Quand la guerre nous est racontée

La quête de la vérité à laquelle nous sommes conviés serait impossible sans le courage de journalistes sur le terrain, écrit l’autrice.
Photo: Mstyslav Chernov Associated Press La quête de la vérité à laquelle nous sommes conviés serait impossible sans le courage de journalistes sur le terrain, écrit l’autrice.

Avec du front tout le tour de la tête, les femmes journalistes sont des envoyées très spéciales dans les zones de guerre, rapportant les faits en équipe restreinte composée du fixeur, d’un traducteur et d’un photojournaliste. Elles ne sont donc plus rares jusqu’au contour de la ligne de front. Cela n’a pas toujours été le cas. Ce sont des hommes qui ont accompagné les troupes des Alliés (de Marcel Ouimet à René Lévesque) lors de la Seconde Guerre mondiale, en fait, devrions-nous écrire, la Deuxième Guerre mondiale puisque le spectre d’un troisième conflit mondial nous hante ?

Qu’est-ce qui pousse des femmes journalistes aguerries à aller se jeter dans la gueule du loup au péril de leur vie ? Les mêmes raisons que leurs collègues masculins ? Si une image vaut mille mots, je ne saurais dire quelle est l’image capturant le mieux la cruauté et l’absurdité de la guerre en Ukraine, quel récit de l’évolution des combats, quel article nous semble le plus bouleversant. Comprendre ce monde devenant fou n’est pas une mince tâche, néanmoins c’est une obligation morale autant qu’un devoir de mémoire quant aux pages d’histoire qui sont écrites et illustrées sous nos yeux.

Ressort un consensus frappant de la bouche et de la plume des Maryse Burgot et Dorothée Olliéric de France 2, de Clarissa Ward de CNN, de Marie-Ève Bédard de Radio-Canada, d’Isabelle Hachey de La Presse (qui reprend le flambeau de son idole Michèle Ouimet) : depuis aussi longtemps qu’elles couvrent des zones de conflit, jamais n’ont-elles été témoins d’une aussi fervente détermination d’un peuple, en l’occurrence ukrainien, à ne pas se laisser abattre, à faire front face à l’envahisseur. Si nous en venons à partager leur désarroi et leur peine, aurions-nous le même courage qu’eux ?

La pièce du puzzle

 

Comme probablement tant d’autres concitoyens, je consacre bien plus qu’une moyenne de 15 minutes par jour à tenter de comprendre les tenants et aboutissants de ce conflit de tous les dangers, pas que pour les Ukrainiens, mais pour nous tous Occidentaux. Ce n’est pas que leur guerre, mais la nôtre. Or, nous manquons de perspectives historiques afin de bien saisir les enjeux de cette guerre complexe, qui peut déboucher sur le pire des scénarios. La quête de la vérité à laquelle nous sommes conviés serait impossible sans le courage de journalistes sur le terrain.

Michel Scott, reporter de TF1, au retour de son affectation en Ukraine, résume bien sa mission, il convient de le citer : « Dans un monde où la vérité est ravalée au rang d’opinion, où les contre-vérités ont autant de poids, il faut continuer à montrer, à filmer, à raconter. Il y a une mobilisation inattendue de l’Occident, une revitalisation de l’OTAN, une renaissance de l’Union européenne, parce que les opinions publiques de l’Occident sont témoins de ça à travers le travail de la presse. Sans journaliste, il manque une énorme pièce du puzzle. » Et quel puzzle !

En entrevue avec Fareed Zakaria sur CNN récemment, le président Zelensky soulignait qu’il laisse ses jeunes enfants découvrir ce qu’ils veulent à propos de la guerre afin qu’ils puissent mieux saisir toute la gravité de ce qui se passe. En 1962, lors de la crise des missiles cubains et à chaque téléjournal sur une chaîne télévisuelle américaine portant sur la guerre au Vietnam, on n’a pas cru préférable à l’époque de nous donner des avertissements quant aux images choquantes qui suivraient, de nous inciter à détourner le regard. Ma jeune génération, y compris, faisait face aux atrocités de la guerre. Nous avons vu des pans des vérités tout crus.

En chœur, nous scandions, « jamais plus la guerre ! ». Et pourtant. Il me semble que si nous voulons continuer à tendre vers la paix, il faut laisser les jeunes d’aujourd’hui poser toutes les questions qui les taraudent et leur fournir des réponses, aussi rudimentaires ou partielles soient-elles, en se concentrant sur l’information que nous fournissent les médias rigoureux. Cultiver l’envie de comprendre par le biais de l’information validée, plutôt que la désinformation, est le défi de ce présent siècle, d’autant que nous constatons la dérive à laquelle mène la propagande que le Kremlin impose tant à ses journalistes qu’à son peuple.

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