«T’as étudié à l’UQAM?!»

«Cette minorité bruyante, ce n’est pas l’UQAM, et ce n’est pas une représentation juste de son corps étudiant et professoral», écrit l'autrice.
Photo: David Afriat Archives Le Devoir «Cette minorité bruyante, ce n’est pas l’UQAM, et ce n’est pas une représentation juste de son corps étudiant et professoral», écrit l'autrice.

J’ai eu mon diplôme de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) en 2020, l’année du début de la pandémie. Dans ce contexte, j’ai été heureuse (et soulagée) de pouvoir trouver un emploi à ma sortie de l’école. Depuis deux ans, et systématiquement lorsque je rencontre des collègues et compatriotes québécois sur Zoom, au milieu d’une majorité de Canadiens hors Québec, je fais face à la même réflexion de leur part. Ce fameux : « T’as étudié à l’UQAM ? ! » Avec emphase et dédain sur le mot « UQAM ».

Oui, j’ai étudié à l’UQAM. « Ah ouais ? ! » Les Anglos s’affolent : c’est quoi, l’UQAM ? Pourquoi cette réaction ? Systématiquement, mes collègues québécois expliquent : « Tout le temps en grève », « communistes », « du n’importe quoi ».

Ces stéréotypes venant de personnes qui n’ont pas étudié à l’UQAM, je les comprends, en un sens. Lorsque des médias accordent de l’attention à l’UQAM, c’est rarement pour ses prouesses pédagogiques, son corps enseignant de renommée internationale ou ses programmes interdisciplinaires uniques. Le plus souvent, on donne de l’attention à une minorité extrémiste et haineuse qui utilise son statut étudiant et se cache derrière cet établissement universitaire pour faire parler d’elle.

Mais pour moi, l’UQAM, ce n’était pas du n’importe quoi. C’était suivre des cours passionnants et être guidée par des profs extraordinaires. C’était avoir l’occasion d’acquérir de l’expérience en recherche et en enseignement. C’était participer au National Model United Nations et surmonter ma peur de parler en public. C’était faire du bénévolat avec des étudiants qui ont pris le temps de m’informer et de m’éduquer sur la crise climatique, avec bienveillance.

C’était aussi parler avec d’autres étudiants aux valeurs diamétralement opposées aux miennes, dans la curiosité et le respect (et quelques accrochages, restons honnêtes), mais jamais dans la haine. C’était rencontrer des personnes qui étaient dans le même bateau que moi : des minorités, issues de milieux socio-économiques défavorisés, qui avaient, en plus d’étudier à temps plein, un (ou plusieurs) job ou un stage, ou des engagements associatifs, ou tout ça à la fois.

Pour nous, aller à l’université, quand il y a un taux de décrochage bien plus élevé que la moyenne dans nos communautés respectives, c’est comme gravir une montagne. On en avait bavé pour arriver au cycle supérieur, mais on voulait réussir ensemble. En fait, on était tout ce que les associations étudiantes, qui font grand bruit quant à la lutte des classes, l’intersectionnalité, le féminisme et la défense des minorités religieuses et ethniques, aimaient et voulaient « aider ». Pourtant, nous étions unanimement contre leurs idées, leurs discours extrémistes et leurs pratiques redondantes de grèves qui nous mettaient les bâtons dans les roues.

En un mot, c’est paradoxal. Cette minorité bruyante dit vouloir aider les populations vulnérables sans les écouter quand elles leur crient d’arrêter.

Une gouvernance étudiante injuste

 

C’est une minorité bruyante qui décide de paralyser le campus et de faire tomber 30 000 étudiants en grève, pas le campus uqamien au complet. C’est la même minorité qui a vandalisé le local de l’Association étudiante du module de science politique (AEMSP) il y a quelques jours. Précisément, il faut une assemblée de 200 personnes et un vote majoritaire en faveur d’une grève pour que celle-ci soit déployée. Il faut encore moins de personnes pour saccager un local étudiant au nom d’un « wokisme » auquel leurs actions ne répondent pas. Ce sont 200 personnes qui décident de chambouler la vie de milliers d’étudiants, une majorité silencieuse, nommée ainsi lors d’un contre-mouvement mené par les étudiants de la Faculté de communication de l’UQAM après l’annonce d’une grève générale illimitée en hiver 2019.

Cette majorité silencieuse doit continuer de dénoncer les actions violentes et le système de gouvernance étudiant non représentatif de la communauté uqamienne.

 

Des actions qui délégitiment le wokisme

Questionner, lutter, il le faut. Mais comme l’activiste et autrice Mariame Kaba l’a si bien écrit, l’activisme est synonyme de création, pas de destruction : « Quand vous voyez des gens se dire révolutionnaires, ils parlent toujours de détruire, détruire, et détruire… mais ne parlent jamais de construire ou de créer. Ils ne sont pas révolutionnaires. Ils ne comprennent rien à la révolution qui est : créer. »

Être woke, par définition, c’est se soucier de la justice sociale, être conscient de ses propres biais racistes, sexistes, homophobes, transphobes, et j’en passe. C’est se soucier de l’autre et remettre en question ses croyances, ses actions, ses paroles, et se demander si on fait mal aux autres. Le « wokisme » est avant tout de la compassion, et la création d’un espace commun pour éduquer et dialoguer dans le respect. Ce n’est pas synonyme de destruction.

C’est la recherche continue de solutions pour rendre notre société inclusive, et ce, jusqu’à ce que nos institutions dysfonctionnelles pour les communautés marginalisées tombent en désuétude et que ces nouveaux modèles inclusifs prônent. Ces actions qu’on nomme « woke » ne font que donner du matériel à l’extrême droite pour discréditer celles et ceux qui luttent véritablement pour les communautés marginalisées.

Cette minorité bruyante n’est pas l’UQAM

Je suis fière d’être uqamienne, de mon université, des personnes que j’ai eu la chance de rencontrer sur les bancs de l’UQAM, de leur résilience et de leur audace. Je suis fière de la majorité silencieuse qui dénonce de plus en plus les personnes qui se disent contre l’oppression, pour la « liberté », mais qui elles-mêmes oppressent sans daigner écouter la voix du plus grand nombre.

Cette minorité bruyante, ce n’est pas l’UQAM, et ce n’est pas une représentation juste de son corps étudiant et professoral. Nos gouvernances universitaire et facultaire accordent trop de pouvoir aux associations étudiantes. Donner autant de pouvoir à une minorité bruyante, c’est lui donner l’occasion de nuire à la réputation et au travail de toute une communauté universitaire. Il est temps que les problèmes issus de la gouvernance étudiante de l’UQAM soient nommés et que cette gouvernance soit restructurée.

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