsqu’il est question de parler de discrimination et de préjugés, les femmes de la diversité sexuelle sont souvent oubliées lorsque vient le temps de mettre de l’avant leurs succès, leurs histoires et leurs visages.

C’est pourquoi, cette année, pour célébrer en grand 40 ans de luttes pour la visibilité lesbienne, nous menons la campagne « Invisibiliser, c’est discriminer » pour inviter les médias et le grand public à parler des lesbiennes et de lesbophobie et célébrer les femmes de la diversité sexuelle.

Les femmes de la diversité sexuelle sont partout. Elles sont diverses et elles sont fortes, donnons-leur la parole plus souvent et osons les promouvoir de façon authentique et positive.

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