Notre humanité peut être universelle

«Entrons-nous donc dans une nouvelle ère de la gestion de l’immigration au Québec?» s'interrogent les auteurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Entrons-nous donc dans une nouvelle ère de la gestion de l’immigration au Québec?» s'interrogent les auteurs.

En cette Journée canadienne des droits des réfugiés, nos trois organisations constatent avec enthousiasme et espoir l’ouverture des gouvernements québécois et canadien quant à l’accueil de personnes fuyant l’Ukraine. Les deux ordres de gouvernements ont même assuré qu’il n’y avait pas de limite au nombre qu’il était possible d’accueillir. Entrons-nous donc dans une nouvelle ère de la gestion de l’immigration au Québec ?

À l’automne 2020, le Canada tentait de mettre en place un programme d’accès à la résidence permanente pour les personnes en demande d’asile ayant travaillé dans des services essentiels pendant la pandémie. Nous nous sommes alors heurtés à un mur puisque le Québec souhaitait les critères d’admissibilité les plus restreints possibles.

À ce moment-là, comme lors de la réforme du programme de l’expérience québécoise (PEQ) ou lorsque des groupes comme les nôtres réclamaient une plus grande ouverture du Québec, le premier ministre François Legault répétait qu’une telle ouverture était impossible à cause des « capacités d’intégration du Québec ».

Mais lorsque la Russie a envahi l’Ukraine, on a observé ce qui semble être un changement de cap majeur dans les questions d’immigration du gouvernement du Québec. Tout à coup, les inquiétudes sur la capacité d’intégration de personnes qui n’ont jamais mis les pieds ici ont diminué.

« On anticipe qu’on sera capables de respecter notre capacité d’accueil, d’intégration et de francisation. Si ça va au-delà de cette capacité-là, on aura à évaluer si on ajoute des ressources et des budgets additionnels », a même déclaré Jean Boulet, ministre de l’Immigration.

Des politiques adaptées

Quelle bonne surprise de voir le gouvernement québécois comprendre qu’il a le contrôle sur cette fameuse « capacité d’accueil », et que celle-ci ne devrait pas être le seul critère déterminant le droit d’une personne à trouver sa place ici.

Les réactions de soutien au peuple ukrainien prouvent qu’il y a un appui fort de la société québécoise pour que le Québec reste une terre d’accueil de choix pour des personnes qui fuient la persécution. Les politiques n’ont plus qu’à suivre.

L’article 22.4 du projet de loi 96, par exemple, obligera bientôt tous les agents du service public à ne communiquer qu’en français avec les personnes immigrantes à partir de six mois après leur arrivée. Cet article fait preuve de manque de considération pour les traumatismes et les difficultés que ces personnes peuvent avoir vécus. Il est encore temps de faire marche arrière et d’écouter l’ouverture des Québécois à ce sujet avant l’adoption du projet de loi au Salon bleu.

À l’aube d’une sixième vague de COVID-19, nous appelons également les gouvernements du Québec et du Canada à s’entendre pour donner un statut permanent à toutes les personnes en processus de demande d’asile qui ont traversé la crise avec nous.

Alors que les projecteurs sont tournés vers l’Ukraine, des milliers de personnes continuent d’attendre leur tour parfois depuis des années dans des camps de réfugiés partout dans le monde. Ces personnes ne rêvent que de pouvoir faire leur vie dans un endroit sécuritaire où elles pourront s’établir. Le Québec pourrait saisir l’occasion de faire sa part en matière d’accueil avec la même bienveillance qu’il démontre pour le peuple ukrainien, en se rappelant qu’avant toute chose, il s’agit de frères, de sœurs, d’amis, d’humains.

La crise ukrainienne a réveillé un élan de solidarité au Québec ; ne faisons pas l’erreur de voir cette solidarité se limiter à un peuple, à une crise, à un moment. Notre humanité est en jeu.

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