Pas toujours facile d’être un homme dans «District 31»

«Je ne peux m’empêcher d’être peinée que cette émission immensément populaire déforme à ce point la réalité des femmes», affirme l'autrice.
Photo: Karl Jessy «Je ne peux m’empêcher d’être peinée que cette émission immensément populaire déforme à ce point la réalité des femmes», affirme l'autrice.

J’ai suivi les six saisons de District 31 avec assiduité et beaucoup de plaisir. Par contre, la série quotidienne m’a souvent mise en colère pour son traitement macho de certaines situations, plus particulièrement son traitement de sujets tels que la violence conjugale ou les agressions sexuelles.

Contrairement à ce qui se passe dans la vraie vie, la majorité des victimes dans la série sont… des hommes. Trouvez l’erreur ! En effet, dans les histoires racontées par l’auteur Luc Dionne, les femmes sont trop souvent hystériques, folles ou menteuses.

En voici quelques exemples.

 

Lors d’un épisode de la saison 3, un homme vient au poste porter plainte contre son épouse pour violence conjugale. Madame lui a transmis le sida et, lorsqu’il veut la confronter, elle le bat avec une balayeuse. On apprend également qu’elle a eu des relations sexuelles avec dix hommes sans leur dire qu’elle était séropositive. Il finit par tuer sa femme et blâme la police de ne pas l’avoir protégé, alors qu’il était victime de violence conjugale.

À la saison 2, un autre cas de violence conjugale se présente. Cette fois-ci, c’est une femme, Alicha, qui vient au poste porter plainte contre son mari. Effectivement, elle a des ecchymoses sur le visage et semble pas mal amochée. Quelques épisodes plus tard, Madame se retrouve à l’hôpital. Cette fois, elle est plus sérieusement blessée. Monsieur est arrêté et emprisonné.

Mais, coup de théâtre, l’avocate de Monsieur arrive au poste et montre au sergent-détective une vidéo de Madame en train de se faire frapper par quelqu’un. Il est clair que Madame a demandé à quelqu’un de la battre, assez pour être hospitalisée, et surtout pouvoir accuser Monsieur de voies de fait.

Plus tard, Monsieur revient au poste pour faire la leçon à Isabelle, la sergente-détective responsable du dossier. « Vous savez, Isabelle, la présomption d’innocence en matière de violence conjugale, ça n’existe pas. Nous autres, les gars, on est tout de suite des pourris. »

Remarque du sergent-détective Poupou après le départ de Monsieur : « Le pire, c’est qu’il a raison. On débarque sur (sic) des disputes, et c’est tout le temps le gars qu’on embarque ».

Et Poupou de conclure : « C’est pas toujours facile, être un homme. »

Le mal est fait…

Dès la première saison de District 31, on présente des personnages de femmes menteuses et roublardes, qui portent de fausses accusations. Ainsi, dans l’épisode 105, on relate l’histoire de Jimmy Munroe, une grande vedette québécoise accusée de viol par une jeune groupie, Delphine.

Plus tard, Delphine rencontre au restaurant son amie Catherine, qui semble très contente des déboires de Munroe et que l’histoire d’agression sexuelle ait fait les manchettes des journaux. Les deux filles se réjouissent des conséquences sur la carrière de Munroe. « Et si on organisait un boycott de son prochain concert ? » se demandent-elles.

Munroe se rend au poste et donne sa version des faits : « Catherine est tombée enceinte. Je suis restée deux mois avec elle uniquement pour la convaincre d’avorter. Quand je l’ai laissée, elle est devenue folle. »

Delphine et Catherine seront accusées de méfait.

 

Une discussion houleuse entre Poupou et Isabelle s’ensuit. Stéphane de conclure : « On est vite pour porter des accusations, mais on l’est pas mal moins quand la vérité, c’est pas tout à fait ça. Elles ont failli scraper la vie de ce gars. Je veux bien croire que des accusations seront portées contre elles, mais le mal est fait. » Ça vous rappelle quelque chose ?

Mais l’histoire la plus tordue est celle de la fille qui se jette en bas du balcon. (Saison 5)

Dans une scène, on la voit sortir sur un balcon en t-shirt malgré un froid intense. Un homme l’embarre à l’extérieur, la fille hurle pour qu’il lui ouvre, ce qu’il ne fait pas. Elle tente alors de descendre par le balcon. Le drame, elle tombe alors du 6e étage et se tue.

La scène est filmée par un voisin et circule largement sur les réseaux sociaux.

 

Monsieur perd son emploi. De plus, la rumeur court sur les réseaux sociaux qu’il l’aurait violée. Plus tard, celle qui a répandu cette histoire finit par admettre que c’est faux.

Puis, surprise, Monsieur transmet à la police une vidéo où on voit clairement la jeune fille le battre et le poursuivre avec un couteau. Seul constat indéniable, elle est vraiment folle. On comprend alors pourquoi il l’a embarrée sur le bacon, bien qu’on se demande pourquoi il n’a pas présenté cette vidéo à la police avant. Il aurait eu moins de problèmes, mais on comprend que la démonstration qu’il est une victime aurait été moins convaincante.

Donner l’heure juste

Pour terminer, passons à la vision du féminisme de l’auteur. À la saison 4, on fait état d’un complot visant à tuer des féministes. Pour le sergent-détective Bruno, le responsable de ce complot « … était psychologiquement malade, et sa mère n’était guère mieux ».

Il s’est d’ailleurs permis d’engueuler la féministe qui a dénoncé le complot, car «… il haït ça, les gens qui divisent le monde en deux, les hommes d’un bord, les femmes de l’autre ».

Ici, un refus total d’admettre qu’il s’agit d’un complot anti-féministe, anti-femmes et qu’il y aurait peut-être un lien à faire avec une certaine misogynie existant dans la société. Il me semble qu’on a déjà eu ce débat lors de la tuerie à Polytechnique, lorsque Marc Lépine a tué 14 femmes en les traitant de féministes.

Certes, les femmes ont énormément amélioré leur sort depuis 60 ans. Mais il y a un domaine où il n’y a eu aucun progrès, celui de la violence faite aux femmes. À ce jour, il y a toujours autant d’agressions sexuelles et de viols. Le nombre de féminicides a atteint un sommet en 2021. Ça semble constituer un problème insoluble. D’où la responsabilité d’auteurs aussi populaires que Luc Dionne de donner l’heure juste.

En conclusion, j’écouterai District 31 jusqu’à la fin. Mais je ne peux m’empêcher d’être peinée que cette émission immensément populaire déforme à ce point la réalité des femmes.

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